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Offensive turque majeure dans le Nord de l'Irak

Dernière modification : 22/02/2008

L'armée turque a lancé une offensive majeure dans le Nord de l'Irak contre les bases des rebelles du PKK. 10 000 soldats seraient impliqués dans cette opération. (Récit : M. Bertsch)

L'armée turque a lancé jeudi soir, à 19h00 (heure locale), une offensive terrestre dans le Nord de l'Irak contre les séparatistes kurdes du PKK, première offensive majeure depuis de nombreuses années. L’attaque intervient après une journée de pillonage sur la zone. Selon la chaîne de télévision privée NTV, 10 000 soldats participent à cette incursion. L’état-major ne confirme pas ce chiffre.

 

"Les forces armées turques, qui attachent la plus grande importante à l'intégrité territoriale et à la stabilité de l'Irak, rentreront en Turquie dans les plus brefs délais possibles, lorsque leurs objectifs auront été atteints", annonce l’armée turque dans un communiqué.

 

"Cette incursion terrestre est surprenante", commente la correspondante de FRANCE 24 à Instanbul, Assia Shihab. "On n’envisageait pas une attaque à cette époque de l’année. Les conditions climatiques ne sont pas optimales. Il y a beaucoup de neige dans les montagnes du Kurdistan. En général, les membres du PKK attendent le dégel pour mener des opérations en Turquie. Ankara a donc voulu frapper un grand coup avant le printemps. Ce qui fait dire que l’incursion pourrait être effectivement de courte durée. »

 
"On assiste à une escalade de la tension", analyse le spécialiste de politique internationale sur FRANCE 24, Jean-Bernard Cadier. "Il y a deux mois, seuls 300 soldats avaient participé à une incursion en Irak. Cette fois, il s’agit de 10 000 hommes."

 

Joint par Reuters, un haut responsable militaire basé dans le sud-est de la Turquie a déclaré que plusieurs milliers de soldats participaient à cette opération et que plusieurs milliers d'autres se tenaient prêts à les rejoindre. Mais le ministre irakien des Affaires étrangères Hochiar Zebari a assuré que la Turquie n'avait pas lancé d'incursion "majeure" et que l'opération n'impliquait que quelques centaines de soldats.


 
Officiellement, l’attaque turque vise à neutraliser les groupes du PKK dont les attentats ont tué plusieurs dizaines de soldats en Turquie. « Le risque de déstabilisation est évident, estime Jean-Bernard Cadier. Le Kurdistan irakien est une des régions de l’Irak qui fonctionnent le mieux depuis l’invasion américaine. Les dirigeants de cette région autonome craignent que le but ne soit pas seulement de s’en prendre au PKK, mais à l’entité du Kurdistan. Les Turques semblent connaître ce risque, et disent qu’ils feront tout pour éviter les victimes collatérales. C’est ce qu’on dit en général quand on commence les guerres. »

 



Les Etats-Unis gênés par le conflit entre deux de ses alliés

 
Un haut-responsable du secrétaire d’Etat américain Matthew Bryza a déclaré que l’attaque turque en Irak n’est "pas la meilleure des nouvelles. Le lancement d’une opération terrestre est d’un tout autre ordre." Ces derniers mois, l’armée turque s’est limitée à des frappes aériennes et à des incursions de petite envergure. Ce haut-responsable rappelle que Washington a coopéré pleinement avec la Turquie depuis novembre 2007 pour lui fournir des renseignements sur les positions du PKK en Irak, permettant aux Turques de mener des attaques ciblées en Irak.

« Le seul avis qui importe dans la région est celui des Américains », commente Jean-Bernard Cadier. « Et il est difficile de dire si l’armée turque a reçu cet aval. Les Américains semblent très embarrassés. Ils disent qu’ils ont été informés de l’opération militaire, ce qui ne veut pas dire qu’ils ont donné un feu vert. Les Américains ont deux alliés dans la région : les Kurdes au Nord de l’Irak, et la Turquie. C’est une situation décidemment très embarrassante pour eux. »
 
A Bagdad, le ministre irakien des Affaires étrangères, Hochiar Zebari, a annoncé que son gouvernement n'était pas au courant de cette offensive. Le gouvernement régional kurde d'Irak a affirmé lui qu'il n'y avait aucune offensive turque dans le Nord de l’Irak.

Dans une conversation téléphonique jeudi soir avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, le Premier ministre irakien, Nouri al Maliki, a déclaré que son gouvernement considérait le PKK comme une menace commune mais a réitéré son appel au respect de l'intégrité territoriale de l'Irak.

Pour Ankara, le PKK est responsable de la mort de près de 40.000 personnes depuis le déclenchement de sa lutte armée, en 1984. Dans les années 90, la Turquie avait lancé plusieurs incursions terrestres au Kurdistan irakien, et envoyé jusqu’à 40 000 hommes en Irak.

Première publication : 22/02/2008

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