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Les immigrants clandestins de Melilla

©

Dernière modification : 28/03/2008

Les immigrants clandestins venus d'Afrique traversent de rudes épreuves avant l'Europe. Souvent, ils se font repérer à cause de la couleur de leur peau.

Au cours d'une nuit sanglante d’octobre 2005, près de 400 immigrants ont enjambé les fils barbelés qui séparent Melilla du Maroc. Les douaniers ont ouvert le feu au même moment. Au lever du soleil, six personnes étaient mortes et des dizaines avaient été hospitalisées.

 

Depuis, l’Espagne a dépensé 33 millions d'euros pour fermer ses frontières une fois pour toute : les enceintes ont doublé de hauteur et ont été équipées de différents matériels pointus de sécurité.

 

Selon Amnesty International, l’investissement espagnol a porté ses fruits, poussant les flux migratoires arrivant de la région subsaharienne vers les Iles Canaries.

 

Pour autant, le nouveau dispositif n’inquiète pas Rashid M. Il fait partie d’une nouvelle génération d’immigrants qui n’ont pas besoin d’escalader un mur ou de ramer jusqu’en Europe : il traverse simplement la frontière, et les douaniers ne disent pas un mot.

 

Rashid ne répond pas au portrait type de l’immigrant africain, parce qu’il n’est tout simplement pas Africain. Il a quitté son pays, l’Inde, il y a deux ans et le centre de séjour temporaire pour immigrés (CETI) de Melilla est devenu sa nouvelle maison il y a neuf mois.

 

Alors que les Canaries sont devenues le point d’entrée préféré des noirs Africains, un flot d’Indiens et de Bangladais sont arrivés au CETI. Ils sont désormais deux fois plus nombreux que les Africains subsahariens.

 

Rashid et ses compatriotes n'ont pas escaladé de mur ; ils ont simplement passé la frontière déguisés en Arabes. Une option naturellement impossible pour les subsahariens.

 

Les enclaves espagnoles, un accès facile à Europe


Melilla est une anomalie géographique, un petit morceau d’Union européenne (UE) en Afrique. Avec quelques îles et la ville de Ceuta, c’est l’un des derniers vestiges de l’empire espagnol au Maroc. Mais plus récemment, Melilla est devenu le poste avancé à l’extrême sud de la forteresse Europe, ce réseau complexe de contrôles frontaliers destiné à empêcher les produits de contrebande – et les étrangers – de passer.

 

Les mesures prises par l'Espagne s’inscrivent dans un effort global de l’ensemble de l'Europe pour réduire l'immigration des sans-papiers.

 

La triple clôture de six mètres de haut est équipée d’appareils photo et de détecteurs de mouvement, de fils barbelés et d’une sorte d’étrange toile d'araignée, faite de câbles d'acier destinés à faire chuter les clandestins.

 

Mais pour Rashid, ses nouveaux moyens n’expliquent pas pourquoi la ruée vers la frontière s'est arrêtée. “La hauteur du mur n’est pas un problème, dit-il. C’est plutôt l’armée marocaine qui campe le long et qui tire.”

 

Pourtant, selon Maria Dolores, conseillère juridique pour le gouvernement espagnol, le nombre d'arrivées au CETI reste stable, alors que les tentatives d’escalades ont cessé.

 


"Le camp compte un peu plus de personnes qu’il y a deux ans, explique-t-elle. La dernière fois que des immigrants subsahariens sont arrivés, ils ont été refoulés parce que le mur est plus hermétique."

 

Melilla, avec ses plages, ses discothèques et ses centres commerciaux à l’européenne est très attractive pour les Marocains – pas pour les petits achats qui coûtent dix fois moins cher au Maroc, mais pour les gros investissements comme l’électronique et l’ameublement. Trois jours par semaine, sept mois par an, Melilla ouvre ses frontières pour que les Marocains viennent dépenser leur argent.


Rashid s’est dégoté un carte d’identité algérienne. Il a suffi ensuite qu'il enroule sur sa tête un keffieh pour entrer en Europe. “Ils ne m’ont posé aucune question. Ils m’ont juste laissé passer pendant que je venais faire du shopping. ”


Il s’est ensuite rendu à un poste de police se faire enregistrer sous son vrai nom et sa véritable nationalité afin de demander l’asile politique. "Quand on arrive, ils nous font asseoir et ils nous posent un tas de questions pour déterminer si l’on ment sur d’où on vient, et comment on est arrivé ici."


Rashid a expliqué qu’il avait quitté l’Inde parce que le système de castes ne lui aurait jamais permis de gagner assez d’argent pour fonder une famille. Il a économisé pour se payer un billet pour le Mali. A partir de là, il a vraiment entamé son périple vers l’Europe.


De là, il a fait du stop, pris des bus, traversé à pied la Mauritanie, l’Algérie et le Maroc avant d’arriver à Melilla. Depuis l’Inde, il lui a fallu une année entière pour parvenir jusqu’au CETI.


Rashid vit au CETI depuis presque un an. “Avant, si vous étiez là depuis six ou sept mois, ils vous envoyaient en Espagne et vous pouviez commencer à travailler en attendant des papiers. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Tout le monde attend ici.”


Selon Rashid, il ya six mois, environ 80 Indiens ont été renvoyés chez eux par avion après que leur demande de papiers ait été refusée. “Pour nous qui attendons, il ne nous reste que peu d’espoir. Nous savons que nous sommes les prochains. Aller en Espagne n’est plus qu’un rêve.”


Rashid attend la decision finale concernant son statut de réfugié dans les mois prochains.

 

Première publication : 28/02/2008

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