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La diplomatie énergétique

Dernière modification : 05/03/2008

Analyse d'une stratégie d'influence russe qui va bien au-delà des questions énergétiques.

Les négociations autour de la crise pétrolière entre la Russie et le Bélarus sont au point mort, et les livraisons de brut russe à l’Europe sont toujours bloquées. La Russie refuse de s’acquitter d’une taxe de transit de $ 45 par tonne de brut, imposée par Minsk, et le Bélarus dénonce l’augmentation des prix du pétrole russe. Quelle est la stratégie russe ? Quel sera l’impact de la confrontation russo-bélarusse pour les consommateurs européens ?  Jean-Marie Chevalier, directeur du Centre géopolitique de l’énergie et de la matière première et professeur à l’université Paris-Dauphine, apporte ses réponses. 
 
 
Pourquoi est-ce que la Russie a coupé les approvisionnements en pétrole qui transite par le Bélarus ?
 
Le gouvernement russe souhaite montrer à l’Europe et aux pays limitrophes que l’Etat russe est fort. A un an des élections présidentielles prévues pour 2008, le Président Poutine montre aussi qu’il est maître de la situation. Il est clair que l’action de Gazprom reflète une volonté du président car aucune décision n’y est prise sans l’aval du Kremlin. L’état russe cherche aussi à intimider l’Ukraine, le Belarus, la Géorgie et à affirmer son contrôle sur les infrastructures de transport, c'est-à-dire les oléoducs dans ces pays limitrophes. Enfin la Russie a décidé de mettre fin à sa politique de prix d’amis envers les anciens alliés de l’URRS et veut leur imposer les mêmes taux qu’aux Européens.
 
Quel est l’impact de cette crise pour les consommateurs de l’Union Européenne ?
 
Sur le court terme, l’interruption des livraisons de brut russe à l'Europe via l'oléoduc Droujba pose un problème immédiat pour l’Allemagne, la Pologne, l’Ukraine, la Slovaquie et la Hongrie. Il faut trouver une autre source d’approvisionnement et il se peut que l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) décide de débloquer des stocks d’urgence. Si la crise continue, les membres de l’U.E devront se tourner vers les marchés internationaux de brut et raffiné ou puiser dans les stocks stratégiques de l’Europe. Chaque pays détient un stock de pétrole : pour l’Allemagne, il est de 130 jours, pour la Pologne, il n’est que de 70 jours. Dans l’immédiat, les consommateurs européens subiront peut-être une pénurie de quelques jours. A moyen terme, les prix du pétrole peuvent augmenter mais aucune estimation précise n’est possible.
 
 
Aujourd’hui les négociations entre le Bélarus et la Russie sont au point mort. Une résolution rapide du conflit est-elle envisageable?
 
Cette crise ne s’aggravera pas. La décision de fermer les vannes russes est clairement un coup de force pré-électoral de la part de Poutine. Il n’est ni dans l’intérêt de la Russie ni dans celui des Européens que l’oléoduc Droujba reste vide. Même s’il est impossible de dire qui de la Russie ou du Belarus cédera le premier, la crise se résoudra assez rapidement. Dans l’immédiat, nous avons les moyens de pallier cette coupure provisoire et la situation sera plus détendue après les élections russes. Néanmoins la Russie a démontre qu’elle n’est plus le partenaire énergétique fiable qu’elle était pendant la guerre froide. L’UE doit adopter une position ferme vis-à-vis du chantage pétrolier russe.

Première publication : 10/01/2007

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