La junte décrète le couvre-feu
La junte militaire au pouvoir en Birmanie a imposé mardi soir un couvre-feu nocturne à Rangoun et Mandalay, la deuxième ville du pays.
Selon le message diffusé par haut-parleur, le couvre-feu est en vigueur de 21h00 à 5h00, heure locale.
La junte birmane a également annoncé que Rangoun était désormais placée sous le contrôle direct du commandement militaire pour une durée de 60 jours.
Nouvelles sanctions américaines
Le président George W. Bush a annoncé mardi à l'ONU de nouvelles sanctions américaines contre la junte militaire au pouvoir en Birmanie pour aider le mouvement de protestation en cours et renforcer la pression contre le régime.
"Les Etats-Unis vont renforcer leurs sanctions économiques contre les dirigeants du régime et ceux qui les soutiennent financièrement", a déclaré M. Bush devant les délégués des 192 Etats membres réunis pour le débat annuel de l'Assemblée générale des Nations unies.
Il a annoncé une interdiction de visa élargie contre "les responsables des violations des droits de l'Homme les plus flagrantes ainsi que les membres de leurs familles", se déclarant "outré" par la situation en Birmanie, où la junte est défiée depuis des semaines par des milliers de manifestants.
Il s'agit de l'intervention la plus concrète venue de l'étranger pour l'heure contre la junte, l'une des bêtes noires de M. Bush en Asie, au moment où les généraux au pouvoir sont confrontés à des manifestations sans précédent depuis 1988, dont les moines bouddhistes sont devenus les chefs de file.
Dans son discours d'ouverture, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a lui aussi évoqué la situation en Birmanie, appelant les autorités de Rangoun à "faire preuve de retenue, à engager un dialogue avec toutes les parties prenantes au processus de réconciliation nationale". Il a ajouté que son émissaire spécial pour la Birmanie, Ibrahim Gambari, se rendrait "très bientôt" dans ce pays.
Les forces de l'ordre se déploient à Rangoun
La junte militaire au pouvoir au Myanmar a déployé mardi à Rangoun des centaines de soldats et des policiers armés pour mettre fin au plus grand mouvement de protestation la visant depuis près de 20 ans.
Les forces de sécurité se sont notamment positionnées autour de la pagode Sule, point de convergence des manifestations de masse menées par des milliers de moines bouddhistes, et elles semblaient s'apprêter à boucler le quartier, ont rapporté des témoins.
Le quartier de la pagode, où se trouve notamment l'hôtel de ville de Rangoun, avait été le théâtre des pires violences lors de la répression en 1988 d'un mouvement national en faveur de la démocratie, qui aurait fait, selon certaines estimations, 3.000
morts.
Autre signe qu'une confrontation pourrait être imminente entre la junte et les manifestants, l'icône du mouvement démocratique birman, Aung San Suu Kyi, opposante de longue date au régime, a été conduite dimanche à la prison d'Insein, a-t-on appris de source haut placée.
La lauréate du prix Nobel de la paix était apparue samedi sur le seuil de sa propriété pour saluer les bonzes, étonnés que la police les ait laissés franchir les barrières de sécurité isolant sa maison.
Le déploiement des forces de sécurité fait suite à une nouvelle manifestation pacifique qui a rassemblé des quelque 10.000 bonzes, malgré la menace brandie par le régime de recourir à la force contre les protestataires.
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ECLAIRAGE : LA BIRMANIE
Peuplée de différentes ethnies, la Birmanie forme, une union fédérale – d’où le nom jusqu’en 1989 d’Union birmane, puis d'Union de Myanmar – composée de sept États peuplés de non-Birmans au nord et par des Birmans au sud.
Colonie Britannique, la Birmanie proclame son indépendance, le 4 janvier 1948, et refuse de faire partie du Commonwealth.
L’État birman, né des frontières que lui a laissées la Grande-Bretagne, englobe plus d’une centaine d’ethnies : les principales sont les Birmans (75 %), les Shans (11 %), les Arakans ou Arakanais (6/).
