16 février 2008 - 09H41

La communication de crise autour de l'affaire Kerviel
Interview de Christophe Reille, Associé de RLD Partners, chargée de la communication de Jérôme Kerviel.

Quelle est la stratégie que vous avez adoptée pour la communication de Jérôme Kerviel ?

Il n’y a pas de stratégie spécifique, dans le sens où nous n’avons pas d’objectif prévu à l’avance. Nous sommes évidemment obligés de nous adapter au fur et à mesure que l’affaire avance.
Avec les avocats de Kerviel, Maître Meyer et Maître Selnet, nous avons cherché à démontrer que Kerviel n’a jamais voulu fuir ni ses responsabilités, ni la justice. Il est prêt à répondre aux questions de la justice en ce qui le concerne.
La semaine dernière, l’AFP a publié des photos, qui n’ont pas été rémunérées car il s’agit de l’information, un droit que chacun partage. Il s’agit donc pour nous de montrer que Kerviel ne cherche pas à fuir, comme l’atteste le fait que sa photo fasse la Une de tous les journaux. D’ailleurs, pendant cet entretien, Kerviel a affirmé qu’il se présenterait devant les juges à l’audience qui a eu lieu ce vendredi (le 8 février) et a fait savoir qu’il ne s’exprimerait sur le fond de l’affaire que devant le juge d’instruction. Malgré cela, il faut croire que cela n’a pas été suffisant pour la Chambre d’Instruction qui a estimé que Kerviel devait être emprisonné, alors que la nouvelle loi en place prévoit que détention provisoire doit être une exception.
Nous devons donc faire une lecture médiatique de l’affaire afin de répondre de la manière la plus adéquate.

Avez-vous, par exemple, fait des media-training afin de familiariser Jérôme Kerviel avec les médias ?

Non, car cela n’a pas été nécessaire étant donné qu’il n’a pas pris la parole devant les médias.

Maintenant que Jérôme Kerviel est en détention, comment se définit votre rôle ?

Aujourd’hui, rien n’a véritablement changé. Kerviel de toute façon ne peut pas s’exprimer comme il est à la prison de la Santé. Ses avocats ne s’expriment pas non plus afin de ne pas violer le secret de l’instruction, même si il a déjà été violé, notamment par des extraits choisis du Procès Verbal de l’audition de mon client.
Quant à la stratégie de communication aujourd’hui, il s’agit de faire connaître l’intention de défense de Kerviel, afin de le faire sortir de prison le plus vite possible pour continuer à se défendre, tout en assumant ses responsabilités, en collaboration avec les juges.

Continuez-vous à avoir des relations avec Kerviel ?

Non, pas directement. Il s’entretient avec ses avocats, et je lui livre quelques conseils par ses avocats. Mon conseil, et d’ailleurs Kerviel est d’accord, est de privilégier une prise de parole avec les juges, et ensuite le temps des explications médiatiques viendra. Il n’y a pas d’urgence. En ce qui concerne l’actualité, et encore une fois Kerviel est d’accord avec moi, c’est la propriété de l’opinion publique et des journalistes, et il n’y aura aucune transaction commerciale. Et puis si l’histoire finit à intéresser quelqu’un, ce sera alors une autre aventure.

Quelle est la position des deux avocats ?

Je vous avoue qu’ils sont très occupés, qu’ils continuent à s’occuper de leurs propres clients, et continuent à s’occuper du dossier de Jérôme Kerviel, à répondre aux sollicitations de la presse, même si ce n’est pas la majorité de leur temps. Leur communication est restreinte.

Pourquoi avoir fait appel à vous ?

Ce sont les avocats qui ont fait appel à moi, car ils connaissaient mon travail, et ils souhaitaient que je m’occupe de l’aspect médiatique, car il n’en avait ni le temps, ni forcément l’envie.

Vous travaillez en étroite collaboration avec ses avocats ? Comment se passe cette collaboration ?

Oui effectivement, nous travaillons ensemble, Kerviel, les avocats et moi-même, nous sommes une petite équipe ! Nous parvenons facilement à organiser des réunions !
Il s’agit d’une relation de confiance entre les avocats de Kerviel et moi-même. Nous avons chacun notre compétence, et je crois que c’est ainsi que le meilleur travail se fait ! Je suis compétent pour la gestion des relations avec les journalistes, les stratégies de communication, mais je n’ai aucune compétence pour élaborer une stratégie judiciaire !


D’où est venu le terme de « bouc émissaire », qui a été repris par toute la presse ?

C’est Jérôme Kerviel qui l’a dit lors de sa séance photo avec le journaliste de l’AFP. Il a affirmé assumer certes sa part de responsabilité dans cette affaire, mais que la Société générale l’a désigné comme bouc émissaire dans cette histoire.

Qu’en est-il de son ami trader lui aussi, interrogé également par les juges ?

Nous n’avons jamais communiqué avec lui.


Enfin, vous pouvez me décrire la communication de crise ?

Une partie très spécifique de mon métier est la communication sous contrainte judiciaire. Mon rôle est d’intervenir quand les entreprises ont une difficulté à communiquer dans une période où la justice, ou la partie réglementaire, ne leur laisse pas une parole aussi libre que quand elles veulent vendre un produit ou faire de la publicité. Il s’agit de les aider à réagir face à une conjoncture extraordinaire, que ces entreprises maîtrisent moins, et les aider à s’adapter à une situation que l’on ne peut ni prévoir ni anticiper.

Nous apportons à ces entreprises une analyse et des conseils, au service de la définition d’une stratégie afin de sécuriser et reconstruire leur image. Ce savoir faire s’appuie sur notre expérience, certains consultants chez RLD Partners ont 15 ans d’expérience dans ce domaine.

Nous sommes dans un contexte où les contraintes judiciaires et juridiques font que la communication n’est pas toujours aussi aisée et débridée que si la copie était blanche.

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