En déclarant le 29 novembre qu’il était favorable à l'élection à la présidence du général Michel Sleimane, le général Michel Aoun, l’un des leaders de l’opposition, a ouvert la voie à une sortie de l'impasse politique.
Le 28 novembre 2007, les députés de la majorité avaient annoncé que le veto à la candidature du général Sleimane, chef des armées, était levé.
« Je soutiens le général Sleimane », a déclaré Aoun. « Si la majorité le veut et que d'autres parties dans l'opposition le veulent, alors c'est bon. »
Le général Sleimane semble donc avoir des chances d’être désormais élu à la présidence d’un pays en proie à une profonde crise politique, et décapité depuis le 23 novembre, date de la fin du mandat du président Lahoud.
Jusque-là, la majorité avait refusé la candidature de Sleimane afin de ne pas amender la Constitution qui interdit aux hauts fonctionnaires de devenir chef de l'État, sauf s'ils démissionnent de leur poste deux ans avant l’investiture suprême.
L’élection de Michel Sleimane n’est pas garantie pour autant. Les différents partis doivent s’entendre sur les modalités d’amendement de la Constitution.
Qui est réellement ce candidat qui semble aujourd’hui réunir le consensus ?
Une personnalité discrète
Michel Sleimane est nommé commandant en chef de l’armée libanaise en 1998, date à laquelle il succède au général Emile Lahoud, élu président de la République. La Syrie exerçant alors un contrôle étroit sur les forces de sécurité libanaises, la désignation de Sleimane s’est faite avec l’aval de Damas.
Pourtant, le comportement de l’armée lors de la manifestation géante anti-syrienne du 14 mars 2005 - lors du « printemps de Beyrouth » - a effacé l’image « d’homme de Damas » que lui collaient les anti-syriens.
« Michel Sleimane avait, ce jour là, refusé d’obéir aux ordres du gouvernement et laissé les soldats fraterniser avec les manifestants », déclare le journaliste Elie Masboungi, du quotidien francophone libanais L’Orient-Le Jour. « Il a su également gérer la sécurité du pays lors du retrait des troupes syriennes alors que celui-ci était en proie à des manifestations pro- et anti-syriennes jamais vues dans l’histoire du Liban », ajoute le journaliste. « Aujourd’hui ses succès inspirent la confiance des Libanais », conclut Elie Masboungi.
La popularité du général Sleimane s’est également accrue à la suite de la longue bataille de Nahr-el-Bared. Le camp palestinien du Nord Liban s’est trouvé aux prises pendant plus de quatre mois avec les islamistes du groupuscule Fateh el-Islam.
« La victoire d’une armée sous-équipée et qui ne s’était pas vraiment battue depuis longtemps – les soldats iront jusqu’à fabriquer des engins explosifs au moyen de bonbonnes de gaz – a fait rejaillir sur sa personne l'élan affectif dont a bénéficié une armée qui a perdu 168 de ses soldats », déclare le journaliste libanais Philippe Abi Akl.
Les banderoles de soutien à l'armée et à son commandant se sont multipliées dans les rues de Beyrouth et dans les grandes villes du pays. C’est à ce moment la que le nom de Michel Sleimane a circulé comme potentiel candidat à la présidence. Rumeurs démenties à maintes reprises par le général.
Un candidat à équidistance de la majorité et de l’opposition
Le 22 novembre 2007, le Liban fête son indépendance. Sleimane rend visite aux présidents de la République Emile Lahoud, du Parlement Nabih Berri et au Premier ministre Fouad Siniora, soucieux d’apparaître à équidistance de tous les bords.
Le général a aussi réussi à garder l’armée à l'abri de la crise politique qui paralyse les institutions libanaises depuis de nombreux mois. Il a éloigné le spectre de la dislocation de l’armée – comme cela avait été le cas lors de la guerre civile. Comme toute la fonction publique du pays, l’armée libanaise est construite sur des bases confessionnelles. Le 22 novembre, il publie un communiqué à l’attention de ses soldats leur demandant de rester loin du contexte politique en crise.
Ces derniers jours, il a poursuivi une tournée remarquée auprès de certains leaders religieux du pays comme le mufti de la République et le métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth. Il a également reçu, à Yarzé, la visite de la députée de la majorité Nayla Moawad.







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