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Dérapage verbal : Sarkozy déconcerte sur Internet

Dernière modification : 25/02/2008

L'enregistrement de Nicolas Sarkozy s'en prenant à un visiteur au Salon de l'Agriculture a attiré plus d'1, 5 million de visiteurs. Les critiques pleuvent, les sites de partage de vidéos en profitent.

Les dérapages verbaux de Nicolas Sarkozy font les beaux jours de la vidéo sur Internet. L’extrait de la visite du président français samedi au Salon de l’Agriculture, au cours de laquelle il lance "Casse-toi, pauvre con" à un visiteur qui refuse de lui serrer la main, aurait dépassé dans la nuit de dimanche à lundi le million et demi de visionnages.

 

Le site Web du journal Le Parisien, dont un journaliste a filmé la phrase-choc, revendique en effet 800 000 lectures, auxquelles il faut ajouter plus de 700 000 visites sur les copies circulant sur les sites de partage de vidéos YouTube et Dailymotion.

 

Cette audience est loin d’être négligeable pour les sites de partage de vidéos. "Dailymotion a bien fonctionné au moment de la présidentielle, et on constate un regain avec les municipales. Beaucoup de candidats y diffusent leurs vidéos de campagne", explique Martin Regard, directeur des contenus France chez Dailymotion.

 

En période électorale, les chaînes de télévision françaises sont contraintes d’arrêter leurs émissions politiques 24 heures avant une élection, comme lors des municipales des 9 et 16 mars prochains. Lorsque l’on lui demande si Dailymotion prévoit de s’aligner un jour sur ce type de règles, Martin Regard est catégorique : "Certainement pas !"

 

Le site a bien supprimé une première copie de l’extrait à la demande du Parisien, en application du droit sur la propriété intellectuelle, mais d’autres reproductions ont fleuri sur le site depuis.

 

"Nous ne supprimons que les copies illégales dont l’adresse précise nous est signalée par leur propriétaire, ce qui était le cas", précise Martin Regard. Hors l’application stricte du droit (notamment sur le racisme et l’antisémitisme), le site ne prévoit aucune restriction à la diffusion de vidéos politiques – insultes et polémiques ou pas.

 

L’insulte proférée par Nicolas Sarkozy samedi s’ajoute aux célèbres "racaille" et autre "kärcher" lancés en 2005, ainsi qu’à son altercation avec un pêcheur breton et à son départ brutal en pleine interview avec la chaîne de télévision américaine CBS. Tous ces moments d’énervement, immortalisés en vidéo sur Internet, ont attiré des dizaines, voire des centaines de milliers de visiteurs.

 
"Comme un charretier"
 

En affichant un tempérament bouillant devant les caméras, le président français s’attire des critiques de plus en plus nombreuses – et pas seulement de la part de l’opposition de gauche.

 

Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement dans un gouvernement de droite, aujourd’hui candidate du parti centriste MoDem aux municipales dans le 12e arrondissement de Paris, a toujours milité pour un langage plus direct en politique. Le style Sarkozy est pourtant loin de la séduire.

 

"L’émotion vient du fait qu’on n’attend pas du président de la République qu’il s’exprime comme un charretier, dit-elle. Ne pas faire de langue de bois, c’est dire les choses sans se cacher derrière son petit doigt. Mais en étant au-dessus de la mêlée, en ayant le sens de la dignité de sa fonction".

 

Interrogée sur la façon de réagir face à un électeur hostile, elle répond : "Avec le sourire ! Dans cette campagne, sur les marchés, je croise parfois quelqu’un qui ne m’aime pas, c’est son droit."

 

Corinne Lepage fait partie des personnalités de différentes orientations politiques qui ont signé le 15 février un appel à la "vigilance républicaine" dans le magazine Marianne, s’inquiétant notamment d’une possible "dérive vers une forme de pouvoir purement personnel".

 

Selon elle, ce n’est pas le style de Nicolas Sarkozy qui peut faire craindre une telle évolution, mais une brutalité plus politique qui s’exprime par exemple dans sa demande à la Cour de Cassation d’étudier les moyens de contourner une décision du Conseil constitutionnel. "Non seulement il est chargé de faire respecter la Constitution, mais il s’agit en plus d’une immixtion de l’exécutif dans la justice : c’est extrêmement choquant", affirme-t-elle.

 

Du côté du gouvernement, on estime en tout cas que le vocabulaire utilisé samedi par le président ne justifie pas les critiques sur la façon dont il exerce sa fonction.

 

"Ce n'est pas un agacement d'un instant qui permet de porter un jugement ni sur la personnalité ni sur l'attitude d'un chef de l'Etat", a déclaré sur Canal+ la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse.

 

Le ministre de l’Agriculture Michel Barnier, qui accompagnait Nicolas Sarkozy au moment de l’incident, a quant à lui estimé sur Europe 1 que le président a répondu au visiteur "d'homme à homme" et qu’il n’était "pas du tout énervé".

Première publication : 25/02/2008

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