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Le tortionnaire en chef des Khmers rouges s'excuse

Dernière modification : 26/02/2008

Douch, principal responsable des tortures commises par les Khmers rouges et jugé pour crimes de guerre, a présenté ses excuses aux victimes. (Récit : E. Allain)

CHOEUNG EK, Cambodge, 26 février - Le principal
responsable des tortures commises sous le régime des Khmers
rouges a pleuré et prié mardi en guidant les magistrats chargés
de le juger pour crimes contre l'humanité parmi les fosses
communes où reposent certaines de ses victimes.
 

Duch, également appelé Kaing Guek Eav, a conduit 80 juges,
avocats et autres responsables du tribunal chargé de le juger
sur ces 129 tombes, découvertes après l'invasion viêtnamienne
qui avait renvoyé en 1979 les Khmers rouges dans la jungle.
 

"J'ai vu Duch s'agenouiller devant les arbres où des soldats
khmers rouges ont frappé des enfants à mort", a déclaré un
policier à la presse à l'issue de cette visite de quatre heures.
 

"Il a pleuré et a présenté ses excuses aux victimes" dans
les anciennes rizières à la lisière de Phnom Penh, a ajouté le
policier.
 

Des piles de crânes sortis des fosses communes signalent
leur présence aux visiteurs.
 

Certaines des victimes avaient séjourné dans le centre de
détention S-21, situé dans l'ancien lycée Tuol Sleng à Phnom
Penh et alors dirigé par Duch, aujourd'hui âgé de 66 ans.
 

Environ 14.000 personnes - dont plusieurs étrangers accusés
d'être des espions de la CIA - ont été torturées dans cette
prison où l'on tentait de leur faire "avouer" leur engagement
contre ce régime, jugé responsable de la mort de 1,7 million de
personnes.
 

Seuls quelques prisonniers s'en sont sortis vivants.
 

"Duch a exprimé sa tristesse et a versé des larmes deux ou
trois fois", a déclaré un porte-parole du tribunal, Reach
Sambath. "Il a joint les mains pour rendre hommage aux victimes,
devant le sanctuaire des crânes."
 


 

COMPRENDRE POURQUOI
 

Duch, le premier haut responsable khmer rouge à avoir été
arrêté, doit guider mercredi des représentants du tribunal dans
l'ancien lycée de Tuol Sleng.
 

"C'est l'une des nombreuses pièces qui contribuent à
constituer un dossier. Cela peut s'avérer très utile, au
tribunal, de pouvoir se représenter visuellement le site en
question", a déclaré Helen Jarvis, une responsable du tribunal.
 

Tuol Sleng est aujourd'hui un sanctuaire dédié aux victimes
des Khmers rouges.
 

Ces derniers ont également éliminé leurs opposants
potentiels lors de leur révolution dite de l'"Année zéro", une
utopie agrarienne au terme de laquelle de nombreuses personnes
ont succombé à l'épuisement, à la famine ou à la maladie.
 

Arrêté en 1999 et converti au christianisme, Duch devrait
faire figure de témoin-clé lors des procès du "Frère numéro
deux" Nuon Chea - bras droit de Pol Pot, chef des Khmers rouges
-, de Khieu Samphan, qui avait occupé la fonction de président
sous ce régime, de Ieng Sary, son ministre des Affaires
étrangères, et de son épouse.
 

"Il ne peut pas avoir commis ces crimes tout seul", a
déclaré l'avocat de Duch, Kar Savuth. "Les ordres venaient des
plus hauts dirigeants."
 

De nombreux Cambodgiens souhaitent que Duch s'explique lors
des procès, qui devraient débuter en juillet.
 

Les anciens responsables khmers rouges encourent la prison à
vie.
 

"Je ne comprends toujours pas pourquoi Duch m'a emprisonné,
a tué ma femme et notre bébé", regrette Chum Manh, 78 ans, l'un
des rares rescapés de Tuol Sleng.
 

Nuon Chea est accusé d'avoir joué un rôle central dans les
atrocités commises par les Khmers rouges entre 1975 et 1979.
 

Il a été arrêté l'an dernier en même temps que Ieng Sary et
son épouse, des amis de toujours de Pol Pot, ancien numéro un du
régime. Pol Pot est mort en 1998 à Anlong Veng, dernier bastion
des Khmers rouges.

Première publication : 26/02/2008

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