Les parlementaires turcs réunis pour une session cruciale ont adopté samedi des amendements constitutionnels clés aboutissant à la légalisation du foulard islamique à l'Université, au grand dam des défenseurs de la laïcité, rassemblés pour manifester en masse à Ankara.
Deux textes débouchant sur la levée de l'interdiction du voile dans les facultés ont été approuvés par 403 parlementaires, soit bien plus que la majorité des deux tiers requise pour une réforme de la loi fondamentale.
Le projet de réforme devait encore être approuvé dans son intégralité, ce qui devait être une formalité puisqu'il est soutenu par le parti islamo-conservateur AKP au pouvoir et le parti d'opposition nationaliste MHP, qui à eux deux rassemblent 410 sièges.
L'AKP (Parti de la Justice et du développement) veut réviser la Constitution en estimant que l'interdiction faite aux étudiantes de porter le voile sous peine d'exclusion -- en vigueur depuis un putsch en 1980 -- portait atteinte à la liberté de conscience et au droit à l'éducation. Le projet de légalisation du voile avait déjà été approuvé en première lecture jeudi par 404 parlementaires.
Au moment où les députés votaient, des dizaines de milliers de manifestants se rassemblaient à l'appel de 70 organisations dont des syndicats, dans le centre d'Ankara contre cette révision qui sape, selon eux, le principe de séparation entre Etat et religion de la république laïque fondée il y a 84 ans par Atatürk. "La Turquie est laïque et le restera", criaient les protestataires.
Les participants -- évalués à moins de 100.000 par un policier -- brandissaient des drapeaux turcs ou des portraits du père de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk. Une précédente manifestation le 2 février avait rassemblé plus de 125.000 personnes.
Les forces du camp laïc, en premier lieu l'armée, les juges et les universitaires, s'opposent à cette réforme dont ils redoutent qu'elle n'entraîne une légalisation du voile dans les administrations et les collèges et lycées où il reste interdit. Ils craignent aussi un renforcement des pressions sociales et religieuses sur les femmes pour qu'elles portent le foulard, dans ce pays musulman à 99%.
Les parlementaires ont voté séparément deux amendements constitutionnels, l'un obligeant l'Etat à traiter tout le monde sur un plan d'égalité lorsqu'il fournit des services comme des cours à l'Université et un autre stipulant sans autres détails que "personne ne peut être privé de son droit à l'éducation supérieure", puis ils devaient ratifier l'ensemble du texte amendé.
Pour entrer en vigueur, la révision constitutionnelle doit être entérinée par le président Abdullah Gül, un ancien membre du parti islamo-conservateur au pouvoir, qui n'a encore jamais rejeté de texte soumis par le gouvernement.
Dans l'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP) a promis une bataille devant la Cour constitutionnelle, en arguant que la nouvelle législation enfreignait le principe de laïcité. Le président du groupe CHP au parlement, Kemal Anadol, a appelé tous les parlementaires au "bon sens", "pour qu'ils évitent de prendre une décision qui provoquera le chaos".
Des dirigeants d'universités ont eux aussi averti, dans une mise en garde collective, que la légalisation du foulard pouvait entraîner des affrontements sur les campus et un boycottage des cours par certaines enseignantes.
L'autorisation du voile en faculté ne satisfait pas davantage le camp islamiste puisque certains ont critiqué des amendements constitutionnels préparés à la hâte tandis que les plus orthodoxes regrettaient que le seul voile autorisé soit le foulard traditionnel, noué sous le menton.
























Commentaires (1)
politique
ça me fait peur ce religieux qui s'insinue sournoisement et dangereusement dans la vie politique, y compris en France.
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