Au cœur d'une province d'Afghanistan dont plusieurs districts sont contrôlés par les Taliban, la reporter de FRANCE 24 Claire Billet, est partie à la rencontre d'Abu Tayeb, commandant d'une brigade spéciale de Taliban.
Province de Wardak, Afghanistan - Le jour est à peine levé et déjà, la voiture de Claire Billet, reporter à FRANCE 24, et de son guide, un journaliste afghan, file dans les rues d'une banlieue de Kaboul, la capitale afghane. Direction le sud-ouest, vers la province du Wardak.
La reporter part à la rencontre d'un groupe de Taliban avec lequel elle est en contacts depuis plusieurs mois.
La route, parsemée de carcasses de véhicules, est quasiment déserte.
C'est l'une des plus dangereuses du pays. « On doit faire attention d'abord à ne pas se faire enlever par les bandits. Deuxièmement, ne pas être arrêté par le gouvernement, et troisièmement, on doit être prudent avec ceux qu'on va voir. On risque d'être arrêté avant par un autre groupe de Taliban », commente le guide. Depuis les derniers enlèvements d'étrangers, plus personne ne se risque à emprunter la route. Elle se dirige vers Kandahar, au sud.
La journaliste porte une burqa. Un camouflage indispensable : les enlèvements d'étrangers sont légion à cet endroit. « Pour un homme, ce serait bien plus difficile. Parce qu'un étranger, un homme étranger, peut être facilement reconnu », poursuit le guide.
Après quelques heures de trajet, les journalistes arrivent au point de rendez-vous avec les Taliban. La route est encore longue : les deux hommes qui attendent sur le bas-côté ne sont que les guides qui doivent les escorter jusqu'au commandant Taliban Abu Tayeb.
Encore une heure et demie de route sur un chemin rocailleux, vers une vallée isolée au milieu des montagnes arides. Toute cette région est sous le contrôle des Taliban.
Enfin, le convoi arrive au camp. Une vingtaine de combattants, tous masqués, attendent.
Le commandant Abu Tayeb est sous les ordres de Mansour Dadullah, un des bras droits du mollah Omar. Il commande plusieurs milliers d'hommes et supervise cinq provinces. « Nous sommes tous des Fedayi ici. Les Fedayi des Taliban », explique Abu Tayeb. Fedayi, en pachtoune, signifie « celui qui est prêt à mourir ». Ici, on parle de fedayi ou moudjahiddins (combattant au nom de la religion), MOINS de Taliban.
Un homme, le seul au visage découvert, reste à l'écart du groupe. « Cet homme est un moudjahid irakien », indique le commandant. Il a choisi d'être kamikaze et attend son départ. « Il prie tout le temps… (…) Nous sommes tous prêts à mourir. Il n'y a pas de différence entre celui qui meurt par balle et celui qui veut se faire exploser. On prie tous de la même façon ». Abu Tayeb n'en dit pas plus. Il indique seulement que de nombreux combattants arabes sont sous ses ordres. Peut-être ont-ils aussi choisi d'être kamikazes.
Les liens avec les pays voisins sont évidents, mais les questions concernant les contacts entretenus, notamment avec l'Iran, irritent. « Vous avez un programme : occuper les territoires musulmans, répond Abu Tayeb. Après l'Irak et l'Afghanistan, vous cherchez une excuse pour attaquer l'Iran ! »
Dans les régions du Sud, où les Taliban sont actifs, de nombreuses écoles ont été brulées par certains d’entre eux qui refusent une éducation non religieuse. Les hommes du Wardak conduisent Claire Billet dans un établissement où étudient plus de 500 garçons. Ils y apprennent l'anglais, la géographie, l'histoire les mathématiques, la religion… un enseignement général comme dans le reste du pays. « Les Taliban nous encouragent à continuer l'éducation, témoigne l'un des 15 professeurs de l'école. Nous n'avons reçu aucun avertissement ou aucune menace ». Les Taliban ne sont pas loin. Difficile de savoir ce que pense réellement l'enseignant. Mais l'un des hommes d'Abu Tayeb confie à la reporter : « Je veux que mes enfants aillent à l'école.
D'ailleurs, nos enfants vont tous à l'école parce que je veux qu'ils continuent leur éducation. Et on n'interdit pas aux filles d'aller à l'école, on est content que les garçons et les filles puissent y aller. Mais pour le moment dans la province, les filles reçoivent seulement une éducation avec le mollah, à la mosquée. » Un discours que ne s'attendait pas à entendre Claire Billet.
Elle vient peut-être de rencontrer une nouvelle génération de Taliban.














Commentaires
l'école des filles
Je suis heureuse de savoir que les filles ont le droit d'aller à l'école. Mais celle des mollah dans un pays intégriste..... le bien n'est-il pas pire que le mal?
Du Grand journalisme
Bravo à vous Mme Billet, vous arrivez à avoir le courage qu'il faut pour conserver la distance journalistique face à un sujet hautement controversé. De plus vous avez du courage à proprement parler de côtoyer le danger de si près par seul souci de neutralité journalistique. Vous incarnez la morale journalistique en ce sens que vous ne nous fournissez aucune réponse, mais bien quelques clefs à rajouter au trousseau qui ouvre la porte de nos compréhension singulière de notre temps. Bravo !
sur Claire Billet
Je trouve formidable ses reportages avec les talibans .
Cela nous montre une autre images que celle de "nos" benis oui oui télévisuels
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