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- Russie
Lisez ci-dessous le carnet de route de Stanislas de Saint Hippolyte et Johan Bodin, rédigé lors de leur reportage sur le Birobidjan
Je ne comprends toujours pas pourquoi le directeur de la rédaction de France 24 a accepté. Je lui avais dit il y a quelques mois :
« - J’ai entendu parler d’un petit état juif créé par Staline dans les années 20. » « C’est au bout du monde », j’ai ajouté, « à la frontière entre la Sibérie et l’Extrême-Orient…». Sans trop y croire, j’ai demandé : « Ca t’intéresse ? »
Mon directeur m’a regardé dans les yeux. Il a dit oui.
Au début j’ai pensé que c’était une blague. Mais là je viens de boucler ma valise. J’ai eu un mal fou à trouver des chaussettes polaires et une Kipa.
Jeudi 7 février - La moitié du globe en un jour
Premier constat : l’Etat autonome juif du Birobidjan (c’est le nom officiel) est très loin. Nous décollons de Paris au petit matin. Au déjeuner, nous sommes à Moscou, avec un premier décalage horaire. Nouvel avion, en ligne intérieure russe. Direction Khabarovsk, à la Frontière chinoise. 9 heures de vol à contresens de la planète. On est déjà vendredi quand nous atterrissons. Nous montons dans le mythique transsibérien. Après 300 kilomètres de Taïga, on ne sait plus très bien où nous sommes ni l’heure qu’il est. Nous avons faim. Nous avons sommeil. Je crois que nous avons trouvé le bout du monde.
Notre contact nous attend devant la gare. « Je m’appelle Anatole Yakovlevitch Rabinovitch. Pour ne rien vous cacher, je suis juif ». L’Etat du Birobidjan est un drôle d’endroit. Ici les Juifs ne représentent que quelques pourcents de la population, mais la tradition est fortement ancrée. Le monument devant la gare est une Menora, un chandelier à sept branches. L’adresse de notre hôtel, c’est avenue Shalom Aleichem. Pour la première fois j’apprends qu’il existe de la vodka kacher.
C’est une autre vodka que nous ont fait goûter nos hôtes, hier : de la vodka chinoise, à 60 degrés. Un bon moyen pour passer le grand hiver sibérien. Malgré un réveil difficile, il nous faut reprendre nos esprits : la venue d’une équipe de reporters français est un événement ici. Nous donnons une conférence de presse. Les journalistes du Birobidjan Stern, le quotidien local en russe et en Yiddish, ainsi qu’une quinzaine de confrères, radio et télé compris, veulent savoir pourquoi, quand on habite Paris, on s’intéresse au Birobidjan. Ils veulent aussi notre avis sur Carla Bruni.
Notre reportage avance à grands pas, mais aujourd’hui, au déjeuner, nous devons faire une pause. Nous sommes invités à déjeuner chez le Pope. La table est couverte de salades russes, de pâtés et de poissons, mais c’est surtout ce petit goût de XIXe siècle qui nous frappe. Le pope et son adjoint ont de longues barbes, des colliers d’or et des manières de seigneur. Des babouchkas s’empressent pour le service. Nous sommes admirablement bien reçus. Ne serait l’éclairage électrique, nous pourrions être dans un roman de Dostoïevski.
Derrière sa caméra, Johan est d’accord. Depuis tout petit, on imagine que l’enfer doit ressembler à ça : travailler dans une usine de métal, au fin fond de la Sibérie.
Nous avons passé l’après-midi avec des métallos, dans un gigantesque hangar qui sentait le plastique brûlé et la suie. A 5 heures, on a salué les ouvriers qui rentraient chez eux retrouver leurs enfants. J’ai déjà vu des visages beaucoup plus malheureux dans le métro parisien.
C’est un peu une déception pour nous : il ne fait pas très froid (-20°C au mieux), et ici, on n’a jamais vu aussi peu de neige en hiver. Les gens accusent le réchauffement climatique. Moi ça me rappelle la Bourgogne en hiver. Reste l’impression sidérante d’être adossé au plus grand désert humain de la planète : la Taïga qui s’étale devant nous au nord sur des milliers de kilomètres. Plus loin encore, c’est le cercle polaire. Même s’il y a peu de neige, ça change de la Bourgogne.
Notre reportage sur « L’état juif du bout du monde » est terminé, nous avons regagné Khabarovsk, la métropole voisine. 600.000 habitants, qui vivent sur les rives du Fleuve Amour. Nos cœurs de français s’emballent devant ce nom de rivière si poétique, et nous décidons d’aller voir l’Amour de plus près. L’Amour est beau, mais l’Amour est dur et froid. Le fleuve est pris dans les glaces. Avec nos grosses chaussures, on a marché sur l’Amour.
