Un moine bouddhiste sans vie, flottant tête en bas dans une mare d’eau croupie, son habit safran déchiré, cette image rappelle cruellement la brutalité de la répression militaire qui s’est abattue sur les manifestants birmans la semaine dernière.
Une vidéo de ce qui paraît être un moine tué a été filmée dimanche dans le quartier Pazondaung de la ville birmane de Rangoun, selon la Voix démocratique de Birmanie (VDB), un mouvement d’opposition basé à Oslo. La date de sa mort n’est pas connue.
La diffusion de ces images survient alors que le représentant spécial de l’Onu, Ibrahim Gambari, se prépare à rencontrer le dirigeant de la junte, le général Than Shwe dans la nouvelle capitale de Naypidaw mardi. La visite de cet ancien ministre des Affaires étrangères du Nigéria – qui a inclut une rencontre avec la figure de proue de l’opposition Aung San Suu Kyi dimanche – a fait naître l’espoir parmi les observateurs d’une issue diplomatique à la crise actuelle.
Alors qu’il est difficile de se faire une idée précise de l’état des mouvements dissidents dans cette dictature d’Asie du Sud-est, plusieurs opposants ont peur que les manifestations actuelle n’aboutissent au même dénouement que les manifestations de 1988.
Au moins 3 000 personnes avaient été victimes de la répression brutale qui y avait succédé. L’état d’urgence avait été déclaré et des milliers de militants d’opposition – dont Suu Kyi – avaient été arrêtés. Le chef charismatique de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) se trouve incarcéré depuis.
Dans un entretien téléphonique avec FRANCE 24, un moine bouddhiste qui vît dans la clandestinité, qui a préféré par crainte pour sa sécurité conserver l’anonymat, appelle la communauté internationale à l’aide.
« Les monastères sont assiégés par l’armée et les moines ne peuvent pas sortir », a-t-il affirmé à France 24 depuis sa cachette dans la jungle birmane. « Nous avons besoin d’aide de la communauté internationale ».
Aujourd’hui, les expressions publiques d’opposition au régime semblent avoir cessé. Les rues de Rangoun étaient calmes lundi selon les journalistes sur place – bien loin des manifestations qui ont émaillé la semaine dernière avec plus de 100 000 personnes dans les rues. Le gouvernement birman a situé le bilan des victimes à 10 – dont un photographe japonais. Mais les organisations de défense des droits humains assurent que le nombre de morts est bien plus élevé.
Alors qu’internet a constitué un outil d’information essentiel au cours de la semaine écoulée, la junte militaire a depuis bloqué l’accès au web depuis l’intérieur du pays. Dès vendredi après-midi, les deux fournisseurs d’accès internet en Birmanie – MPT et Pagan Cybertech – avaient été désactivés.
Seule la Voix démocratique de Birmanie a pu obtenir accès à des images de Birmanie. Dans un entretien téléphonique avec France 24, l’administratrice du site de la VDB, « Thida », a expliqué que ses collègues au pays emploient leurs propres outils pour se connecter à Internet. Elle ne veut pas en dire plus, mais des spécialistes de ce type de technologie des communications affirment qu’il est possible d’envoyer des images par téléphones mobiles en reliant l’appareil à un ordinateur portable.
L’un des aspects les plus choquants de la répression est l’agression brutale du bras armé de l’Etat contre des moines bouddhistes, les représentants de cette religion pacifiste. Dans ce pays profondément croyant, 90% d’une population d’environ 50 millions est bouddhiste et la plupart des hommes se sont déjà rendus dans un temple pour servir les moines, qui incarnent la permanence de l’identité birmane face aux bouleversements politiques.
Selon la Commission des droits humains d’Asie, une ONG basée à Hong Kong, plus d’une douzaine de monastères dans les principales villes birmanes ont été pris d’assaut et 700 moines ont été détenus.
« L’usage de la violence contre les moines est un développement significatif », assure Win Min, un professeur à l’Université Chiang Mai dans un entretien avec le service de dépêches AFP. « Cette violence a mis de l’huile sur le feu. »
Si les manifestations de 1988 étaient menées par des étudiants, les moines qui les ont rejoints par la suite n’ont pas été épargnés par la brutalité de la répression qui a suivi
Pour l’omnipotent Conseil d’Etat pour la paix et le développement qui, sous divers acronymes, contrôle le pays par la violence depuis 1978, l’idée d’un corps religieux puissant et politiquement actif constitue une menace à son pouvoir.
Mais depuis sa cachette dans la jungle, le moine bouddhiste – qui assure qu’il était l’un des meneurs des récentes manifestations – est convaincu que ses collègues ne baisseront pas les bras.
“ En ce moment, notre seule façon de protester est de prier”, dit-il. « Il y a diverses façons de protester et la prière en est une. Mais quoiqu’il arrive, nous continuerons de protester. Même si [la junte] nous entrave pour le moment, nous n’arrêterons pas. »






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