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Course à l’armement au Liban

Dernière modification : 29/02/2008

Les attentats se multiplient et le spectre de la guerre civile plane sur le Liban. Dans ce climat de terreur, il est un commerce florissant : celui des armes. Enquête au coeur du trafic. (Reportage: J-M. Quemener)

Le Liban est en proie à une crise politique que rien ne semble pouvoir régler. Le rythme des attentats s’accélère et le spectre de la guerre civile plane.

 

Le 25 janvier, les Libanais font face à l’horreur. Pour la vingtième fois en trois ans, une voiture piégée vient de tuer un policier de 31 ans, le capitaine Wissam Eid, responsable des écoutes téléphoniques pour les enquêtes sur les attentats et spécialiste du dossier islamiste.

 

Deux jours plus tard, sur l’ancienne ligne de démarcation entre quartier chiite et quartier chrétien, des militants chiites se rassemblent et prennent position sur les toits. L’Etat en quasi faillite ne fournissant presque plus d’électricité, ils protestent contre les coupures de courant.

 

Le mouvement de protestation s’agrandit et devient politique : l’opposition manifeste contre la majorité. L’armée prend position et les armes sortent de leur cachette. On entend alors les premiers coups de feu et des snippers occupent les toits. L’armée devient vite dépassée, tout comme les manifestants. Le Liban revient vers son passé et les armes sont à nouveau dans la rue.

 

Dans ce contexte de peur et de déliquescence, le commerce des armes s’émancipe. Face à une demande croissante, les prix ont quadruplé depuis un an et le trafic s’intensifie. Les frontières, avec la Syrie notamment, sont pour le moins perméables.

 

C’est à Tripoli, la capitale majoritairement sunnite du nord du pays, que notre reporter Jean-Marie Quéméner est allé à la rencontre d’un trafiquant pour comprendre d’où viennent ces armes et pourquoi ce marché est si florissant.
Ici, on peut tout se procurer (quatorze, Kalachnikov, M16…) et la demande fait grimper les prix ; signe objectif d’une aggravation de la situation.

 

On apprend que certaines de ces armes servent des intérêts politiques, d’autres, non. Rencontre avec un client : « Les armes, c’est devenu comme une montre au poignet. Il faut que chacun en ait une pour se défendre… L’aggravation de l’insécurité, la crise confessionnelle et les attaques contre notre confession nous inquiètent et fait que nous devons vendre ou acheter des armes … On est bien obligé de remplacer l’Etat ou, au moins, de servir l’armée, qui doit protéger tout le monde. On prend nos responsabilités et on se défend nous-mêmes. »

 

Pour comprendre comment les armes peuvent passer au Liban, notre reporter se rend sur le plus important poste-frontière du pays, entre le Liban et la Syrie. Les 90 douaniers qui y travaillent voient passer quotidiennement plus d’une centaine de camions. Par manque de moyens, ils exercent une fouille sommaire.

 

Sans caméra, sans ordinateur ni rayons X, les douaniers s’adonnent au sport national libanais : ils se débrouillent et espèrent un avenir meilleur, où l’Etat jouera son rôle, où la peur et les arsenaux privés ne seraient pas les deux piliers nécessaires aux rapports humains.

 

Dans le contexte politique actuel, la profusion de ces armes est plus qu’inquiétante. Le Liban se prépare-t-il à la guerre civile ?
 

Première publication : 15/02/2008

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