Dernière modification : 29/02/2008 

- Russie - Vladimir Poutine


Russie : élection ou simulacre ?
Deux jours avant les élections en Russie, le suspense n'est pas au rendez-vous. La nomination de Dimitry Medvedev, poulain de Vladimir Poutine, au poste de son mentor ne fait aucun doute. Quel est le sentiment des Russes appelés à voter ?

" Le dernier choix que les Russes ont eu, c’est aux élections de 1996, entre Eltsine et Zouganov ", déclare à France 24 le Russe Sergueï Kourzun, rédacteur en chef de la radio Business FM et fondateur de la radio indépendante Echo de Moscou. Pas facile en Russie, par les temps qui courent, de marcher hors des entiers battus, surtout pour les journalistes. Mais pour Sergueï Kourzun, l’élection présidentielle de dimanche est une mascarade. Et, malgré le musèlement de la presse et les menaces qui planent quotidiennement sur les voix discordantes, il le dit haut et fort. "Dans mon entourage, on hésite entre ne pas aller voter du tout et se déplacer aux urnes, prendre son bulletin et le ramener chez soi. On n’aime pas que quelqu’un décide pour nous", explique-t-il.

Le résultat de l’élection de dimanche en Russie ne suscite de grand suspense pour personne : Dmitri Medvedev, lieutenant de l’actuel président Vladimir Poutine, est crédité de 70 à 80 % de voix par les sondages.

Pour le politologue Dmitri Orechkine, très peu de Russes se déplaceront aux urnes. " L’élection présidentielle n’est pas si importante. En tout cas, c’est l’opinion d’une majorité de Russes, explique-t-il à un journaliste de France 24. En revanche, ce qui est important pour les Russes, c’est qu’ils vivent mieux et c'est vrai que le niveau de vie a globalement augmenté ".

Après huit années sous Poutine, jamais autant de Russes n’ont eu accès à un niveau de vie correct. Une nouvelle classe moyenne a émergé, surfant sur les augmentations des prix du gaz et du pétrole. Aujourd’hui, 20 % de la population gagne plus de 2 000 euros par mois. Cette Russie-là semble accepter le pacte Poutine : la stabilité économique contre un recul de la démocratie.

Le prix à payer

Musèlement du Parlement, bâillonnement de la presse et de l’opposition… Depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, les pratiques quelque peu autoritaires du gouvernement russe sont monnaie courante. Alexeï Venediktov, à la tête de la radio Echo de Moscou, fulmine devant les pressions subies par les journalistes. En juillet 2007, il dénonçait les manœuvres du Kremlin pour faire taire son média, les menaces quasi-quotidiennes subies par les journalistes et leurs familles, mais également l’autocensure au sein même de sa rédaction. " Comment travailler dans ces conditions ? ", déclarait-il aux journalistes du Courrier russe, bi-mensuel français distribué à Moscou. " Mes journalistes ont 22 ans en moyenne. Tous les jours, ils voient ces pressions. Et ça marche ! A l’antenne, je sens bien qu’il y a de plus en plus d’auto-censure. "

L’auto-censure est d’ailleurs quasi-systématique dans les médias, " particulièrement les médias régionaux ", comme le témoigne un journaliste français sur place, souhaitant garder l’anonymat. " Ils ont peur de voir leur journal, leur radio disparaître car l’Etat peut contrôler leurs sources de financement. "

Le recours à la violence reste également monnaie courante. L’assassinat en 2006 d’Anna Politovskaïa avait notamment choqué l’opinion internationale. L’organisation de défense de la liberté de la presse Reporters sans frontières estime à vingt-et-un le nombre de professionnels des médias tués pour avoir exercé leur activité depuis l’élection à la présidence de Vladimir Poutine, le 26 mars 2000, dans son rapport annuel en 2007.

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