Dernière modification : 09/01/2008
Dépasser les vieux démons
Une polémique provoquée par des "rapatriés" et un ministre algérien a failli se transformer en crise diplomatique. L'intervention du chef de l'Etat algérien a réussi à calmer les esprits.
A la veille de la visite de trois jours du chef de l’Etat français Nicolas Sarkozy en Algérie, le ministre des Anciens combattants algériens Mohamed Chérif Abbas a déclaré au quotidien algérien El Khabar que le « lobby juif » était derrière l’accession de Nicolas Sarkozy au pouvoir. Il a affirmé que ce "lobby" était celui qui avait le monopole de la prise de décision politique en France.
“Vous connaissez les origines du président français et ceux qui l’ont amené au pouvoir”, a-t-il déclaré. “Saviez-vous que les autorités israéliennes avaient mis en circulation un timbre à l’effigie de Sarkozy, en pleine campagne électorale ?”, a-t-il ajouté.
“Pourquoi Bernard Kouchner, une personnalité de gauche, a décidé de sauter le pas en entrant au gouvernement ? C’était le résultat d’un mouvement qui reflète l’avis des véritables architectes de l’arrivée de Sarkozy au pouvoir; le lobby juif qui a le monopole de la prise de décision en France”, a-t-il conclu.
Après ces déclarations qui ont provoqué l’indignation et l’embarras des autorités françaises, le président algérien Abdelaziz Bouteflika s’est empressé de rassurer son homologue français.
"En dehors des positions exprimées par le président algérien ou le ministre des Affaires étrangères, toute déclaration ou spéculation n’engage que ses auteurs ou ceux qui les publient”, a-t-il expliqué. “Les propos de Chérif Abbas ne reflètent en rien la position de l’Algérie”, a-t-il ajouté.
La guerre des mémoires
D’après Benjamin Stora, historien et chercheur spécialisé dans le mouvement national algérien et la guerre d’Algérie, “ces déclarations n’émanaient pas d’une décision politique d’Etat”. Par ailleurs, la condamnation du président algérien est conforme à celle de “la presse arabophone locale qui s’est tout de suite démarquée de la position du ministre algérien des Anciens combattants”, déclare-t-il.
Il faut également noter que la prise de position de M. Chérif Abbas est intervenue au lendemain de l’inaugurationle le 25 novembre à Perpignan, dans le sud de la France, du Mémorial National des Disparus en Algérie (1954-1963) par d'anciens "Français d’Algérie", rapatriés en 1962. Un évènement mal accueilli par certains Algériens au moment où leur pays demande à la France des “excuses pour ses crimes commis en Algérie pendant la colonisation”.
D’après Stora, il y aurait une “concordance de guerre des mémoires” entre les deux pays 45 ans après la fin de la guerre en Algérie.
Un passé à dépasser
Les déclarations du ministre Mohammed Chérif reflètent-elles les pensées d’une certaine aile politique au pouvoir ? Ou bien s’agit-il d’un simple excès de langage ? Benjamin Stora répond que “nous avons déjà lu ce genre de position dans certains journaux algériens, mais c’est la première fois qu’un ministre fait ce genre de déclarations”.
L’embarras, voire la tension qui empreint de temps à autre les relations franco-algériennes à cause des séquelles de l’héritage colonial empêche la normalisation des relations entre les deux pays. Benjamin Stora assure cependant que “les possibilités de partenariat sont grandes entre la France et l’Algérie”.
“Cette dernière, possédant des capacités économiques importantes, ainsi qu’une communauté d’immigrés en France qui pourrait servir de lien entre les deux pays”, ajoute-t-il. “Dépasser les obstacles politiques est une nécessité afin de bâtir des relations normales libérées des sensibilités du passé”, conclut l’historien.
Samedi, une déclaration signée par de nombreux hommes politiques et historiens des deux pays a été publiée par plusieurs quotidiens algériens, dont "El Khabar", et par le journal francais Le Monde. Les signataires ont appelé à "dépasser le contentieux historique" existant entre les deux pays par une décision politique et non pas par le terme religieux de la "repentence". Idem aussi à Alger, où la classe politique dans sa majorité ainsi que les médias, ont violemment condamné les propos du ministre "qui ne reflètent que son propre avis et pas celui de l'Algérie", selon Bouteflika, intervenu personnellement pour calmer les esprits.






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