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Le Kenya en proie au chaos

Dernière modification : 26/01/2008

Au Kenya, Virginie Herz et Cyril Vanier, reporters à FRANCE 24, observent l'évolution de la situation du pays. Ils répondent à vos questions.

Vous qui êtes là sur place et après trois jours de manifestations, est-ce que nous sommes en droit de dire et d'affirmer haut et fort qu'il y a bel et bien un conflit ethnique en cours au Kenya? car l'exemple du RWANDA en 1994 est toujours dans la memoire collective de l'humanité!
(Alain Pierrot Wembo, Kinshasan RD Congo, vendredi 18 janvier 2008)

 


Virginie Herz : Non il ne s'agit pas d'un conflit ethnique comme au Rwanda, mais avant tout de tensions sociales et politique.
Ce que l'on peut dire, c'est que les élections contestées ont ravivé des tensions ethniques - qui avaient tendance à s'estomper - parce que notamment le président Kibaki et le leader de l'opposition Odinga font partie de deux tribus différentes, respectivement les Kikuyus et les Luos. Au Kenya, il y a au total 42 tribus et pour en savoir plus je vous invite à regarder nos reportages qui abordent presque tous cette question.


Qu'attendent l'ONU et OUA pour intervenir ?
(Armand Henri-Gelase Bouckethy, mercredi 16 janvier 2008)


Virginie Herz :
Il y a quand même l’échec de deux médiations africaines, celles de Desmond Tutu et du président de l’Union africaine, John Kufuor. Le président Kibaki ne s’est pas montré très favorable à une médiation. Il leur a fait savoir qu’ils sont les bienvenus au Kenya pour un safari, mais pas pour s’occuper de politique kényane.
A Matharé, où nous avons passé les derniers jours, les gens sont déçus que Kofi Annan ne soit pas venu. Ils ont globalement l’impression que la classe moyenne les lâche, mais ils comptent avant tout sur eux-mêmes.


Les Kényans devraient comprendre que même si Raila devait devenir président ce n'est pas pour autant ils vont quitter leur ghetto. Il n’a pas la baguette magique pour tous leurs problèmes. 
(Rosalind Bauert, mercredi 16 janvier )


Virginie Herz :
La moitié des Kényans vit sous le seuil de pauvreté. Et pourtant il s’agit de l’un des pays les plus riches d’Afrique de l’Est. Dans le bidonville de Matharé, à Nairobi, il y a un problème de surpopulation très important et les loyers sont très chers. Les émeutes sont donc le résultat de tensions sociales et économiques.
Comme Kibaki est au pouvoir depuis longtemps, les gens ont l’impression qu’une alternance politique pourrait amener le changement. Le slogan des révoltes dans le bidonville de Matharé est "Pas de justice et pas de paix sans Odinga".
Il faut noter que Kikuyus et Luos vivent ensemble à Matharé. Mais quand les manifestations s’arrêtent et que la police quitte les lieux, des pressions s’exercent sur les Kikuyus. Nous avons assisté à des scènes de menaces verbales, mais aussi à des passages à tabac. Le moteur de la manifestation reste politique et économique mais ces violences génèrent des tensions ethniques. Et c’est un cercle vicieux de violence où les Kikuyus sont visés, puis répliquent.

Première publication : 20/01/2008

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