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Après Guantanamo

Vidéo par Johan BODIN

Texte par Alaa AL-HATHLOUL

Dernière modification : 02/04/2009

L'Arabie saoudite tente de réhabiliter les ex-détenus de Guantanamo et des ex-djiadistes qui ont combattu en Irak. (Reportage : J. Bodin, A. Al-Hathloul)

Je suis partie en Arabie Saoudite rencontrer des jeunes Saoudiens qui ont fait ou qui ont essayé de faire la guerre au nom de l’islam. Quinze des dix-neuf terroristes qui ont participé aux attentats du 11 septembre 2001 contre New York et Washington étaient Saoudiens. Depuis, le gouvernement tente de convaincre ses alliés américains qu’il mène un combat sans relâche contre le terrorisme. Mais, dans le même temps, il n’oublie pas de « gérer » l’opinion publique nationale, largement hostile à l’invasion américaine de l’Irak.

Lors de l’invasion américaine de l’Afghanistan, en 2002, 130 Saoudiens ont été arrêtés par l’armée américaine et transférés vers la base militaire de Guantanamo, à Cuba. 104 d’entre eux sont rentrés en Arabie et 3 y sont morts. D’autre part, le gouvernement saoudien a arrêté des combattants saoudiens partis en Irak lors de leur retour au pays. Ces revenants de Guantanamo et d’Irak ont dû passer par les prisons saoudiennes. Beaucoup d’entre eux ont été relâchés après avoir purgé leur peine.

Afin de réussir leur réintégration au sein de la société, le gouvernement a mis en place des centres de réhabilitation, à l’origine des maisons de repos transformées en lieux de réinsertion placés sous haute sécurité.

Aborder un tel sujet ou effectuer des reportages est loin d’être une sinécure en Arabie Saoudite, d’où la curiosité de voir les autorités locales nous autoriser à filmer à l’intérieur de ces centres. Le pays est habitué à des places peu reluisantes dans les classements établis chaque année par les organisations internationales en matière de liberté de presse.

Au cœur du centre de réhabilitation


Un officier vient nous chercher à l’hôtel. Je suis surprise de le voir en habit traditionnel blanc, et non en uniforme. La route qui mène aux centres de réhabilitation traverse la capitale, Riyad. Les habitations disparaissent au fur et à mesure. Nous empruntons une route non goudronnée, et nous nous retrouvons face à des barrages de police. Nous arrivons finalement devant l’un de ces centres de réhabilitation. On en compte sept, regroupés dans le même quartier de « Thoumamah ». Nous nous dirigeons à l’intérieur du centre en passant par un jardin, et nous nous installons sous une tente bien aménagée. Le général, ses officiers et les gardiens, qui sont tous en habit traditionnel, nous font une présentation du centre et les programmes de réinsertion.

A la fin de la présentation nous nous préparons à rencontrer les ex-prisonniers de Guantanamo. Des officiers bienveillants s’approchent de moi pour me rappeler délicatement de faire attention à ma tenue et de ne pas m’approcher des détenus afin de ne pas les heurter. Ensuite, nous traversons un grand jardin où il y a des jeunes, dispersés. Parmi eux, un homme aux lunettes de soleil attire mon attention.

Les cours qu’ils suivent me paraissent très scolaires. Leur professeur est un cheikh qui tente de leur réexpliquer le « djihad ». Peu de gens réagissent à ses explications. Avec le temps quelques hommes participent et vont même jusqu’à raconter leur histoire. Mais ma présence semble davantage gêner les officiers que les détenus. Parfois on vient me murmurer à l’oreille de garder mes distances vis-à-vis des prisonniers, pourtant certains d’entre eux sont prolixes. Un détenu, assis au fond de la classe, me fait signe de la main de quitter la pièce. Un petit signe qui suscite en moi un grand malaise.

J’aurais aimé passer un peu de temps avec les détenus mais l’ambiance est tendue. J’avais imaginé qu’ils nous auraient raconté leurs expériences, leur vie avant Guantanamo, leurs conditions de détention en prison. Mais ces Saoudiens sont peu bavards.

Finalement on nous présente un homme posé, bien habillé, qui porte des lunettes de soleil. Je pensais qu’il était policier, voire officier. C’est Jouma Al Dosari, un ex-prisonnier de Guantanamo. Il commence à nous parler d’une voix posée monocorde, presque monotone. Mais il refuse de nous raconter sa période de détention à « Cuba », comme il le dit. Nous avons pour toute réponse: « Comme les médias le disent… » ou « comme vous l’avez déjà entendu dans les médias… » Bizarrement, Jouma, qui possède la double nationalité saoudienne et bahreïnienne, avait confié à la presse de Bahreïn ses souffrances et ses dépressions à Guantanamo.

Après avoir négocié, nous obtenons l’autorisation de revenir le lendemain pour passer la journée dans un centre réservé exclusivement aux ex-prisonniers de Guantanamo.



Abdelhakim, le voisin de Guantanamo

Deuxième journée dans un autre centre de réhabilitation. Même décor que la veille. Les officiers me rappellent les mêmes règles mais d’un ton plus sévère. Ils m’expliquent que les détenus de ce centre sont stricts, il ne faut pas les provoquer. Nous commençons la journée en partageant le repas du midi. Certains quittent l’endroit immédiatement après notre arrivée. Un homme amputé des deux jambes ne veut pas rester. Les ex-détenus et les policiers, assis en tailleur, se servent dans de grands plats communs posés à même le sol. Je suis invitée à partager le repas avec le général et trois autres hommes dont l’un est professeur au centre. Je complimente la personne assise à mes côtés à propos du repas. Il me répond mécaniquement. Je lui demande sa fonction, il me confie qu’il vient de rentrer de Guantanamo. Ce que je me dis ? « Un prisonnier de Guantanamo assis à côté de moi et nous partageons le même repas ! »
Mon voisin s’appelle Abdalhakim et il était détenu à Guantanamo. Il est très joyeux. Il répond à mes questions et à mes remarques avec une aisance remarquable.

Nous commençons à l’interviewer. Les officiers assistent au tournage. Il préfère s’exprimer en anglais, une langue qu’il a apprise à Guantanamo, pour être sûr que nous ne modifierons pas ces propos. D’après lui, à Guantanamo, les propos des prisonniers étaient déformés ou mal interprétés. Depuis, il préfère ne pas passer par des intermédiaires, surtout avec les médias étrangers, même si notre chaine émet en arabe également ! Tout au long du tournage, il refuse catégoriquement de parler de sa vie au camp de détention de Cuba.

Puis vient l’appel à la prière du coucher du soleil. Un match de foot : l’équipe des ex-prisonniers de Guantanamo en jaune et l’équipe de la police et des officiers en bleu. La confiance s’installe même si ma présence en tant que femme n’est pas du goût de tous les pensionnaires du centre…

 

Première publication : 07/12/2007

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