Dernière modification : 13/01/2008 

Le Liban dans la tourmente
Le Liban dans la tourmente
Les Libanais retiennent leur souffle. La peur au ventre, ils scrutent le rendez-vous crucial du 17 décembre, date à laquelle le Parlement devrait désigner un nouveau chef de l'Etat.

Le mandat d'Emile Lahoud expirant le 24 novembre, des pans entiers de l'opinion s'interrogent, non sans appréhension, sur l'après-automne et les perspectives politiques.
 
A défaut d'accord consensuel sur le nom du futur président, une majorité de Libanais redoute un basculement du pays du Cèdre dans un vide institutionnel intenable. Une situation de nature, à leurs yeux, à le précipiter, comme au temps de la guerre civile, dans une de ces crises institutionnelles dont il a le secret.
 

A Beyrouth, les lectures pessimistes le disputent à l'inquiétude. Hommes politiques, journalistes, militants et hommes de la rue se retrouvent, subitement, à se remémorer de mauvais souvenirs. Tous ont en tête la malheureuse expérience de 1988,  lorsque le Liban s'est donné, division oblige, deux gouvernements, un dirigé par Salim El-Hos et l'autre conduit par le général Michel Aoun.  
  

Le Liban est-il exposé aux dommages collatéraux du vide institutionnel ? En bon connaisseur de l'histoire tumultueuse du pays, Naoum Sarkis, analyste politique à En-Nahar – journal  proche du mouvement du 14 mars et du gouvernement de Fouad Seniora -, ne cache pas ses craintes. En l'absence de choix avant novembre, le Liban court le risque d'un vide institutionnel. "Il pourrait se retrouver avec deux gouvernements ou, plus grave encore, deux Présidents de la République."
 
Souvent en difficulté face aux exercices électoraux et aux gestions institutionnelles, le Liban subit les effets des querelles politiques dont il est familier. Dernier feuilleton d'une chronique sans cesse recommencée, la crise actuelle s'est manifestée en septembre 2004 avec la prolongation, à la suite d'une pression syrienne, du mandat de Lahoud. L'assassinat, en février 2005, de l'ancien Premier ministre Rafik al Hariri a replongé le pays dans les démons de la violence et des assassinats politiques.
 
Sous l'effet du retrait des ministres chiites du gouvernement, des manifestations et des grèves, la crise politique est montée d'un cran. L'offensive de l'armée israélienne de l'été 2006 et l'épisode sanglant de Nahr El Bared ont aggravé la situation. La classe politique n'en finit pas de se déchirer entre pro et anti-syriens. Et ce qui n'arrange guère les choses, la procédure électorale est diversement interprétée par la majorité et l'opposition.

 
De fait, l'élection est loin de se présenter sous les meilleures auspices. Du moins, à en croire la lecture de Nicolas Nassif du journal Al-Akhbar, un titre proche du mouvement du 8 mars chapeauté par le Hezbollah. Ce journaliste ne croit pas à la tenue de l'élection sans un accord préalable sur le nom du successeur potentiel de Lahoud.
 
Pays à la composition confessionnelle singulière et voisin de deux pays interventionnistes, Israël et la Syrie, le Liban est habitué aux ingérences étrangères dans ses élections présidentielles. Les journalistes Naoum Sarkis et Nicolas Nassif se rejoignent sur ce point.
 

Dans la compétition indécise qui se noue pour l'accession au Palais de Baabda – siège de la Présidence –, pas moins de cinq protagonistes extérieurs agissent à distance. Allusion à des pays qui, pour une raison ou une autre, cherchent à peser sur le cours du processus présidentiel. "Ces pays divergent entre eux sur le traitement de la crise libanaise", observe Naoum Sarkis. A défaut d'accord entre Libanais sur le successeur de Lahoud,  l'option viendra de l'extérieur, spécule Nicolas Nassif.
 

Outre les Etats-Unis, la France et la Syrie, l'Iran, l'Arabie Saoudite et l'Egypte sont tentés, chacun pour ses raisons, de tirer leur épingle du jeu. Historiquement, la chronologie politique du Liban est jalonnée d'exemples sur l'immixtion étrangère dans la vie institutionnelle libanaise. Qu'on en juge : au plus fort de sa visibilité arabe, le président égyptien Gamal Abdel Nasser a eu, en concertation avec Washington, son mot à dire dans le choix du général Fouad Chehab à la présidence (1958-1964).
 
Elias Sarkis (1976-82) a hérité du fauteuil présidentiel via un accord syro-américain. Bachir Gemayel s'y est frayé un chemin, en 1982, au moyen d'un choix américano-israélien avant d'être assassiné quelques semaines plus tard. Son frère Amine Gemayel qui lui a succédé, a dirigé le pays (1982-88) dans des conditions similaires, selon Nicolas Nassif.  L'Arabie Saoudite n'a pas été étrangère à l'intronisation – en accord avec Washington - de René Mouawad en 1989 quelques semaines avant son assassinat dans un attentat à la voiture piégée. Damas a joué de son influence en choisissant Elias Hraoui (1989-98), puis Emile Lahoud.
 

A un jet de pierre de la session électorale du parlement, les Libanais se perdent en conjectures. En fonction des prismes et des convictions, chacun y va de sa lecture. Pour Naoum Sarkis, un accord consensuel entre les forces politiques en présence ne signifie pas que le Liban s'achemine vers une sortie de crise. Pour autant, si tel sera le cas, l'opportunité sera grande pour le pays de se consacrer aux priorités de premier rang parmi lesquelles la reconstruction et le développement économique.
  
S'il mise sur un recul de la violence, le même journaliste n'exclut pas, dans un avenir proche, d'autres assassinats politiques. Pour rompre avec la précarité sécuritaire, le Liban reste suspendu à l'émergence d'une véritable solution au conflit entre les camps sous tutelle syro-iranienne et celui sous influence des Etats-Unis.  En l'état actuel des antagonismes, la sortie de crise semble relever de la mission impossible. Pour y parvenir, tous les acteurs de la crise n'ont pas d'autres choix que de faire des concessions sur toutes les facettes de l'équation libanaise.
 

Qu'il s'agisse d'un accord consensuel sur le nom du successeur de Lahoud, de la dimension militaire du Hezbollah, de l'attitude à l'égard du dossier pénal de "al Hariri", les sources de désaccords sont nombreuses. « La marge de manœuvre est étroite », avoue Nassif.     
 

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