Dernière modification : 02/02/2008 

La course à la Maison Blanche via le web
La course à la Maison Blanche via le web
La revolution des contenus sur la toile change radicalement la façon de mener campagne sur Internet.

D’une femme de fer froide, entourée de supporters sans âme, à une femme au bord des larmes serrant une tasse de café fumante, la métamorphose d’Hillary Clinton est totale.

Et cette image est passée en boucle à la télé, et encore, encore et encore sur Internet.

L’impact profond de ce changement fut visible durant la nuit du 8 janvier, où la candidate Clinton a remporté les primaires au New Hampshire, battant son rival démocrate populaire, Barack Obama , et prenant les sondeurs, experts et même son personnel de campagne, par surprise.

La première victoire de Clinton a mené analystes et Américains ordinaires à repasser la vidéo – via le site de partage de vidéo en ligne YouTube – des ses larmes pré-électorales dans le New Hampshire.

L’élection présidentielle américaine 2008 a été appelée “L’élection YouTube” avec raison. Avec une batterie d’outils online aidant les utilisateurs dans leur navigation sur le web, les candidats à la course suprême ont été exposés à des enquêtes et études sans précédent – et également ont été couverts de ridicule.

Hillary fulmine, chante, rit, et pleure sur YouTube

Depuis qu’elle a lancé sa campagne en janvier 2007 avec les mots « J’y suis », mis en ligne sur son site web, Clinton a été la candidate démocrate la plus critiquée sur Internet.

Quand un micro dans l’Iowa l’a surprise en train de chanter l’hymne national américain sur une tonalité complètement fausse, YouTube a mis immédiatement en ligne des parodies d’ « Hillary chanteuse ». Il y a des vidéos proposant des interprétations de son rire un peu grinçant, connu de tous. Il y a des parodies de ses discours, propositions de campagne, de son hymne de campagne et même quelques vidéos des pets d’Hillary.

Parfois le concours de vidéo en ligne entre les candidats a dépassé la ligne rouge. En mars 2007, quand une vidéo intitulée « Voter différemment » est apparue sur YouTube, l’atmosphère au sein de l’équipe de campagne de Clinton s'est détériorée et une vague de consternation s'est déversée sur le camp d’Obama également.

Une parodie d’une publicité d’Apple de 1984 a été mise en ligne, présentant un écran géant avec un gros plan orwellien de Clinton s’adressant à des soldats aux visages gris. Le monologue lénifiant de Clinton est finalement arrêté au moment où un athlète brise l’écran d’un coup de marteau. A la fin du clip, le logo Apple se transforme en un « O » sous lequel apparaît le titre « barackobama.com ».

La réaction à ce clip fut rapide et forte. En quelques jours, le clip « attention au virus » a été visionné par les internautes à travers le monde. Alors que l’équipe de campagne de Clinton s’indignait de ce coup bas, Obama eut une répartie rapide et souligna que ce travail venait d’un supporter trop enthousiaste, et non d’un site officiel.

Une stratégie de la vieille école à l’âge des nouveaux médias

Cependant pour Andrew Rasiej, co-fondateur de TechPresident, une entreprise basée à New York en charge du suivi des sites de campagne pour l’élection présidentielle, la vidéo « Voter différemment » a mis en lumière le style de communication « vieille école » de Clinton.

« La campagne d’Hillary Clinton a suivi le mouvement du yoyo », dit Rasiej. « 2008 a été une année où le contenu Internet a été créé par les électeurs, mais Hillary Clinton continue à se servir d’Internet comme d’une télé traditionnelle. Sa campagne a fondamentalement ignoré la nature ascendante et créatrice d’Internet ».

A l’opposé, Obama a été le chouchou de la toile. Son personnel de campagne en ligne a embauché Chris Hughes, qui a aidé au développement de Facebook, le site de réseau en ligne, alors qu’il n’était encore qu’un étudiant de deuxième année à l’Université d’Harvard.

« Obama a utilisé les outils d’Internet plus efficacement en faisant appel aux échanges en ligne » dit Rasiej. « Il a totalement fait décoller sa popularité sur la toile auprès des supporters individuels, qui ont à leur tour créé des blogs, des vidéos, des messages électroniques – c’est une façon beaucoup plus démocratique et ouverte d’utilisation d’Internet ».

L’un des premiers sites de candidat à la présidence à s’engager dans les potentialités liées aux réseaux de Facebook et de MySpace, est le site officiel d’Obama, qui permet aux supporters de créer leurs propres événements et de trouver des donateurs à travers le monde. Son site officiel de campagne, www.barackobama.com, a constamment atteint les meilleurs chiffres d’audience parmi les différents sites de campagne.

 

Malgré son échec dans le New Hampshire, son site avait 23,5% de part de marché la semaine avant le 12 janvier, selon Hitwise, la première compagnie de suivi des sites Internet, basée à New York. Son plus proche rival n’a que 18% de part de marché.

