20 février 2008 - 05H04

Serge Sarkissian élu président en Arménie
Selon les résultats officiels, le Premier ministre Serge Sarkissian a été élu président de l'Arménie dès le premier tour. L'opposition dénonce des fraudes et conteste les résultats.

EREVAN, 19 février (Reuters) - Le Premier ministre Serj
Sarksian, allié du chef de l'Etat sortant Robert Kotcharian qui
ne pouvait se représenter, aurait largement remporté mardi
l'élection présidentielle en Arménie mais l'opposition a dénoncé
des fraudes massives et appelé à manifester contre sa victoire.
 

Grand favori, Sarksian a recueilli 57,01% des suffrages,
selon un sondage de sortie des urnes réalisé par l'institut
britannique Populus et diffusé par la télévision nationale.
 

Les premiers résultats officiels sont attendus mercredi.
 

Toujours selon Populus, le premier rival du Premier ministre
est l'ancien président Levon Ter-Petrossian, crédité de 17,04%.
 

L'équipe de campagne du dirigeant de l'opposition, qui avait
été contraint à la démission en 1998, a fait état de "fraudes
graves" et a appelé à une grande manifestation mercredi à
Erevan, la capitale, pour les dénoncer.
 

"Il y a eu de très graves violations des règles lors du
scrutin, des bourrages d'urnes, des enlèvements et des passages
à tabac de certains de nos représentants dans des bureaux de
vote", a accusé Arman Musinyan, porte-parole de Ter-Petrossian.
"Nous organiserons un rassemblement demain dans le centre
d'Erevan, c'est décidé", a-t-il ajouté.
 

L'ancien président du parlement Artur Baghdassarian, autre
rival de Sarksian, a également fait état de fraudes.
 

"Dans un bureau de vote d'Erevan c'était le chaos total", a
dit une de ses porte-parole. "Dans un autre, des gens
distribuaient des bulletins déjà remplis."
 

Sarksian, après avoir déposé son bulletin dans l'urne à
Erevan, a souligné pour sa part l'importance de voir le pays de
3,2 millions d'habitants organiser un scrutin libre et
démocratique.
 

"Peu importe qu'il y ait un ou deux tours. Le plus
important, c'est que ce soit un scrutin fiable", a-t-il dit.
 

Sarksian, âgé de 53 ans, affronte Baghdassarian, 39 ans, et
Ter-Petrossian, premier chef de l'Etat postindépendance qui
tente à 63 ans un retour en politique.
 

 

CONTINUITE
 

La plupart des analystes s'attendent à ce que Sarksian
poursuive pour l'essentiel la politique menée depuis dix ans par
Kotcharian, marquée par une période de croissance économique -
le PIB a crû de 13,7% l'an dernier - et par une diplomatie de
fermeté à l'égard de Bakou et d'Ankara.
 

Enclavée dans les montagnes du Caucase, l'Arménie est située
dans une région dont l'importance géostratégique est en plein
essor du fait des exportations du pétrole de la mer Caspienne.
 

Elle est aussi engagée dans un litige avec l'Azerbaïdjan
voisin au sujet du Haut-Karabakh, en territoire azéri mais
peuplé et contrôlé par la communauté arménienne depuis la guerre
de 1992-94. Kotcharian et Sarksian sont natifs de cette enclave.
L'Arménie entretient également de difficiles relations avec son
voisin turc.
 

Kotcharian ne pouvait constitutionnellement briguer un
troisième mandat consécutif. Il devrait conserver de l'influence
sur la vie politique arménienne.
 

Certains commentateurs voient même en lui le prochain
Premier ministre du pays, dans un arrangement inspiré de
l'exemple russe où Vladimir Poutine s'apprête à devenir le
Premier ministre de Dmitri Medvedev, son candidat à l'élection
présidentielle du 2 mars.
 

Quelque 2,32 millions d'électeurs étaient invités à se
rendre dans les 1.923 bureaux de vote du pays.
 

Pour être élu dès le premier tour, un candidat doit obtenir
plus de 50% des suffrages exprimés.
 

Plus de 300 observateurs étrangers de l'OSCE étaient
mobilisés pour surveiller le déroulement du scrutin, de même que
plusieurs dizaines d'émissaires du Conseil de l'Europe et
d'autres organisations européennes.

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