Les petites attentions pour courtiser l'électorat hispanique ne manquent pas depuis le début de la campagne présidentielle américaine. Barack Obama s'amuse à décliner son slogan "Yes we can" en espagnol ("Si se puede") au Nevada, alors que les candidats républicains se retrouvent sur la chaîne hispanique Univision pour débattre sur des questions posées en espagnol. Hillary Clinton, elle, va jusqu'à saluer le candidat hispanique, Bill Richardson, pour "son grand fair-play et son courage" alors qu'il se retire de la course sans avoir encore annoncé à qui il apportait son soutien. Aujourd'hui, tous les moyens sont bons pour être "likeable" auprès des Hispaniques. Et pour cause, les Latinos représentent la plus grande minorité aux Etats-Unis avec 46,7 millions d'habitants selon le Pew Hispanic Center, soit 15 % de la population américaine. Et pourtant, ils ne sont que 6 % de Latinos à voter.
Il existe plusieurs raisons pour expliquer un tel fossé entre la population et l’électorat hispaniques. "Les Hispaniques sont en fait une minorité dormante", commente Claudine Tessier, auteur d'une recherche sur "L'influence croissante de la communauté hispanique aux Etats-Unis" pour la Chaire d'études économiques et politiques, basée à Montréal. "Le vote latino est la seule communauté qui va prendre un réel essor d’ici quelques années". Et d'ajouter : "Les analystes politiques le savent bien, et c’est pour cela que les candidats doivent vraiment faire attention à eux".
Aujourd’hui, un tiers des Latinos a moins de 18 ans et ne peut donc pas voter. "Il s’agit de la deuxième génération d’immigrants hispaniques. Elle est née dans les années 1990", commente Richard Fry, chercheur au Pew Hispanic Center, basé à Washington D.C. "Ce qui veut dire que d’ici quelques années, ils seront en âge de le faire".
Mais c’est ne pas la seule raison. Il faut aussi tenir compte des 12 millions d’immigrants qui ne sont pas naturalisés. Ils n’ont pas la citoyenneté, et ne peuvent donc pas voter non plus. "Ce chiffre aussi peut évoluer selon la politique d’immigration des candidats", ajoute Claudine Tessier. Reste 18,2 millions de Latinos à pouvoir voter, selon le Hispanic Pew Center, qui ne sont pas tous inscrits sur les listes électorales. "Il faut qu’ils prennent conscience de leur pouvoir politique en s’inscrivant, d’une part, et en votant ensuite", précise Claudine Tessier. Tous ces facteurs, qui sont en constante évolution, vont nettement influer sur le taux de participation des élections à venir. "Pour la présidentielle 2008, elle pourrait tourner autour de 6,5 %", avance Richard Fry.
"Aujourd’hui, nous manifestons, demain nous votons"
Les Latinos jouent déjà un rôle crucial dans certains Etats, comme la Californie, le Nouveau-Mexique, l’Arizona et le New Jersey, où ils représentent une part importante de la population. En 2004, lors de l’élection présidentielle, George W. Bush avait remporté l’Etat du Nouveau-Mexique d’un petit point. Et les Latinos y représentaient alors 37 % du corps électoral. Il avait aussi remporté la Floride de cinq points, un Etat où les Latino comptent pour 14 % de l’électorat. Sur le plan national, il avait recueilli environ 40 % du vote hispanique. "Les Latinos s’étaient retrouvés dans les valeurs conservatrices de George W. Bush, de son programme de réduction d’impôts et de sa politique anti-castriste", précise Annick Foucrier, directrice du Centre de recherches d’histoire nord-américaine (CRHNA), à Paris. Bush est aussi le premier président à s’être adressé aux Hispaniques en 2001 en leur parlant en espagnol, lors du "5 de Mayo", jour de la fête nationale au Mexique.
Mais depuis que le président sortant a signé, en octobre 2006, le Secure Fence Act qui autorise la construction du mur le long de la frontière mexicaine, le vote hispanique est loin d’être acquis aux républicains. Selon une étude menée en 2007 par le Pew Hispanic Center, ils n’étaient que 23 % des Latinos à se déclarer d’allégeance républicaine, contre 28 % un an plus tôt. "Les électeurs hispaniques sont indécis ("swing voters"), contrairement aux Africains-Américains qui sont de tendance démocrate", estime Annick Foucrier. "Ce qui les rend d’autant plus intéressants aux yeux des politiques car ils peuvent faire la différence". Selon les derniers chiffres, c’est Hillary Clinton qui a les faveurs des Hispaniques : en Floride, elle a obtenu 59 % des voix des électeurs d'origine hispanique, contre 30 % pour Barack Obama.
Mais les Latinos, qui sont originaires d’environ douze pays différents, ne sont pas un groupe homogène. "Les Cubains de Floride sont plus affiliés au camp républicain alors que les Portoricains sont de tendance démocrate". Même la religion catholique n'est plus un élément fédérateur, car nombre d’entre eux sont devenus protestants évangéliques. Selon Claudine Tessier, leur pouvoir politique va prendre tout son sens au moment de débattre sur l’immigration. Ils se sont d’ailleurs déjà fait entendre lors des manifestations sur l’immigration en 2005. Leur slogan était : "Aujourd’hui, nous manifestons, demain nous votons".














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