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Berlin favorable à dialogue renforcé avec Moscou

Dernière modification : 09/03/2008

Angela Merkel a plaidé pour un renforcement de la coopération entre la Russie et l'Europe, lors de sa visite en Russie. Poutine a prévenu que les relations ne seraient "pas plus facile" sous Medvedev. (Récit E. Allain)

Le président russe Vladimir Poutine a prévenu samedi les pays occidentaux que la politique étrangère de Dmitri Medvedev, qui va lui succéder au Kremlin, serait tout aussi combative que la sienne.

 

A l'occasion de sa première rencontre avec un dirigeant étranger depuis son élection, Medvedev a indiqué quant à lui à la chancelière allemande Angela Merkel qu'il rechercherait la continuité en matière de politique étrangère.

 

Poutine, s'adressant à des journalistes lors d'une conférence de presse conjointe avec Merkel avant qu'elle ne rencontre Medvedev, a voulu tempérer l'espoir caressé par certains que son dauphin, une fois investi président en mai, adoucirait le ton de Moscou en matière de politique étrangère.

 

"J'ai l'impression que certains de nos partenaires sont impatients de me voir quitter mes fonctions afin qu'ils puissent avoir affaire à une autre personne", a dit Poutine. "Je suis habitué depuis longtemps à cette idée préconçue selon laquelle il est difficile de travailler avec un ancien agent du KGB."

 

"Dmitri Medvedev n'aura pas à prouver ses penchants libéraux. Mais il n'est pas moins un nationaliste russe que moi, dans le bon sens du terme, et je ne crois pas que nos partenaires auront la tâche plus facile avec lui."

 

Quand Merkel a rencontré par la suite le président-élu, elle a fait référence, sur le ton de la plaisanterie, aux propos de Poutine: "Je me suis retenue de dire 'j'espère quand même qu'elle (la tâche) ne sera pas plus difficile'."

 

Changement de style ?

 

Medvedev a répondu: "Je pense que nous aurons une continuation de la coopération que vous avez eue avec le président Poutine (...). Vous avez déjà mené d'importantes négociations, ce qui va me faciliter la tâche."

 

Poutine, qui devrait sans doute conserver une forte influence en tant que Premier ministre de Medvedev, est crédité en Russie d'avoir remis le pays sur le devant de la scène internationale, reléguant au passé son délitement, dans les années 1990, après l'effondrement de l'Union soviétique.

 

Mais l'ancien espion du KGB s'est opposé aux pays occidentaux sur l'élargissement à l'Est de l'Otan, l'indépendance du Kosovo, le projet américain de bouclier antimissiles et la guerre en Irak.

 

Avec la chancelière à ses côtés, Poutine a réaffirmé que l'indépendance du Kosovo avait donné de l'élan au séparatisme à travers toute l'Europe et que l'élargissement de l'Alliance atlantique était nuisible et contreproductif.

 

La relation personnelle qu'entretiendront Medvedev et Merkel, qui parle russe, pourrait influer sur les liens entre les deux pays ainsi qu'entre la Russie et l'Union européenne.

 

Après son entretien avec Poutine, Merkel avait dit voir en Medvedev un "partenaire immédiat dans le dialogue" en vue du sommet du G8 prévu cette année au Japon.

La chancelière allemande devrait sans doute exprimer son inquiétude quant à la régularité de l'élection présidentielle remportée par Medvedev le 2 mars, critiquée par des observateurs internationaux et des groupes d'opposition, la qualifiant d'inéquitable. Poutine affirme qu'elle s'est déroulée en totale conformité avec la Constitution.

 

Un partenaire commercial stratégique

 

Merkel, qui a par le passé critiqué le bilan de Poutine en matière de droits de l'homme, souhaite renforcer les relations commerciales avec la Russie, dont l'économie est en pleine croissance, et jouer un rôle de médiateur entre Moscou, Washington, et les partenaires européens de la Russie.

 

L'Allemagne est de loin le premier partenaire commercial de la Russie, avec 52,8 milliards de dollars d'échanges bilatéraux enregistrés en 2007.

 

Les entreprises allemandes ont injecté 3,4 milliards de dollars en Russie l'an dernier et ont effectué de gros investissements, notamment, dans son secteur énergétique.

 

Ruhrgas dispose d'une part de 6% dans le géant du gaz russe Gazprom et le groupe russo-allemand Nord Stream construit un gazoduc sous-marin qui doit relier la Russie à l'Europe occidentale, un projet de plusieurs milliards de dollars.

 

Berlin espère que l'élection de Medvedev insuffle un esprit plus constructif à la Russie, après des passes d'armes avec Poutine sur l'indépendance du Kosovo et le projet de bouclier antimissiles américain, dont plusieurs éléments doivent être installés en Europe centrale.

 

"On a l'espoir que cette nouvelle ère permette de s'éloigner d'une rhétorique dure qui pourrait être liée à la campagne électorale", a déclaré le vice-ministre allemand des Affaires étrangères, Gernot Erler, lors d'une interview accordée cette semaine à Reuters.

 

La chancelière a davantage critiqué la Russie de Poutine que son prédécesseur, le SPD Gerhard Schröder, mais elle est consciente de la forte dépendance de Berlin envers l'énergie russe et du poids de Moscou dans des dossiers tels que celui du nucléaire iranien.

Première publication : 08/03/2008

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