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Arche de Zoé : les parents craignent d'être oubliés

Dernière modification : 10/02/2008

Les familles des victimes de l'Arche de Zoé n'ont toujours pas récupéré leurs enfants. Ils s'inquiètent d'être oubliés si les Français bénéficiaient d'une grâce présidentielle. (Reportage : S. Claudet, V. Herz)

Alors que la demande de grâce des membres de l’Arche de Zoé a été envoyée à Idriss Déby par le Quai d’Orsay, les familles victimes de l’association française s’inquiètent. Elles n’ont toujours pas touché les dommages et intérêts que la justice tchadienne leurs avait accordés. Plus préoccupant encore, elles n’ont pas récupéré leurs enfants, toujours retenus dans un orphelinat, près d’Abéché, dans l'Est du Tchad.


"Les gens peuvent fauter, ça y est cela a été rendu public, on le sait. Mais nos droits dans tout ça ? Il faut que l'on nous rende nos enfants, il faut qu'ils puissent rentrer dans leurs familles. Moi c'est ça qui m'importe", explique Suleiman Mohammed, l’un des parents. Installé dans une banlieue de N'Djamena avec trois autres pères, il fait, pour la première fois depuis la condamnation des six Français, le point avec les avocats.

 
L’un de pères, Mohammed Bichara, compte faire entendre ses droits : "Ce qui se passe entre nos deux pays je ne m'en mêle pas mais le problème c'est que nous n'avons toujours pas eu notre dû. Nous sommes quatre pères ici représentant les 103 enfants, on veut (que) nos droits (soient respectés). Après s'ils veulent libérer les Français, on s'en fiche".
 

Les familles attendent toujours les 4,12 milliards de francs CFA (6,3 millions d'euros) octroyés par la justice tchadienne et craignent que cette somme ne leur revienne jamais si Idriss Déby gracie l’équipée de Breteau. "On n’a aucune information. On nous a dit que l'argent n'était toujours pas arrivé et que dès que la France l'enverra, il nous sera distribué" explique Ibrahil Obali.



Des rumeurs de marchandage politique
 

Pour Abdoulaye Adam Bahr, l’un des avocats, la grâce ne devrait pas concerner l’aspect financier de la condamnation. "Il y a aussi eu une condamnation pécuniaire, l'aspect dommages et intérêts, donc notre avis, notre entendement de l'accord de coopération jusqu'à ce jour, c'est que la France est impliquée pour la demande de transfèrement de ces condamnés et la France s'impliquera maintenant pour essayer de régler l'aspect des dommages et intérêts".


Plus encore la perspective d'une grâce présidentielle embarrasse et surprend les avocats. Me Amady Nathé, président du collectif des avocats des parents s’étonne que la demande de grâce puisse être étudiée alors qu’une procédure d’appel est en cours. "Créteil a rendu une décision qui est frappée d'appel. Il faut que la décision soit définitive avant que l'on parle de grâce ou de quoique ce soit. On met la charrue avant les bœufs. Nous sommes mal placés ici pour parler de grâce parce que c'est un droit régalien qui appartient au président de la République qui n'a pas à dire "bon on n'a qu'à me demander". Personne ne peut demander au président sauf les condamnés eux-mêmes".

 
Un étonnement qui, à N'Djamena, nourrit les rumeurs de marchandage politique : "un soutien militaire de la France au régime d'Idriss Déby contre la libération des six Français" conclut l’avocat.
 

Première publication : 08/02/2008

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