Dernière modification : 09/01/2008 

Les combats se poursuivent au Nord-Kivu
Les combats entre l'armée et les troupes insurgées se poursuivent au Nord-Kivu (est), au lendemain d'un appel au cessez-le-feu lancé par l'officier dissident Laurent Nkunda. (Reportage : A. Zajtman/ M. Rabaud)

Les combats entre Forces armées de République démocratiques du Congo (FARDC) et troupes insurgées se poursuivaient jeudi au Nord-Kivu (est), au lendemain d'un appel au "cessez-le-feu" lancé par l'officier dissident tutsi congolais Laurent Nkunda.

"Il y a des tirs ce matin à 2 ou 3 km de Mushake", à une trentaine de km au nord-ouest de la capitale provinciale Goma, a déclaré à l'AFP le major Prem Tiwari, porte-parole militaire de la Mission de l'ONU en RDC (Monuc) au Nord-Kivu.

"Les FARDC sont à environ 2 km de Mushake, où les soldats ralliés à Nkunda tiennent une importante position. Il semble que ce soient les FARDC qui aient commencé à tirer" ce matin.

Les insurgés "ont recommencé à tirer vers 23H00, à peine quelques heures après l'appel à cessez-le-feu", ce qui a conduit les FARDC à "riposter", a affirmé à l'AFP un officier des FARDC.

Des affrontements se déroulaient aussi jeudi dans les zones de Mweso (70 km au nord-ouest de Goma) et de Runyoni, près de la frontière rwandaise.

La Monuc a donné ordre de lever la base opérationnelle mobile déployée depuis le 4 octobre à Mushake. "De nombreux déplacés (notamment tutsis, qui s'étaient réfugiés autour de cette base) fuient en direction de Kilolirwe", un des bastions de Nkunda à plus de 25 km au nord, a précisé le major Tiwari.

Mercredi soir, Laurent Nkunda avait pourtant appelé à un "cessez-le-feu" et s'était dit prêt à démobiliser 500 de ses hommes, après quatre jours d'affrontements au cours desquels l'armée avait progressé.

L'officier déchu, visé depuis 2005 par un mandat d'arrêt pour "crimes de guerre", avait officiellement rompu lundi la trêve instaurée le 6 septembre.

Le ministre congolais de la Défense, Diemu Chikez, a "pris acte" jeudi de ces déclarations: "Depuis le début de cette affaire, les FARDC n'ont fait que riposter à des attaques de Nkunda (et ne sont) pas dans une optique d'offensive. Leur chef d'état-major a donné à tous les combattants dissidents jusqu'au 15 octobre pour aller dans des camps de regroupement. Nous attendons que nos frères rejoignent les camps pour le brassage" (réforme de l'armée).

Le ministre a accusé Nkunda d'"instrumentaliser la question ethnique", en opposant la communauté tutsie aux autres. "C'est un rebelle et un criminel, et il devra un jour répondre de ses actes".

Interrogé sur la menace que fait peser sur cette minorité la présence en RDC de plus de 6.000 rebelles hutus rwandais, dont certains ont participé au génocide rwandais de 1994, le ministre a rappelé que Kinshasa avait, avec l'aide de la Monuc, rapatrié au Rwanda plus de 20.000 rebelles et leurs familles depuis 2002.

"Notre engagement est clair au niveau régional. Nous devons distinguer les génocidaires des autres rebelles, qui étaient trop jeunes pour être impliqués. Les génocidaires doivent être arrêtés, mais les autres doivent pouvoir rentrer au Rwanda sans être inquiétés", a-t-il dit.

Pour une source diplomatique, même si les FARDC ont engagé quelque 15.000 hommes contre les 5.000 hommes insurgés au Nord-Kivu, "Nkunda n'était quand même pas dans une situation de faiblesse telle qui suffise à expliquer son revirement".

"Il a subi de lourdes pressions, notamment américaines, pour cesser les hostilités et commencer à envoyer ses troupes au +brassage+, conditions préalables à une discussion sur un lieu d'exil confortable pour lui", selon cette source.

Pour un observateur onusien, "Nkunda cherche à gagner du temps. En demandant un cessez-le-feu, il pense pouvoir retourner l'opinion internationale" alors que les FARDC cherchent un "appui" de la Monuc sur le terrain.

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