- Kenya - Mwai Kibaki - Raila Odinga
Le président kényan Mwai Kibaki a ouvert jeudi une session du Parlement qui sera chargée la semaine prochaine de la mise en oeuvre de l'accord de coalition signé entre le gouvernement et l'opposition, pour sortir le pays d'une crise post-électorale majeure et sanglante.
"Je pense que cet accord est une victoire pour tous les Kényans (...) et constitue la première étape pour parvenir à un Kenya prospère et stable", a lancé M. Kibaki dans son discours aux parlementaires.
Cet accord de partage du pouvoir, arraché sous pression internationale au terme de plus d'un mois de pourparlers tenaces, a été signé le 28 février par M. Kibaki et l'opposant Raila Odinga, et vise à mettre fin à l'une des pires crises du Kenya depuis son indépendance en 1963.
Plus de 1.500 personnes sont mortes, environ 300.000 déplacées, et l'économie du pays durement frappée dans cette crise née de la contestation par M. Odinga de la réélection de M. Kibaki lors de la présidentielle du 27 décembre, entâchée de graves irrégularités.
L'ouverture jeudi de cette session du Parlement, issu des législatives également organisées le 27 décembre, était très attendue par les Kényans qui y voient un certain retour à la normale dans le fonctionnement des institutions du pays.
Il s'agit de la première session du Parlement depuis son ouverture formelle le 15 janvier.
"Les Kényans regardent très attentivement. Ils ont hâte de voir la fin des chamailleries partisanes. Ils veulent que leurs dirigeants placent leur pays au dessus des partis et des intérêts individuels", a-t-il indiqué jeudi matin lors d'une réunion du "groupe parlementaire conjoint de la grande coalition".
"Moi-même et Raila Odinga ont accepté et signé cet accord parce que notre population avait fait savoir clairement qu'elle voulait un seul Kenya, où tout le monde puisse vivre dans la paix, la justice et l'harmonie", a-t-il poursuivi lors de la session parlementaire de l'après-midi.
"La mise en oeuvre réussie (de l'accord) nécessitera de la bonne volonté, de l'unité (...) et de l'intégrité de la part de cette Assemblée et de tous les dirigeants du pays", a-t-il encore relevé.
La session a ensuite été ajournée à mardi prochain, date à laquelle les députés entameront le débat sur le projet de loi entérinant l'accord.
Selon le président Kibaki, quatre projets de loi seront soumis rapidement au Parlement: l'accord national de réconciliation, un projet de loi contenant les amendements nécessaires à la Constitution, et deux projets de loi portant création d'une Commission vérité, justice et réconciliation et d'une commission sur les relations ethniques du Kenya.
Parmi les mesures phares du texte de loi entérinant l'accord figure la création d'un poste de Premier ministre, inexistant jusqu'à présent et qui devrait revenir à M. Odinga, ainsi que la création de deux postes de vice-Premier ministres.
Sur le terrain, une relative accalmie dans les violences est observée depuis quelques jours, notamment dans l'ouest, à l'exception d'une opération de la police dans la région du Mont Elgon (ouest).
Mercredi, la BBC a affirmé que le gouvernement kényan avait donné son consentement à l'utilisation de la violence après la présidentielle, des informations vivement démenties par le porte-parole du gouvernement Alfred Mutua qui les a qualifiées de "grotesques".
Selon des sources citées par la BBC, des réunions ont eu lieu dans la résidence officielle de M. Kibaki entre des membres de la secte interdite et gang criminel des Mungiki et de hauts responsables du gouvernement.
Selon la chaîne britannique, l'objectif de ces rencontres était d'engager le gang pour protéger la communauté Kikuyu, ethnie de M. Kibaki, dans la province de la Vallée du Rift (ouest), théâtre des pires violences.


























