Dernière modification : 14/01/2008 

La presse chinoise muette devant la crise birmane
La presse chinoise muette devant la crise birmane
Mais les forums sur Internet permettent aux dissidents en exil de relayer l’information.

Depuis que la répression de la junte birmane s’est intensifiée il y a une semaine, des images sanglantes de ces manifestations font la « Une » des journaux du monde entier. Mais la Chine, son pays voisin et le plus important soutien international au gouvernement birman fait exception. De ce côté-là de la frontière, les violences ne sont que rarement relatées dans les journaux et sur les chaînes de télévision.

Dans « Peoples’ Daily », un des grands titres de la presse chinoise mais aussi l’organe officiel du Parti communiste, pas un article ne revient sur les deux dernières semaines de la révolution safran. Et en effet, effectuer une recherche sur la Birmanie sur le site Web du journal n’aboutit à aucun résultat. 
Quelques journaux chinois ont diffusé un reportage réalisé par l’agence de presse officielle chinoise Xinhua jeudi, jour où les forces de sécurité birmanes ont violemment réprimé les manifestants. “Les soldats ont tiré en l'air et ont fait usage de gaz lacrymogène… mais sans provoquer aucun conflit majeur,” raconte le reportage. Ce même jour, les medias occidentaux montraient des images du journaliste japonais tué à bout portant et des diplomates étrangers qui annonçaient l’arrestation de centaines de bonzes et de manifestants.

Les journalistes chinois tentent d‘étouffer la crise dans les pages intérieures de leur journal. Au sein d’une rédaction chinoise, un journaliste confiait à FRANCE 24 qu’on lui avait demandé, ainsi qu’à ses collègues, de ne pas traiter la crise birmane.

Seul le Web couvre ces évènements. Même si Internet est largement censuré dans le pays, de nombreux articles de médias étrangers et d’agences de presse échappent aux filtres automatiques installés par le cyberpolice et sont publiés. 

En dehors de la Chine, une histoire différente…

Pour les bloggeurs et dissidents en exil, l’histoire est toute autre. Ils appellent le gouvernement chinois à condamner la crise birmane et critiquent le veto de Pékin, en janvier 2007, contre un projet de résolution à l’Onu condamnant les violations des droits de l'Homme en Birmanie.

Li Guotao, un dissident vivant à Shanghaï qui a été emprisonné à plusieurs reprises écrit dans un article publié dans “Jiuzhou Wanguo,” (“Quatre coins du monde”), un forum pour les expatriés chinois vivant en Amérique du Nord, que le système de vote à l’Onu devrait être révisé. Il propose que le veto d’un seul pays ne puisse plus freiner les résolutions relatives aux droits de l’Homme.
 
Pan Xiaotao, commentateur politique à Hong Kong, compare les évènements récents en Birmanie à l’assaut sanglant de 1989 contre les manifestants de la Place Tiananmen à Pékin. “Un mouvement démocratique similaire s’est aussi répandu en Chine en 1989 et s’est achevé dans une répression tout aussi brutale”. Cet article a été envoyé sur un forum du site internet d'une fédération chinoise des droits de l’homme. “Mais il existe une différence entre les évènements de Pékin et ceux de Rangoun : la Chine a tout fait pour attirer les investissements étrangers et développer l’économie du pays, ce qui a permis de détourner l’attention du peuple chinois de ses droits politiques ».
Cependant, Pan prévient le gouvernement chinois que la stabilité du pays est fragile. “Une fois que les problèmes économiques surgiront, tous les problèmes sociaux que la Chine compte aujourd’hui seront immédiatement amplifiés, à savoir la corruption, la répartition inégale des richesses, les retards écologiques… c’est ce qui, au final, mettra le système politique chinois en péril ».

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