Regardez des clips d'Henri Salvador :
Henri Salvador est né en Guyane en 1917. L'année du premier enregistrement de musique jazz. "Ma vie est une improvisation", lançait-il parfois, en clin d'œil à l'exigence première du jazz : laisser la musique s'inventer sur l'instant. Mais Henri Salvador ne se résume pas à un style de musique. Son parcours ne tient pas dans une boîte. Il a joué au touche-à-tout, au risque de se perdre parfois en route.
Les débuts se sont faits aux côtés du guitariste de jazz manouche, Django Reinhardt, et en compagnie de son frère, André Salvador. Un concert est enregistré au Jimmy's Club en 1940. On ne peut rêver meilleur parrain guitariste. Peu après, il part avec l'orchestre de Ray Ventura au Brésil. Rétrospectivement, c'est là une expérience fondatrice : le mélange de jazz et de chanson pratiqué par Ray Ventura, la saveur des compositions de Paul Misraki, le retour aux sources latino-américaines où Salvador est né. Le jeune Franco-Guyanais connaît quelques heures de gloire brésilienne. Plus tard, il a même prétendu avoir inventé la bossa nova. Il disait cela dans un éclat de rire, comme une bonne blague. Avec son enfance en Guyane, à deux pas du Brésil, patrie des rythmes samba et choro, et avec son amour pour le jazz américain, pas étonnant qu'il ait fait la jonction entre les deux univers. Car la bossa n'est autre que de la samba prise sur un tempo lent, mâtinée d'harmonie jazz. Certes, il n'est pas l'inventeur de la bossa nova. Carlos Jobim avait fait le gros du travail, et Salvador le reconnaissait bien. Mais tout de même. La chanson Dans mon île, qu'il a chantée alors que Carlos Jobim n'avait pas trente ans, est restée dans les annales brésiliennes, jusqu'à figurer au répertoire de Caetano Veloso.
De retour en France, Henri Salvador est un jazzman remarquable. Il suffit d'écouter son disque Salvador plays the blues (1951), pour l'entendre scatter sur des standards comme Stompin' at the Savoy, et prendre des chorus de guitare dans le style d'Al Casey. Il garde de cette période un phrasé impeccable, une mise en place rythmique parfaite. Sa chanson fétiche, Le loup, la biche et le chevalier se trouve d'ailleurs transformée en standard de jazz sous les doigts du grand Sidney Bechet. Henri Salvador est celui qui swingue le plus parmi les chanteurs de variété de cette époque. C'est un des meilleurs scatteurs de France. Je le place sans hésiter dans les musiciens de jazz ", juge Philippe Baudoin, historien du jazz, auteur de Chronologie du jazz (Edition Outre Mesure, 2005).
Périodes rock, bouffe, bleue... et crooner
Henri Salvador ne reste pas en place dans un style, il est un touche-à-tout. "Il a toujours proposé autre chose", estime Daniel Huc, saxophoniste et chanteur de jazz, qui a joué avec Henri Salvador. "Tout ce qu'il a fait procède d'une américanisation de la chanson et de l'art de vivre". Trompettiste à ses heures, bon guitariste, Salvador a même fait un peu de rock n'roll. Mais de façon parodique, sous le pseudonyme Henry Cording. Il existe notamment un enregistrement aux côtés de Michel Legrand et de Boris Vian (!), tous les trois sous pseudo. Le trio infernal finit par enregistrer à visage découvert en 1956. Mais Salvador ne persiste pas dans le rock n'roll. "Comme tous les musiciens de jazz, il en a fait. Mais ce n'était pas une fin en soi", estime le trompettiste Patrick Artero, qui a joué à plusieurs reprises avec lui, notamment dans Chambre avec vue.
Tout comme Sacha Distel, Salvador accompagne le jazz dans ses élans swing et be-bop, puis s'en éloigne. "Par fainéantise peut-être", propose Daniel Huc. "Quand on rencontre la notoriété, on n'est pas dans la même abnégation vis-à-vis du jazz ", estime Patrick Artero. "Il ne travaillait pas vraiment sa trompette, par exemple." Que ce soit par flegme ou par goût pour la nouveauté, Salvador succombe à la mode des comiques populaires et la transcende. "A la façon de François-Alexandre Galepides, dit "Moustache", qui était batteur de jazz et humoriste à ses heures", rappelle Patrick Artero. Salvador a ainsi eu sa "période bouffe" (Zorro est arrivé, Monsieur Boum boum...) et sa "période bleue" (chansons pour Walt Disney...).
Mais c'est en crooner qu'il rêvait de finir sa carrière. Il voulait rivaliser avec Frank Sinatra et Nat King Cole. Salvador commence par renouer avec le jazz dans Monsieur Henri (1994), disque avec grand orchestre et pêches de cuivre. Mais il trouve enfin chaussure à son pied lors de ses trois derniers albums -Chambre avec vue (2000), Ma chère et tendre (2003) et enfin, Révérence (2006), qu'il enregistre au Brésil avec l'orchestration de Jaques Morelenbaum et les artistes entourant habituellement Carlos Jobim, Chico Buarque et Marisa Monte. Il retrouve alors ce qui faisait le charme de Maladie d'amour, Scaphandrier, Le loup, la biche et le chevalier, L'abeille et le papillon ou encore L'ombrelle et le parapluie. Un phrasé alangui et séducteur, des accents malicieux et enfantins, un amour de la mélodie et des beaux accords, et une mise en place rythmique tombant juste. C'est peut-être aussi cela, le jazz.
















Commentaires (1)
henri salvador et ton éternel sourire !! ... !!
tu nous manquera à tous ! on ne t'oublira jamais !!
puisse tu reposer en paix !! on T'AIME !! ... !!
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