Dernière modification : 09/01/2008 

Bilan de la visite de Sarkozy au Maroc
Le président français Nicolas Sarkozy a profité de sa visite au Maroc pour assurer plusieurs contrats, notamment en vue de la construction d'un TGV et dans le domaine des armements. (Récit : M. Amellal)
MARRAKECH, 24 octobre (Reuters) - Nicolas Sarkozy a mis à
profit sa visite d'Etat au Maroc pour ajouter un chapitre à la
remise à plat de la stratégie politique et économique française
sur la scène internationale, qu'il a entreprise depuis son
installation à l'Elysée.
 
Le président français est reparti mercredi après-midi pour
Paris avec dans son escarcelle quelques contrats et engagements
dans le domaine économique et commercial pour un montant total
qu'il a évalué à trois milliards d'euros.
 
C'est le protocole d'accord signé lundi sur la construction
par des groupes français du premier tronçon du futur train à
grande vitesse (TGV) marocain (deux milliards d'euros, dont un
pour les entreprises françaises).
 
C'est également toute une série de décisions annoncées dans
le domaine des armements, même si rien n'a été formellement
signé dans ce domaine pendant la visite de Nicolas Sarkozy.
 
La France vendra ainsi au Maroc une frégate polyvalente de
classe FREMM (environ 500 millions d'euros), pour laquelle un
document avait cependant été signé "à temps pour la visite",
précise l'entourage du chef de l'Etat.
 
Elle sera construite à Lorient avec les frégates du même
type qui seront livrées à la Marine française à partir de
2011-2012 (ce pourrait être la deuxième ou la troisième).
 
Le groupe Thales vendra au Maroc un système de surveillance
des frontières. La France modernisera 25 hélicoptères Puma et
140 véhicules de l'avant blindés de l'armée marocaine et vendra
à celle-ci quelque 600 véhicules 4X4 long rayon d'action.
 
Pour ces derniers marchés, si la décision politique a été
prise par le roi Mohammed VI du Maroc et Nicolas Sarkozy, les
négociations sont encore en cours.
 
Au total, ce volet militaire, y compris la frégate,
représente plus d'un milliard d'euros, dit-on de même source.
 
La France et le Maroc ont d'autre part décidé de s'engager
dans un "partenariat" dans le domaine de l'énergie nucléaire
civile, qui pourrait déboucher sur la construction d'une ou deux
centrales nucléaires au Maroc.
 
Le dossier a été pris en main directement par Nicolas
Sarkozy, soucieux d'exporter la technologie nucléaire française,
et par Mohammed VI. Ils ont confié la préparation d'un accord
cadre à deux de leurs plus proches collaborateurs. Selon
l'entourage du président français, la conclusion de cet accord
cadre pourrait intervenir "dans les semaines qui viennent".
 
 
SOUTIEN MAROCAIN A L'UNION DE LA MEDITERRANEE
 
La France a dû en revanche prendre acte de la décision du
Maroc d'acheter des F16 américains et non le Rafale français.
 
"Le Maroc est un pays libre et un pays indépendant qui
décide librement et nous respectons sa décision", a déclaré
mercredi Nicolas Sarkozy devant des chefs d'entreprises français
et marocains à Marrakech. "Quand c'est une décision qui ne nous
plaît pas nous devons nous interroger sur la part de
responsabilité que nous avons dans cet échec et non pas la
repousser exclusivement sur nos partenaires."
Le président français entend tirer toutes les leçons de ce
fiasco en remettant à plat la stratégie française de négociation
et de suivi des grands contrats qu'il juge "mauvaise".
 
Une cellule opérationnelle baptisée "war room", constituée
de proches collaborateurs du chef de l'Etat et de représentants
des ministères de la Défense, de l'Economie et des Affaires
étrangères, est déjà en place pour prendre les décisions sur les
"grandes opérations".
 
Dans le domaine diplomatique, Nicolas Sarkozy a engrangé le
soutien, qualifié de "total" par la délégation française, de
Mohammed VI à sa proposition d'Union de la Méditerranée.
 
Dans un toast prononcé mardi soir lors d'un dîner officiel,
le souverain chérifien a qualifié l'initiative du président
français de "projet visionnaire et audacieux", tout en rappelant
cependant que le Maroc aspirait aussi à un "statut avancé"
auprès de l'Union européenne.
 
Quelques heures auparavant, Nicolas Sarkozy avait lancé de
Tanger un appel "pressant et solennel" à tous les pays et
peuples de la Méditerranée à construire cette union et invité
les chefs d'Etat et de gouvernement de ces pays à tenir un
premier sommet en juin 2008 en France.
 
Mardi matin, dans un discours prononcé au Parlement marocain
à Rabat, il avait invité les pays de la Méditerranée à prendre
exemple sur le Maroc, "qui n'a pas peur de revisiter son passé".
 
"Il ne peut pas y avoir de statut avancé ou de partenariat
pour un pays qui n'aurait pas le courage de revisiter son
passé", avait-il ajouté, une allusion susceptible de viser
plusieurs pays méditerranéens, dont la Turquie.
 
Il avait proposé dans le même discours au Maroc un
"partenariat sans arrogance" - "Je sais que votre pays a changé
(...) Je suis venu vous dire que ce Maroc nouveau, nous l'avons
compris et nous allons l'accompagner", avait-il déclaré.
 
Une façon de rompre avec une forme de "paternalisme" souvent
reprochée à ses prédécesseurs, dont Jacques Chirac.
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