Récolter de petits dons en ligne

La collecte de fonds en ligne d’Obama a été la matière première de cyber légendes. Alors que les dons pour la campagne de Clinton sont venus de quelques gros donateurs, les fonds levés par le sénateur de l’Illinois sont venus de centaines de milliers de petits donateurs. Au premier trimestre de 2007 seulement, Obama a levé au moins 25 millions de dollars, le plus souvent de donateurs en ligne. Mi-janvier de cette année, sa campagne a dépassé l’objectif de 100 000 donateurs individuels mensuels. Le site a même atteint le chiffre de 125 000 donateurs.

Viser des petits donateurs en ligne est une stratégie politique particulièrement efficace, dit Rob Wicks, un expert des médias politiques à l’Université d’Arkansas. « Si vous parvenez à ce que des gens ordinaires donnent des petites sommes, c’est une indication que vous les avez probablement ralliés à votre cause » souligne-t-il. « A l’opposé des gros donateurs qui donnent de l’argent à différentes équipes de campagne, un petit donateur qui donne 50 dollars est beaucoup plus susceptible de voter pour vous ».

Les petits donateurs contribuent bien moins que la limite légale de 2000 dollars par individu, remarque Wicks, ils peuvent donc donner plusieurs fois durant un cycle de campagne.

Apogée et décadence des “Deaniacs”

Ce fut Howard Dean, l’ancien gouverneur du Vermont et candidat démocrate à la présidentielle de 2004 qui fut le premier à exploiter les ressources d’Internet pour des levées de fonds.

Bien avant Facebook ou YouTube, Dean a ouvert la voie à des techniques de campagne politique online qui ont été depuis adoptées par tous les candidats de 2008 avec des degrés variés de succès.

Pendant la campagne de 2004, l’équipe d’internautes volontaires – surnommés les « Deaniacs » - a mobilisé de jeunes électeurs et dontateurs pour la première fois lors de cybers réunions et de forums online.

En fin de compte, la révolution sur la toile de Dean Howard fit un flop en raison de l’action des vieux médias.

Quelques heures après le discours annonçant la défaite de Dean Howard lors du caucus de l’Iowa, les télés américaines ont diffusé en boucle le visage rougeaud de Dean hurlant – clip connu sous le nom de « Le cri de Dean ». Pour la plupart des Américains, le message était clair : le candidat du Vermont n'était pas présidentiable au mieux, cinglé au pire.

Le mastodonte Ron Paul

Pour beaucoup d’analystes, l’échec de Dean Howard met en évidence les risques liés à vouloir renforcer le pouvoir d’Internet dans les campagnes politiques.

Dans le camp républicain par exemple, le candidat qui a dominé l’Internet, selon la plupart des supporters sur Facebook et MySpace, des abonnés YouTube, des bases de données de Google, plus que n’importe quel autre candidat républicain est un homme très peu connu en dehors du petit cercle des aficionados de la politique online.

Ron Paul, un parlementaire et physicien, est parvenu à attirer un tel soutien d’un nombre important d’internautes avec des discours directs très anti-guerre, anti-impérialiste, que de nombreux médias et experts sont obligés d'omettre cette donne dans leurs analyses.

Le taux de visite de son site est si élevé que les analystes craignent que cette situation biaise leurs projections. Le site de campagne de Paul par exemple, compte presque 36% de part de marché des sites web des candidats républicains, selon Hitwise pour la semaine précédent le 12 janvier.

Le pouvoir des vieux médias

Mais les légions d’internautes, comme Dean l’a appris en 2004, n'assurent pas le succès aux élections. « Une bonne campagne online ne peut en rien remplacer une campagne traditionnelle dans les médias » met en valeur Wicks. « Il n’y a pas à tergiverser : sans une utilisation intelligente des médias traditionnels, les candidats ne vont pas très loin dans la campagne ».

Et c’est ce que la candidate Clinton a découvert avec joie après le caucus du New Hampshire. En fin de compte les électrices – même les « petites vieilles dames » - ont voté pour elle.

Malgré le volume important de critiques sur elle et les sarcasmes accablants de Big Brother sur YouTube, elle est parvenue à jouer sur les sentiments des électeurs du New Hampshire. Ses larmes ont été reprises par les principales chaînes de télévision, qui ont passé en boucle ces images pendant la pré-campagne, atteignant un public qui n’a pas l’accès, le temps ou la volonté de démêler et rassembler leurs informations à partir du web.

Il reste encore quelques mois avant l’élection finale de novembre et il est encore trop tôt pour dire si l’Internet a la possibilité de modifier la donne politique. Ou si l’arsenal de vidéos créées par les internautes, les réseaux, les blogs et évènements cybers constituent seulement l’un des nombreux éléments d’une campagne électorale efficace.
 

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