Pékin met le paquet sur le tabac
Mercredi 03 octobre 2007
A moins d'un an de ses Jeux Olympiques, Pékin rejoint les grandes politiques de santé publique : depuis cinq mois, la ville multiplie les mesures contre le tabagisme.
Mercredi 03 octobre 2007
Par Yinan QianPas de tabac aux Jeux ! C’est du moins le credo du gouvernement chinois qui entend bien montrer son meilleur profil lors de la grande messe olympique en août 2008. A l’égard du monde, d’abord : question d’image. Mais aussi pour l’OMS (Organisation mondiale de la santé), en vertu d’une convention mondiale sur la limitation du tabac signée en 2005 : question de norme à respecter.
A partir de cette semaine, il est donc interdit de fumer dans les taxis de la capitale chinoise. Cette mesure s’inscrit dans le fil de la campagne pour des "JO sans fumée" lancée par le gouvernement chinois. Premiers ciblés, les centres hospitaliers : à l’intérieur, non seulement la vente des cigarettes est désormais interdite, mais les médecins fumeurs ont été sommés d’écraser leurs mégots.
Plus largement, selon la presse chinoise, Pékin a jusqu’à juin prochain pour se soumettre à l’ordre gouvernemental : plus de tabac dans les stades, dans la plupart des grands restaurants chinois et occidentaux de la capitale, dans les hôtels cinq étoiles, ainsi que sur certaines lignes de transport en commun.
Liu Xiang, star de l'athlétisme, s'y est mis !
Les Pékinois vont-ils pour autant suivre les injonctions venant de haut lieu ? Le scepticisme est de mise. Li Bin, chauffeur de taxi, se trouve placé devant un dilemme : « C'est une bonne idée du gouvernement, admet-il. Mais, à mon niveau, comment puis-je intervenir si mes clients veulent fumer dans mon taxi ? Déjà que je n’en ai pas assez, je n'ai pas envie de les perdre… ». Jiang Yuan, officiel du Centre chinois de contrôle de la maladie, est encore plus dubitatif : « Contrôler le tabac à Pékin revient à envoyer un élève de primaire en Mastère », expliquait-il récemment dans Caijing, l'un des plus grands magazines chinois.
Car on n’évacue pas en un an ce qui est devenu une tradition chinoise. L’usage du tabac est inscrit dans les rites : un paquet de tabac est souvent l’objet de cadeau entre les hommes et s'offrir des cigarettes est considéré comme un acte de politesse. Sur le site Bonjour Shanghai, qui s’adresse aux ressortissants étrangers, cette coutume est même rédigée dans la liste des règles sociales à respecter : "Il est de coutume qu'une personne offre une cigarette avant de s'en allumer une. Si vous fumez, n'oubliez pas de le proposer alentour", est-il écrit.
Mais au-delà des convenances, le tabac est surtout une formidable source économique. Selon un rapport publié par www.chinahyyj.com, un site internet qui produit des rapports sur les industries chinoises, l’industrie de tabac contribue 29 milliard d’euros à l’Etat chinois en 2006. Premier producteur de tabac au monde, la Chine comptabilise également le plus grand nombre de fumeurs d’un même pays : 350 millions, soit un Chinois sur quatre.
En Chine, l’image du fumeur reste positive. Pour preuve, Liu Xiang, super star du sport chinois, désigné "héros de la nation" pour avoir remporté le titre olympique du 110 mètres haies aux JO d’Athènes en 2004, prête son image au groupe Baisha, connu pour sa filiale de tabac...
Sur le porte-bagage de Han Xing…
Il reste que le message, tambouriné depuis des mois, commence à se frayer un chemin. Tout ce qui relève des Jeux est désormais considéré comme « tendance », y compris l'abstinence du tabac.
La contre-culture est donc en marche. A vélo même. Han Xing effectue actuellement un tour de Chine sur sa bicyclette pour faire savoir à ses concitoyens les effets funestes du tabac. Paysan dans le village de Mengcheng (province d’Anhui, Centre), Han Xing est un précurseur : Bien avant les directives gouvernementales, il avait ouvert une clinique en 2002 en vue d’aider les fumeurs à arrêter la cigarette.
« Deux de mes amis sont morts à cause du tabac, explique t-il à France 24. Ici, il y a beaucoup de familles où le grand père, le père et le fils fument. Parfois, pour payer le traitement du cancer du poumon du grand-père, une famille est lourdement endettée. Mais cela n'empêche pas le père et le fils de continuer à fumer », soupire t-il. Les traditions sont si ancrées qu’il dut d’ailleurs se résoudre à mettre la clé sous la porte. Mais l’année dernière, il décida d’enfourcher son vélo pour aller à la rencontre des populations et délivrer son message… avant-coureur. « Tout le monde fait des efforts en vue des Jeux, je ne peux pas rester à la traîne », se justifie t-il. Dès lors, armé de son porte-voix, il harangue les foules tandis que des drapeaux affichant le message « Pour les JO de Pékin, arrêtons-nous de fumer », flotte de chaque côté de son vélo. Avec quel succès ? « Quand on sait que c'est pour le bien des Jeux, beaucoup de gens m’écoutent, assure Han Xing. Tenez, dans un restaurant que je fréquentais quand j'étais à Pékin, le manager et ses trois cuisiniers ont décidé de s'arrêter de fumer. Ils ont choisi la date du 8 août, soit un an pile avant l'ouverture des Jeux… » Un an à tenir…
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