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Le rêve fou de l'Arche de Zoé

©

Vidéo par Willy BRACCIANO

Dernière modification : 22/01/2008

Il y a un mois, éclataient l'affaire de l'Arche de Zoé impliquant neuf français. Willy Bracciano a mené l’enquête pour FRANCE 24.

L’affaire a défrayé la chronique pendant plusieurs semaines. Neuf Français et sept Espagnols arrêtés à Abéché, dans l’Est du Tchad, sont accusés d’avoir enlevé 103 enfants pour les rapatrier en France, arguant d'une évacuation sanitaire. Cette affaire, c’est celle de l’Arche de Zoé, une ONG française qui s’était donné comme mission « d’évacuer les orphelins du Darfour ». A elle seule, l’association a réussi à déclencher une des plus grosses crises humanitaires et diplomatiques que la France ait eu à gérer.


Depuis sa cellule tchadienne, le président de l’association, Eric Breteau, a fait parvenir à France Info une lettre de 16 pages dans laquelle il livre sa version des faits. Il y dénonce une « mascarade politico-médiatique » et nie formellement « toutes les accusations d’enlèvement, de trafic, d’opération clandestine (…) ».
L’Arche de Zoé, déclarée au Tchad sous le nom de Children Rescue, avait pour objectif d’évacuer 1000 enfants orphelins du Darfour vers la France où ils devaient être recueillis par des familles d’accueil.

 

Des contributions de plusieurs milliers d'euros

 

Ces familles, aujourd’hui, se sentent trahies. Elles ont participé financièrement à l’évacuation de ces enfants, parfois à hauteur de plusieurs milliers d’euros. Quatre d’entre elles se sont réunies à Rennes pour se constituer partie civile. « Dans l’affaire de l’Arche de Zoé, nous sommes victimes. On a été manipulé par les dirigeants, ils nous ont menti », témoignent Cécile et Flavian Hervy, candidats à l’adoption. « Ils nous disaient que c’était légal (…). On est vraiment tombé de haut quand on a vu les informations le 25 octobre. »


Cécile et Flavian Hervy, comme beaucoup d’autres couples, sont entrés en contact avec l’Arche de Zoé via des sites internet consacrés à l’adoption. Pour l’association, il fallait trouver des familles d’urgence. Un membre de l’association et ami d’Eric Breteau témoigne : « Il (Eric Breteau) m’a dit : " Je vais ramener 1000 enfants du Darfour. Je ne sais pas comment, mais j’en ramène 1000. " Je lui ai demandé comment il comptait les héberger et il me répond : " Je vais trouver des familles d’accueil. " »


Le président de l’association est sur place, dans l’enfer du conflit. Il voit de ses yeux les massacres, les familles déplacées, déracinées et les orphelins. Pour lui, l’association doit agir, et vite. Pour que cette opération soit légale, pour que ces enfants puissent rester en France, l’ONG cherche l’appui des autorités françaises, en vain.


Céline Lorenzon, avocate de l’association, avait formulé une première mise en garde : « J’avais expliqué à Eric Breteau toute la difficulté qu’on aurait eu à faire régulariser ces enfants en France. » L’opération est pourtant lancée à grand coups de publicité.

 

Ambigüité autour de l'adoption

 


Sur le site web de l'Arche de Zoé, une phrase ambigüe, « Sauvons ces enfants, adoptons-les », met la puce à l’oreille des autorités. Légalement, l’association ne peut pas exercer le rôle d’intermédiaire en matière d’adoption.

 


Eric Breteau est reçu tour à tour au cabinet du ministre des Affaires étrangères, à celui de la secrétaire d’Etat chargée des droits de l’homme. « Chaque fois on leur a dit : " Attention, ne vous lancez pas dans cette opération. Il est impossible d’adopter des enfants soudanais. " Nous avons à plusieurs reprises publié des communiqués de ce ministère pour mettre en garde tous ceux qui pouvaient être attirés par ce projet, jusqu’au moment où la directrice de cabinet de Mme Rama Yade a demandé au président de l’association de venir s’expliquer », déclare-t-on au secrétariat d'Etat aux droits de l'homme. La police convoque même Eric Breteau à la suite d'une enquête préliminaire diligentée par le parquet.


Rien n’y fait, rien n’arrête Eric Breteau. L’Arche de Zoé continue son tour de France des familles. Les 262 foyers candidats à l’adoption des enfants soudanais croyaient à une évacuation pour sauver des vies d’enfants en danger. Jamais on ne leur parle d’évacuation sanitaire.


Le 25 octobre à 16 heures, ils étaient à l’aéroport de Vatry, attendant le vol en provenance du Tchad. Mais l’avion n’a jamais décollé. L’opération est un échec. Le parquet français ouvre une information judiciaire à l’encontre de l’Arche de Zoé pour exercice illégal de l’activité d’intermédiaire en matière d’adoption. Au Tchad, ses membres sont mis en examen pour enlèvement de mineurs, fraude, violence en vue de modifier leur état civil. Ils risquent 20 ans de prison.

 

Première publication : 30/11/2007

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