Dernière modification : 08/01/2008
La Pologne a besoin de vous !
Les Polonais délaissent leur pays natal pour la plus prospère Europe de l'ouest. Le maire d’une ville est parti à l’aventure pour les convaincre de revenir.
Le maire de Wroclaw veut récupérer ses habitants.
Certains jours, ce sont six bus qui quittent sa ville du sud de la Pologne, pleins à craquer de Polonais allant chercher une vie meilleure en Angleterre. D’autres jours, il y en a jusqu’à 15. Auxquels il faut encore ajouter ceux qui partent pour d’autres pays d’Europe occidentale.
Certains candidats au départ choisissent de prendre l’avion, s’ils peuvent se le permettre. Les billets pour Londres coûtent entre 30 et 100 euros sur la compagnie low-cost Ryanair. Révélateur du sens des migrations, le billet retour est bien moins cher, à 15 euros seulement.
Les Polonais quittent leurs villes, Wroclaw et bien d’autres, parce qu’ils estiment qu’il y a de bien plus grandes d’opportunités à l’ouest. La Pologne a rejoint l’Union européenne en 2004, facilitant ainsi l’intégration de ses habitants au sein du grand marché européen du travail. Depuis cette date, environ un million d’entre eux ont quitté leur pays. Selon certains rapports, ce chiffre serait proche de deux millions.
L’exode a été si soudain que, malgré un taux de chômage élevé, la Pologne est confrontée à une pénurie d’employés qualifiés dans certaines branches.
Wroclaw est la quatrième plus grande ville du pays. Elle a été particulièrement touchée par la vague d’émigration et son maire, Rafel Dutkiezicz, a décidé de prendre les choses en main.
Wroc vous aime
Dutkiezicz est parti pour Londres. Sa mission était toute personnelle et concernait le demi-million de Polonais qui y auraient émigré depuis 2004. Il a mis des publicités dans les journaux, proclamant « Wroc vous aime ». Il a rencontré les dirigeants d’une quarantaine de communautés polonaises en Grande-Bretagne. Il a sponsorisé des concerts pour les expatriés polonais, fait placer des affiches dans des pubs et des clubs dans la capitale anglaise pour dire à ses compatriotes que la Pologne avait besoin d’eux. Et pour les nostalgiques, il a fait passer l’information via le site internet de la ville de Wroclaw : www.terawroclaw.pl
Dutkiezicz explique que le but n’est pas de leur dire de rentrer tout de suite, mais de les inciter à ne pas couper les ponts avec leur pays d’origine. « Je pense que ces personnes resteront un certain temps à Londres, mais il faut leur montrer ce qui se passe en Pologne », a-t-il confié à France24.
Selon le maire de Wroclaw, sa ville a en effet plus à offrir aux ambitieux Polonais que Londres. La croissance rapide de la ville devrait ramener les salaires au même niveau que ceux des pays d’Europe de l’ouest d’ici huit ou neuf ans. « Wroclaw offre plus d’opportunités de carrières que Londres qui est déjà saturée. Dans une économie jeune, où des entreprises se créent, les opportunités sont plus nombreuses », affirme-t-il.
Dutkiezicz poursuit : « Des groupes comme LG, Phillips, Siemens, Volvo et Hewlett-Packard étudient tous la possibilité de s’installer à Wroclaw. S’ils le font, cela pourra créer jusqu’à 100 000 emplois dans la ville ».
Ils sont attirés par un niveau d’éducation élevé et une main-d’œuvre bon marché. Mais les programmateurs informatiques pouvant gagner sept fois plus en Grande Bretagne, beaucoup quittent leur pays natal dès la fin de leurs études.
Le maire l’affirme, la Pologne n’est qu’au commencement de son boom économique. Si les créations d’emplois et les départs à l’étranger se poursuivent, la Pologne pourrait passer d’un taux de chômage de 16% à une pénurie de main d’œuvre.
« Mort par manque d’anesthésistes »
Le secteur de la santé souffre des départs vers l’ouest. Les symptômes de la pénurie y sont déjà visibles.
Selon les chiffres du bureau central de statistiques polonais, le personnel médical hautement qualifié est, parmi les professions spécialisées, le moins bien payé.
Selon le ministère de la Santé, 5% des médecins en Pologne ont demandé le certificat qui leur permet de transférer leurs diplômes dans l’Union européenne. Environ 4% ont effectivement émigré, soit quelque 6 000 médecins.
Plus inquiétant, 14% des anesthésistes du pays ont fait cette demande. A Wroclaw, ils sont 25% à avoir entrepris cette démarche.
Les conditions de travail sont plus attrayantes en Europe de l’ouest mais les Polonais partent surtout pour gagner mieux leur vie. Un médecin en Pologne gagne entre 250 et 600 euros par mois. Il peut espérer gagner jusqu’à 10 fois plus en Europe de l’ouest. De plus, la Grande-Bretagne, l’Irlande et d’autres pays victimes d’une pénurie de médecins ont cherché activement à recruter des Polonais.
Les hôpitaux polonais commencent à être à court d’anesthésistes, de pédiatres, de chirurgiens et de spécialistes.
« Un département de pédiatrie vient de fermer. Il y a deux ans, sept médecins y travaillaient. A la fin, ils n’étaient plus que deux », regrette Ryszard Kijaks, vice-président du syndicat polonais des médecins.
Dans un hôpital en Basse-Silésie, la région où se trouve Wroclaw, les opérations ont été suspendues en juillet parce que 10 des 13 anesthésistes étaient partis, protestant contre des salaires trop bas. Pendant ce temps, un malade est mort. « Mort par manque d’anesthésistes », comme l’a alors titré un journal local.
Pawel Trzinski, porte-parole du ministère de la Santé, affirme que le gouvernement polonais fait tout ce qui est en son pouvoir. « En octobre dernier, nous avons augmenté les salaires dans le secteur de la santé de 30%. C’est une hausse jamais vue dans le pays. »
Un effort que Kijaks relativise. « Ce n’est rien 30%. S’ils augmentaient les salaires de 200% ou 300%, cela aurait un sens pour nous. »
J’y suis, j’y reste ?
Les Polonais qui émigrent prennent racines.
En Irlande, dans la ville de Nenagh (à une heure et demie de route de Dublin), une école polonaise a ouvert en mars 2006, à l’initiative des parents polonais de la ville. Le journal local a quant à lui commencé à publier une section en polonais.
Des écoles polonaises, il y en a aussi à Dublin. Une école lettonne a aussi ouvert. Ces établissements espèrent qu’en enseignant aux enfants d’expatriés leur langue natale, le lien avec le pays d’origine sera maintenu et le retour n’en sera que facilité.
Dutkiezicz rappelle d’ailleurs qu’après avoir connu une vague d’émigration dans les années 80 et 90, l’Irlande a vu ses habitants revenir au pays quand le développement économique s’est accéléré.
Entre 2007 et 2013, le gouvernement polonais recevra 67 milliards d’euros de l’Union européenne. La majorité de cette somme sera investie dans des projets d’infrastructures. Cela devrait, théoriquement, inciter de nouvelles entreprises à s’installer en Pologne, créant ainsi des nouveaux emplois et dopant la création de richesse dans le pays.
Malgré tout, de nombreux Polonais vivant loin de leur patrie affirment que quitter la Grande-Bretagne et son mode de vie, moins bureaucratique qu’en Pologne, sera difficile. Il faudra plus que des incitations financières pour qu’ils changent d’avis.





