Mardi 02 décembre 2008

Le monde croisé de la finance et de la communication

Vendredi 15 février 2008

Marquante par l'ampleur de la perte financière, l'affaire de la Société générale l'est aussi par la gestion sans précédent de la crise, notamment dans son aspect communication.

Vendredi 15 février 2008

Au-delà de son aspect financier, l’affaire Jérôme Kerviel pose une problématique très originale en matière de communication. Pour la première fois, une personne seule, en l’occurrence le trader incriminé, est à la fois défendue par un avocat et par un… communicant de crise. Analyse.

Jeudi 24 janvier 2008, le monde de la finance affronte un cataclysme : un trader de la Société générale a fait perdre à sa banque 4, 9 milliards d’euros.

 

Dans la hâte, la Société générale vend les actifs du trader avant de mettre sur pied une cellule de communication de crise. Il faut affronter le courroux des collaborateurs, des actionnaires, des clients, et faire face au harcèlement des journalistes.

 

Sous la houlette d’Hugues Le Bret, directeur de la communication, la banque a fait appel à deux sociétés renommées spécialisées dans la gestion de crise. Image 7, dirigée par la redoutable Anne Méaux, et Harrison & Wolf, l'agence corporate de la Société générale depuis 2002, dirigée par Jean-Claude Boulet et Jean-Christophe Alquier. Ce dernier a déjà géré l’affaire du naufrage du pétrolier Erika pour Total Elf et celle de l'explosion de l'usine AZF à Toulouse.

 

En vingt-quatre heures à peine, la cellule affûte ses armes et prépare sa stratégie de communication. Daniel Bouton, le patron de la Société générale se prépare à donner une conférence de presse.

 

"Depuis plusieurs années, les entreprises doivent faire appel à des cabinets de conseil en communication de crise, explique Ludovic François, professeur de gestion de risque affilié à HEC Paris. Elles ne peuvent plus se contenter d’utiliser les canaux des services presse avec qui elles entretenaient de bons rapports. Les médias électroniques permettent désormais à tout le monde de donner son opinion". Il ajoute que "la communication de crise banalise un phénomène extraordinaire, l’inverse de la communication classique, qui rend important un événement banal."

 

 

Comment banaliser un phénomène extraordinaire

 

Un homme va aussi s’occuper de la communication de Jérôme Kerviel. "Fait rare", selon Ludovic François. "Un communicant de crise coûte en moyenne 1 000 à 2 000 euros par jour."

 

Contacté par France 24, Christophe Reille, qui vient de créer son cabinet, révèle qu’il a été approché par les avocats du trader : "Ils souhaitaient que je m’occupe de l’aspect médiatique, car il n’en avait ni le temps ni forcément l’envie."

 

L’homme est un spécialiste de la communication sous contrainte judiciaire. Son rôle ? "Intervenir quand les entreprises ont une difficulté à communiquer dans une période où la justice, ou la partie réglementaire, ne leur laisse pas une parole aussi libre que quand elles veulent vendre un produit ou faire de la publicité. Il s’agit de les aider à réagir face à une conjoncture extraordinaire (…) et les aider à s’adapter à une situation que l’on ne peut ni prévoir ni anticiper."

 


La stratégie du profil bas

 

Christophe Reille choisit la stratégie du profil bas. Il s’agit concrètement "de privilégier une prise de parole avec les juges, et ensuite le temps des explications médiatiques viendra".

 

Il organise seulement une séance photo avec un journaliste de l’AFP. En quelques clichés, Kerviel revêt l’apparence d’un homme gentil, "bouc émissaire" de la Société générale. Cela permet "de montrer que Kerviel ne cherche pas à fuir".

 

Ludovic François juge l’idée bonne : "La photo personnalise l’individu. Kerviel a une tête sympathique. Dans un film, il pourrait être joué par Tom Cruise. Le fait d’assumer sa part de responsabilité donne de la crédibilité à son discours."

