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L'héritage économique de Poutine

Dernière modification : 28/02/2008

Stabilité économique et enrichissement d'une partie de la population grâce au gaz et au pétrole, sur fond de démocratie rouillée : c'est un des aspects des années Poutine. Reportage de Romain Goguelin.

 

Les Russes sont appelés aux urnes dimanche à l'occasion d'une élection présidentielle qui devrait se solder par la victoire de Dmitri Medvedev, l'homme choisi par Vladimir Poutine pour le remplacer.

 

Bien que l'économie russe connaisse depuis plusieurs années une forte croissance, une série de défis attend le prochain président :

 

INFLATION

 

Le gouvernement éprouve des difficultés à maîtriser l'inflation. L'année dernière, la hausse des prix s'est élevée à 11,9%, très au-dessus de l'objectif officiel de 8%. Afin de lutter contre l'inflation, le gouvernement a autorisé une appréciation du rouble mais la mesure n'a pas vraiment porté ses fruits et elle a gêné les entreprises exportatrices devenues moins compétitives.

 

"Si l'inflation devait continuer à accélérer bien au-delà des niveaux actuels, cela conduirait à une perte de confiance de l'opinion et pourrait se terminer par une crise au sein même du Kremlin", estime Chris Weafer, stratégiste en chef à la banque Ouralsib.

 

Le choix de la stratégie pour lutter contre l'inflation pourrait faire l'objet de vives discussions. Certains au gouvernement militent pour faire flotter le rouble, ce qui permettrait à la Banque centrale de fixer ses propres taux d'intérêt et de les utiliser pour lutter contre l'inflation. Mais d'autres y sont opposés au motif que ce serait renoncer à la stabilité monétaire, l'une des principales réalisations de Poutine lors de ces huit années de mandat.

 

DEPENDANCE PETROLIERE

 

Le budget de la Russie est dépendant des revenus issus des exportations de gaz et de pétrole. Le pays est à la merci d'une chute des prix de l'énergie qui pourrait résulter d'un ralentissement économique mondial.

 

"Si (les prix du pétrole) redescendaient à leur niveau de l'année dernière (...) alors le budget serait en déficit de 60 milliards de dollars", souligne Weafer. Medvedev veut faire de la diversification de l'économie l'une de ses priorités.

 

AUGMENTER LES TARIFS INTERIEURS DE L'ENERGIE

 

Le gouvernement a présenté un plan prévoyant des hausses substantielles des tarifs nationaux du gaz et de l'électricité mais sa mise en oeuvre a pris du retard. Les prix de l'énergie sont artificiellement bas en Russie en raison des aides de l'Etat. L'objectif du gouvernement est d'augmenter les tarifs pour qu'ils correspondent à la moyenne mondiale d'ici 2011. Ce projet devrait s'avérer impopulaire auprès des électeurs.

 

LE FINANCEMENT DES RETRAITES

 

La population vieillit. Sans réforme du système des retraites, il n'y aura pas assez de contribuables pour payer les retraites de ceux qui vont arrêter de travailler au cours des prochaines années. Le système est déjà déficitaire mais le gouvernement n'a pas mis au point de politique claire pour régler le problème. L'une des solutions, inviter les Russes à épargner pour garantir leur retraite, devrait également être impopulaire.

 

LE PASSAGE DE POUVOIR

 

Medvedev devrait conserver une grande partie des ministres de Poutine mais les observateurs s'attendent à un mini-remaniement. Les investisseurs espèrent que le ministre des Finances, Alexeï Koudrine, partisan de la prudence en matière fiscale, conservera son poste. Ce remaniement constituera un test des relations entre Medvedev et Poutine, notamment si le nouveau président tente de promouvoir des membres de son entourage aux postes clés. Poutine et Medvedev devront également s'accorder pour les changements à la tête des compagnies publiques et ménager les intérêts des clans rivaux du Kremlin. Un nouveau président du géant gazier Gazprom devra être désigné pour remplacer Medvedev. Tout changement à la tête de la compagnie pétrolière Rosneft, dirigée par des fidèles de Poutine, pourrait créer des tensions.

 

INVESTISSEMENTS DANS LES INFRASTRUCTURES

 

La Russie a affecté mille milliards de dollars sur dix ans pour financer des routes, des voies ferrés et des réseaux de transport de l'énergie, des infrastructures qui sont en ruine après des années de négligence. Les Russes ont beaucoup d'attentes par rapport à ce plan mais le prochain président devra s'assurer que les investissements sont efficaces et que la corruption n'en détourne pas une partie.

Première publication : 28/02/2008

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