En 1962, le général Ne Win s'empare du pouvoir à la suite d’un coup d’État et instaure et refuse aux minorités le droit à la sécession. La politique du parti au pouvoir, qui s’était engagé dans la «voie birmane du socialisme», entraîne une catastrophe économique sans précédent. Les principaux secteurs de l'économie sont étatisés. La nouvelle Constitution socialisante de 1974 transfère le pouvoir du parti unique du Conseil révolutionnaire militaire à une Assemblée du peuple dirigée par le général Ne Win et d'autres anciens dirigeants militaires.
Un nouveau coup d'État militaire se produit en 1988 et une loi martiale est instaurée à la suite de répressions sanglantes. Le conseil d'État pour le rétablissement de la loi et l'ordre (le SLORC) se met en place et renomme le Myanmar (le «pays merveilleux»). En 1989, le pays prend le nom d'Union de Myanmar.
Les élections législatives de mai 1990 voient la victoire écrasante du parti d'opposition -la Ligue nationale pour la démocratie- dirigé par Aung San Suu Kyi (fille de Aung San, l’un des héros de l’Indépendance), mais le SLORC refuse la tenue de la convention de l'Assemblée du peuple et poursuit sa politique de répression et de nettoyage ethnique. Aung San Suu Kyi est assignée à résidence surveillée après avoir été emprisonnée.
Depuis que les militaires exercent les pleins pouvoirs en Birmanie, le général en chef des Forces armées (la Tatmadaw) exerce l'autorité législative et exécutive avec l'aide d'une Assemblée constituante de 485 membres en principe élus. Les militaires du SLORC répriment dans le sang les manifestations en faveur de la démocratie. En 1988, dernière année où des dizaines de milliers de manifestants descendent dans les rues, la répression fait environ 3.000 morts.
Les dirigeants militaires birmans se sont résolument lancés dans le lucratif commerce international de la drogue, plus précisément l’héroïne, espérant ainsi rehausser le niveau de l’économie. L’objectif semble réussi, car la Birmanie est devenue le premier pays producteur d'opium et d'héroïne du monde, et fournit la moitié de la production mondiale d’héroïne. La plupart des régions de production du pavot sont situées dans des zones contrôlées par l'armée nationale ou par les milices qui ont signé des accords avec Rangoon; les généraux entretiennent tous des rapports étroits avec les barons de la drogue. Les revenus de ce trafic permet au SLORC d’augmenter les effectifs de l’armée – 45 % du budget de l’État est consacré à l’armée.
Les 10 dernières années le régime birman, exerce de plus en plus une répression impitoyable envers ses populations, que celles-ci soient birmanes ou non birmanes (minorités ethniques). La junte élève la corruption en un système économique dans lequel se côtoient hommes d’affaires et investisseurs étrangers (chinois, américains, français, thaïlandais, etc.) Mais les signes de tension dans la population se multiplient ces derniers mois.
La hausse du prix de l’essence en aout 2007 a pour conséquence des manifestations dans les principales villes Birmanes. Mais les manifestations s’étendent et les moines s’engagent. Le 24 septembre, environ 100000 personnes dont 30 000 moines manifestent principalement a Rangoun et Mandalay ?
D’après le correspondant de France 24 « la Birmanie, avec environ 400 000 moines, est un pays très croyant, ce qui occasionne des problèmes de conscience chez les militaires. Surtout du fait de la dimension sacrée des moines. Mais il faut rappeler que les militaires engagés là sont très jeunes et surtout endoctrinés et que si jamais la junte est prête à prendre le risque on en sait pas ce qui pourrait arriver. Il faut également souligner le fait qu’il s’agisse du plus grand défi lancé à la junte militaire en 20 ans. Il est donc difficile de savoir ce qui attend le pays »
Quant à la communauté internationale, elle reconnaît la violation des droits de l'homme en Birmanie depuis de nombreuses années et prend des sanctions économiques à son encontre.
Un haut responsable américain a indiqué que le président George Bush annoncerait mardi 25 septembre dans son discours devant l'Assemblée générale des Nations unies, de nouvelles sanctions américains contre le Myanmar et lancerait un appel à des bouleversements politiques dans ce pays.
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