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Paris sollicite le Soudan pour retrouver son soldat

Dernière modification : 05/03/2008

Paris a demandé l'aide des autorités soudaniennes pour retrouver un soldat français de la force européenne Eufor, porté disparu, lundi soir, après un accrochage à la frontière du Soudan. (Récit : M. Gaudin)

Un soldat français de l'Eufor, la force européenne chargée de sécuriser l'est du Tchad et de la Centrafrique, est porté disparu après un incident frontalier meurtrier en territoire soudanais, condamné mardi par le Soudan.
   
La France a demandé "aux autorités soudanaises" leur aide pour "retrouver" ce soldat, un sergent des forces spéciales françaises, a annoncé le ministre de la Défense Hervé Morin.
   
Selon l'armée française, un autre soldat français a été blessé dans l'accrochage, survenu dans la région de Tissi. Il a été récupéré et évacué par hélicoptère en République centrafricaine. Le militaire blessé a expliqué que son collègue s'était "effondré" après avoir été pris sous le feu de militaires.
   
Plus tôt, l'état-major de l'Eufor Tchad-RCA avait annoncé qu'un soldat français était porté disparu au Tchad après un incident survenu au Soudan, où son véhicule avait pénétré par erreur.
   
Selon Khartoum, des militaires "blancs" ont franchi à deux reprises la frontière non balisée entre le sud-est du Tchad et la région en guerre civile du Darfour, à l'ouest du Soudan, déclenchant un échange de tirs meurtrier avec l'armée soudanaise.
   
"A 17H00 (13H00 GMT) hier (lundi), une jeep militaire a traversé un barrage soudanais à cinq kilomètres à l'intérieur du Soudan et a échangé des coups de feu" avec les militaires soudanais postés au barrage, a expliqué le porte-parole du ministère soudanais des Affaires étrangères, Ali al-Sadiq.
   
"La jeep a été entièrement détruite, cinq ou six soldats blancs ont fui à pied vers le Tchad et n'ont pas été poursuivis", a ajouté le porte-parole.
   
"Une heure plus tard, trois autres jeeps militaires protégées par un hélicoptère sont revenues et des dégâts ont été rapportés", a-t-il poursuivi. Selon le ministère, l'incident a fait une victime civile mais aucun soldat étranger n'a été fait prisonnier.
   
De son côté, l'armée soudanaise a fait état de deux morts soudanais dans l'incident, un militaire et un civil, accusant les forces étrangères d'avoir délibérément franchi la frontière.
   
"Vous ne pouvez pas faire quelque chose deux fois et dire que c'est une erreur", a lancé le porte-parole de l'armée, Osman Mohammed al-Agbash.
   
Un porte-parole de la mission de paix UA-ONU au Darfour (Minuad), théâtre depuis 2003 de violences ethniques entre rebelles et forces soudanaises, a indiqué que la mission tentait toujours "d'établir les détails" de l'incident.
   
Le lieutenant-colonel Patrick Poulain, officier de presse de l'Eufor à N'Djamena, a déclaré mardi que "le véhicule dans lequel se trouvait ce soldat a traversé la frontière par +inadvertance+".
   
L'Eufor Tchad-RCA est chargée de veiller à la sécurité d'une mission de police de l'ONU, des centaines de milliers de réfugiés soudanais du Darfour et de personnes déplacées dans l'est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique.
   
L'Eufor, dont le déploiement a été retardé par l'offensive de rebelles tchadiens sur N'Djaména en février, doit compter 3.700 soldats dont 2.100 Français.
   
Le Soudan a affirmé qu'il s'assurerait qu'un tel incident "sérieux" ne se reproduise pas, avertissant l'Eufor qu'elle n'avait pas mandat pour franchir la frontière. Mais Khartoum ne veut pas "faire monter la tension avec le Tchad (...) et nous voulons maintenir un esprit de coopération et de compréhension", a souligné le porte-parole de la diplomatie soudanaise.
   
En cinq ans, le conflit au Darfour a fait près de 200.000 morts, selon des organisations internationales, et plus de 2 millions de déplacés. Khartoum conteste ce bilan et chiffre le nombre des victimes à 9.000.
   
En février, un haut responsable de l'ONU avait mis en garde contre le risque de déstabilisation de la région par les activités des rebelles au Tchad et au Soudan, qui pourrait dégénérer en guerre régionale.

Première publication : 04/03/2008

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