Dernière modification : 14/01/2008 

La presse officielle tente de discréditer les moines
La presse officielle tente de discréditer les moines
La révolte des moines a fait son apparition dans les journaux officiels depuis la fin de la crise. Faisant écho au pouvoir, ils accusent les moines d'avoir manipulé l'information.

Les clichés des manifestations contre la junte birmane ont meublé les « Une » de la presse du monde entier, sauf en Birmanie. Durement réprimées, les protestations ont brillé par leur absence sur les colonnes des médias locaux. Il aura fallu un mois d’affrontement et le retour au calme pour que les trois journaux gouvernementaux, New Light of Myanmar, Myanmar Ahlin et Kyaymon se décident à traiter de la crise.

Dans le très gouvernemental New Light of Myanmar, la ligne éditoriale ne surprend pas outre-mesure. Les moines sont accusés d’être hors-la-loi. Dans l’édition du 9 octobre, un article-maison justifie, sans ambages, les arrestations. Et n’hésite pas à emprunter aux accusations chères aux régimes anti-démocratiques : « il est regrettable que les descentes opérées dans certains monastères aient révélé que des femmes logeaient avec les moines, sans compter la découverte de DVD et de revues pornographiques », écrit le journal dans son édition du 9 octobre sur Internet.

Visiblement soucieux de jeter le discrédit sur les « bonzes », l’auteur de l’article va jusqu’à faire état de l’arrestation de faux-moines. Enfin, la photo du moine bouddhiste sans vie qui a fait le tour du monde n’est, selon le New Light of Myanmar, que le cliché d’un…  faux moine.

Dans les rédactions pro-junte, les manifestants sont décrits comme des « espions, des vendus à la solde des américains », déclare Maung Maung Muint, un journaliste de la Burmese Media Association (Association des médias birmans), basée en Suède. Il ne cache pas son inquiétude. « Il est certain que la situation va empirer pour les journalistes. Déjà peu appréciés par la junte militaire, les journalistes auront probablement plus de difficultés à exercer leur métier ». La crise a davantage renforcé les préventions des militaires contre les médias et leur rôle dans le combat pour la démocratie.

La presse privée birmane, toutes périodicités confondues, a connu des fortunes diverses. « Certains titres n’ont pas eu d’autre choix que de se mettre en congé forcé, refusant d’être les relais de la propagande gouvernementale », rappelle Vincent Brossel, chargé de la zone Asie à l’organisation de défense des journalistes Reporters sans frontières. « Soupçonnés de faire écho à l’opposition, certains titres ont été suspendus. Les autres, plus proches du pouvoir, attendent le feu vert de la junte pour reprendre le chemin des kiosques. En bref, aucun ne publie ». Cette presse est donc plus que jamais soumise à une censure implacable.

D’ailleurs, depuis le début de la crise, les harcèlements n’ont pas cessé. Pour preuve, six journalistes birmans ont rejoint, derrière les verrous, le plus célèbre nom de la corporation locale, U Win Tin, 77 ans. Arrêté en juillet 1989, il purge une peine de 20 ans pour « propagande antigouvernementale ».

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