L’impression est curieuse : le matin nous sommes sur le marché de Khabarovsk, nous achetons des poissons fumés pêchés dans l’Amour ; le soir nous dînons à Paris, c’est la Saint Valentin. Magie du décalage horaire, notre jeudi aura duré 33 heures. Malgré le confort de la business class, il y avait dans l’avion un air de « Hélas, c’est-déjà-fini ». Et une odeur tenace de poisson fumé.























Commentaires (11)
la solution pour la Palestine ocupée, merci à vous !!!
Voyez vous, ce reportage vous devriez l'envoyer aux dirigeant néo-sionistes criminels de guerre qui vivent actuellement en Palestine occupée, apparement ces gens cherchaient à voler un pays à ses légitimes propriètaires alors que par ignorance ils ne connaissaient pas ce pays qui a l'air fort accueillant, vraiment vous etes les hommes qui auront mis fin au conflit qui dure depuis 60 ans, reccord sioniste en la matière, juste derriere la guerre de 100 ans....
Que Dieu vous bénisse pour votre reportage, je vais de ce pas en informer le maximum de personnes souhaitant faire leur"alhya", afin qu 'ils ne se trom^pent plus de destination : direction donc la russie, merci encore!!!
vive le respect des peuples
Internet est bien précieux pour diffuser des témoignages humbles mais précieux de l'entente des peuples dans l'adversité, au fin fond du monde, écrin du minimalisme des sentiments et de la puissance de l'entraide. Puisse cette tolérance s'exprimer un jour en Israël avec la fin des souffrances des enfants des deux fronts et des stigmatisations religieuses. Félicitations pour le tournage.
bravo
Bravo Mr de Saint Hypolite
Quel beau reportage sur ce pays étrange et lointain
Dr L.F.
Paris
on part quand
je crois avoir des ancetres dans ce bout du monde
on en reparle un de ces jours
bravo
félicitations
Félicitations et encouragements pour votre reportage sur le BIROBIJAN.Je l'ai suivi depuis le Gabon.Très instructif,encore et encore d'autres comme cela.
Ca fait plaisir !
Merci à nos chers reporters !
J'ai déjà voyagé pas mal en Russie, certes pas aussi loin...
Le concept du poisson fumé (de préférence accompagné de bière) ou l'hospitalité des gens, riches ou non, en Russie, est très bien rendu.
L'image de la Russie qu'on nous présente souvent, sans être fausse, est souvent un peu biaisée. Ca fait plaisir de voir autre chose !
В общем, ребята, спасибо вам !
Birobidjan
Merci pour ce reportage, dépaysement garantis et quel expérience, bravo a S De Saint Hippolyte, J. Bodin, bon boulot les mec, et quel beau voyage...je vous envie.
ENCORE MERCI
Je vous écris de Vérone, en Italie. Je lis et j'écoute toujours votre émission. J'apprécie beaucoup ce que vous faites. Je n'ai pas de télé mais je pense que la vraie information aujourd'hui passe par internt
bravo à M. Saint Hyppolite et à M. Bodin
à la prochaine!
maddalena
opinion
le reportage a satisfait ma curiosité je l'est vu en Version Arabe mais je m'étonne qu'il n'y parle pas non plus d'environnements par exemple cet état autonome situé dans L'Extréme Orient Russe pourrai montré aussi les bestioles typiques de la-bas:le fameux tigre de Sibérie qui en page du site: WWF est officiellement classé dans les espéces en voie d'extinction.par manque de moyens (de sous) pour la protection du tigre c'est le WWF qui paye en plus le gardiennage des parcs nationaux pillés allégrement au nom du développement. vous parlez d'extention économique je suppose mais il y a le reste.
problémesdelecture
La video n'est pas lisible sur mon lecteur,pourquoi ne pas choisir un procédé normal sur la BBC, le lecteur
pour lire les videos est le média truc de XP que 98 pour cent des personnes ont installés sur leur ordinateur.
Le plein écran ne marche pas non plus on coche et rien ne se passe: je lis les dépéches.
MERCI
Je vous remercie de nous faire découvrir cette petite bourgade birobidjan, je suis d'Alger et je voudrais bien que vous nous fasiez découvrir les autres communautés ( juifs et chrétienne) vivantes chez nous en Algérie, pour faire comprendre à certain que l'échange religieux et une culture. Bon courage