Dernière modification : 09/01/2008
Analyse de la politique française au Maghreb
Le président Sarkozy est en visite au Maroc. Quelle diplomatie veut-il mettre en oeuvre au Maghreb ? FRANCE 24 a interrogé Khadija Mohsen-Finan, chargée de recherche à l’IFRI.
Chargée de recherche à l’Institut français des relations internationales (IFRI), Khadija Mohsen-Finan est spécialiste du Maghreb. Dans un entretien à FRANCE 24, elle dessine les contours de la politique maghrébine de Paris à l’ère de Nicolas Sarkozy.
FRANCE 24 : Après un premier séjour en juillet dernier, Nicolas Sarkozy retrouve le Maghreb, le temps d’une visite d’Etat au Maroc. A l’heure de sa présidence, la diplomatie française s’achemine-t-elle vers une politique maghrébine différente de celle de Chirac ?
KHADIJA MOHSEN-FINAN : Visiblement, tout plaide dans cette direction. Dans ce chapitre précis de la politique étrangère de la France, Sarkozy cherche à rompre avec la vision antérieure. Il semble manifester une volonté de sortir des liens passionnés et affectifs qui ont marqué la page maghrébine de Jacques Chirac. En l’occurrence, Sarkozy ne veut pas porter un regard centré sur l’histoire. D’autant qu’à la différence de ses prédécesseurs, il n’a pas connu – il l’a dit lors de son dernier séjour à Alger - la page sanglante de la guerre d’Algérie. Aux relations bâties sur les rapports personnels, il oppose des relations d’Etat.
FRANCE 24 : Au regard de son agenda inaugural à l’Elysée, il se singularise par une entrée en matière rapide sur le terrain maghrébin. Deux visites d’Etat – Maroc et Algérie – moins de six mois après son élection.
K. MOHSEN-FINAN : Il est clair qu’il veut mettre l’accent sur le Maghreb et en faire une priorité de politique étrangère. Les ambitions en matière de coopération économique et commerciale – entre autres dans le nucléaire civil – en dépendent. Comme en dépend son projet d’Union méditerranéenne. Pour mettre le cap dans cette direction, il sait qu’il lui faut l’adhésion des pays de la rive sud de la Méditerranée, au premier rang desquels ceux du Maghreb.
FRANCE 24 : A chaque manifestation d’intérêt de la France pour le Maghreb, une question se profile dans les débats : la concurrence – réelle ou supposée - entre Paris et Washington dans la région. Quid de la question ?
K. MOHSEN-FINAN : Je me garderai de parler de concurrence. Je ne pense pas que les Etats-Unis se déploient dans la région par souci de compétition avec la France et l’Union européenne. Les américains étant partout, le Maghreb ne fait pas exception à leurs yeux. Préoccupés par la sécurité, ils ont la conviction que la bande sahélienne sert de base arrière pour Al-Qaeda. Ils trouvent dans les pouvoirs maghrébins des alliés dans leur lutte contre cette mouvance. De surcroît, leur visibilité dans la région s’explique par la volonté de certains pays maghrébins d’élargir les horizons de leur coopération économique. Les Algériens, par exemple, sont engagés dans une politique de diversification de partenaires économiques.






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