 

Un avis que partage Maurice Botbol, directeur de la publication "Intelligence Online", qui juge la communication de la Société générale "moins efficace", même si sa première réaction de "jouer la carte de la fraude et diaboliser Jérôme Kerviel dans les débats était astucieuse. C’était sous-entendre qu’il s’était mis de l’argent dans les poches".

 


Transparence, vérité, bonne volonté

 

Selon Ludovic François, "cette stratégie a permis d’absorber le premier choc, mais elle est difficile à tenir à long terme. Un tel choix contredit les principes de la communication de crise : La transparence, la vérité et la bonne volonté."

 

Même la proposition de renoncer à six mois de salaire "était maladroite", explique Maurice Botbol. "La somme est dérisoire par rapport aux dégâts et surtout, son salaire représente une part minime de sa rémunération."

 

Désormais, la "cellule de crise" de la Société générale semble ne plus répondre aux médias et Jean-Christophe Alquier, qui use habituellement de l'appui de l'opinion pour influencer le cours des choses, refuse de s’exprimer : "L’instruction est en cours, il faut laisser faire la justice", s’est-il contenté de dire à France 24.

 

Une position qui surprend Ludovic François. Ce dernier précise cependant "qu’il est toujours difficile de juger une communication de crise dans l’immédiat. La construction de l’opinion est plus complexe. Le résultat ne dépend pas de la communication. Une mauvaise communication de crise peut tout de même arriver à un bon résultat ".


 

  • 17/02/2008 20:16:00 Signaler un abus

    quelle est ton communicant, on te diras qui tu es.

    On le soupçonnait.L'article le diit bien: ce n'est plus de justice ni de vérité qu'il s'agit mais de marketing;celui qui emportera la bataille de lacommunication gagnera. Face aux moyens considérable mis en oeuvre par une banque qui risque gros et est prête à tout pour éviter d'être mise en cause, un individu ne peut plus seulement "faire confiance à la justice", selon la formule consacrée. Il doit lui aussi rentrer dans labataille de la communication s'il ne veut pas être écrasé par la machine à médire et à désinformer de ses adversaires.

  • 17/02/2008 20:01:47 Signaler un abus

    Ne prenez plus un avocat prenez un communicant

    On voit bien que désormais la communication de crise ne doit pas être négligée mais ne peut se substituer à la défense.Tout l'art est de la manier avec parcimonie.
    Ce feuilleton communico-juridique n'est pas terminé. On attend la suite.

  • 16/02/2008 18:55:56 Signaler un abus

    Les siecles passent et rien ne change.

    "Autrefois, les gens de biens menaient devant les tribunaux les hommes injustes; aujourd'hui ce sont les hommes injustes qui y traduisent les gens de biens"
    " La justice doit etre en nous une conduite générale. Soyons justes dans tous les lieux, justes à tous les égards, envers toutes personnes, en toutes occasions."
    " Que l'homme privé ne fasse point tort à celui de l'homme public."
    "Sachez pourtant qu'il ne suffit pas que votre ministére soit désinterrese pour etre pur. Vous avez du zele pour vos parties, et nous le louons, mais cela devient criminel lorsque qu'il vous fait oublier ce que vous devez à vos adversaires. Ne dites jamais la vérité aux dépends de votre vertu."
    Montesquieu, il y 300 ans! Aprés un ancien regime aujourd'hui caricaturé, une révolution, une déclaration des droits de l'homme, un empire, des republiques qu'avons nous appris?
    Et Monstesquieu d'ajouter et pour moi cela touche, notre classse politique entiere,notre justice, nos médias de toutes formes, nos intellectuels, et chacun de nous, individu unique et indivisible,j'esclue le peuple en temps que réalité car toujours manipulé.
    Aux Procureurs. " Vous pouvez à tous moments nous fermer les yeux sur la vérité, nous les ouvrir sur des lueurs et des apparences. Vous pouvez nous lier les mains, éluder les dispositions les plus juste et en abuser, présenter sans cesse a vos partis la justice et leur faire embrasser que son ombre."

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