Les Serbes du Kosovo manifestent contre l'indépendance
Mardi 18 décembre 2007
Des milliers de Serbes ont défilé dans les rues de Mitrovica pour protester contre l'indépendance du Kosovo.
Mardi 18 décembre 2007
Par Clea Caulcutt / FRANCE 24Au-dessus de la rivière Ibar, un pont de fer rappelle l'écart grandissant entre les Serbes vivant au nord de la rivière et les Albanais vivant au sud.
Selon James Lyon, spécialiste des Balkans au sein du groupe de réflexion « International Crisis Group », les Serbes se réunissent régulièrement dans un café appelé la "Dolce Vita", à l'une des extrémités du pont, dans le but d'empêcher les Albanais de traverser ce pont.
"Il y a deux cités séparées à Mitrovica, les Serbes dans le nord et les Albanais dans le sud, relève Lyon. Bien que les Serbes se soient officiellement repliés en 1999, ceux de Mitrovica créent très efficacement des institutions parallèles. Par exemple, presque tous les membres du service de police du Kosovo dans le nord sont Serbes et ils travaillent en étroite collaboration avec les autorités de Belgrade. »
"Si les Serbes le voulaient, ils pourraient très bien ne plus faire partie du Kosovo. Leur vie continuerait comme si de rien n'était", affirme Lyon.
Selon Oliver Ivanovic, un dirigeant de l'ethnie serbe dans le nord du Kosovo, contacté par FRANCE 24, les Serbes défilent dans la partie nord de la ville parce qu’ils y ont plus de liberté de mouvement. Le rassemblement, organisé par le Conseil national serbe, se tient sous le slogan "Non à la mission illégale de l'UE qui va à l’encontre de la résolution de l'ONU, non à l'indépendance du Kosovo, un grand « Oui » à un Kosovo dans le cadre de la Serbie et des Serbes en tant que citoyens à part entière de la Serbie".
Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblés sur la place Shumadia, sous les yeux d’une forte présence policière.
Jusqu'ici, Belgrade a toujours rejeté la perspective d'une indépendance du Kosovo, arguant que cette province est en soi le cœur historique de la Serbie, même si elle est peuplée en majorité d’Albanais. Les dirigeants albanais du Kosovo ont estimé entre-temps que les négociations avec Belgrade étaient inutiles et se sont engagés à proclamer unilatéralement l'indépendance de la province sous quelques semaines.
“Les Serbes sont toujours l’objet d’intimidation”
A Mitrovica, les Serbes sont inquiets du sort qui attend ceux qui vivent au sud de la rivière Ibar dans le cas où le Kosovo se séparerait de la Serbie. « Dans les enclaves, les Serbes ont avant tout peur pour leur vie, explique Ivanovic. Ils ne peuvent même pas laisser leurs enfants aller à l’école sans escorte. Ils n’ont ni pouvoir, ni eau, ni travail, et aujourd’hui ils sont préoccupés par leur avenir : ils craignent que leur vie devienne encore plus misérable. »
Des centaines de Serbes ont disparu dans les années qui ont suivi la guerre, en 1995, selon le journaliste français de « Libération » Marc Sémo. « Aujourd’hui, les tueries ont cessé mais les Serbes font toujours l’objet d’intimidation. »
Comme l’indépendance semble se dessiner, "le départ des Serbes s’accélère ", selon Lyon, mais les Serbes, de manière générale, restent attachés à une terre qui abrite leur église orthodoxe et leur centaine de monastères.
Mais les Albanais ne peuvent oublier comment Slobodan Milosevic a commencé à dépecer le Kosovo de sa relative autonomie dans les années 1990. Près de 10 000 civils, en majorité albanais, ont été tués dans les accrochages qui ont suivi avec les forces serbes.
Peu d’espoir à attendre des négociations
Ivanovic a peu d’espoir. “Tout le monde sait ce que les Albanais pensent, tout le monde sait ce que les Serbes pensent, ces rassemblements n’y changeront rien ; ils serviront juste à susciter des attentes qui seront difficiles à satisfaire », souligne-t-il.
Il a également peu d’espoir concernant les discussions au Conseil de sécurité de l’ONU. « Il n’y aura pas de débat, et pas de discussion, durant la réunion du Conseil de sécurité. La troïka va se revoir et présenter ses rapports. Il y aura certes des commentaires mais pas assez d’action », prévient-il.
Le Premier ministre serbe Vojislav Kostunica, qui doit prononcer un discours mercredi, a promis de lutter pour davantage de pourparlers avec les séparatistes kosovars afin de parvenir à un compromis qui exclurait toute proclamation d’indépendance.
Depuis le bombardement de la Serbie par les Nations unies, en 1999, visant à arrêter la persécution des séparatistes albanais, la majorité albanaise de la province est impatiente de proclamer son indépendance.
Les officiels de l’Union européenne et les experts s’attendent à ce que les leaders kosovars annoncent le mois prochain leur intention de déclarer l’indépendance avant de se séparer de la Serbie d’ici à mai 2008, avec l’approbation de leurs alliés au sein de l’UE et des Etats-Unis.
Désormais, à Mitrovica, le président russe Vladimir Poutine, dont le portait est placardé sur tous les murs de la ville, et l’opposition de la Russie à l’indépendance du Kosovo, demeure l'unique espoir des Serbes, conclut Sémo.
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