09 mars 2008 - 09H30
- Élections législatives - Malaisie

Revers électoral pour la coalition gouvernementale malaisienne
La coalition gouvernementale a échoué à recueillir la majorité des deux tiers aux élections législatives. Ecoutez notre correspondant à Kuala Lumpur, Cyril Payen.

 

KUALA LUMPUR, 9 mars (Reuters) - L'opposition islamiste et réformiste a infligé un sérieux revers à la coalition au pouvoir lors des élections législatives et régionales samedi en Malaisie, l'emportant dans cinq Etats et remettant en question l'avenir politique du Premier ministre Abdullah Ahmad Badawi.

 

Le Front national (Barisan Nasional), coalition multiraciale au pouvoir, conserve toutefois la majorité simple au parlement fédéral, où elle détenait 90% des sièges durant la précédente législature.

 

Mais avec 62% des sièges, il perd sa majorité des deux tiers qui lui permettait depuis près de quarante ans d'amender comme il le désirait la Constitution.

 

Le prédécesseur d'Abdullah, Mahathir Mohamad, l'a exhorté à démissionner. "Il devrait accepter la responsabilité", a dit Mahathir, qui juge qu'il a fait une erreur en choisissant Abdullah comme successeur et estime qu'il devrait céder la place à l'actuel vice-premier ministre Najib Razak.

 

Mais Kamal Khalid, porte-parole du Premier ministre, a déclaré qu'il n'avait nullement l'intention de démissionner.

 

"Il a toujours l'intention de se rendre demain matin (lundi) au palais pour prêter serment", a-t-il dit.

 

Un calme inhabituel règnait dimanche dans les rues, de nombreux Malaisiens redoutant des troubles. La dernière fois que la coalition a essuyé un cinglant revers, en 1969, des émeutes interethniques ont éclaté. Le Barisan est au pouvoir depuis l'indépendance, en 1957.

 

Véritable camouflet pour Abdullah, son propre Etat, Penang, est tombé aux mains d'un parti d'opposition, le Parti d'Action démocratique (DAP), situé à gauche et soutenu par la minorité chinoise.

 

Le parti islamiste d'opposition PAS a enregistré des victoires surprise dans les Etats de Kedah et de Perak, dans le nord, et il a conservé le pouvoir dans son fief du Kelantan, dans le nord-est.

 

Le DAP et le PAS ont aussi, avec le Parti Keadilan (Parti de la Justice populaire) pris le contrôle de l'Etat industriel de Selangor et de presque tous les sièges dans la capitale, Kuala Lumpur.

 
 
 
MECONTENTEMENT
 

Les médias pro-gouvernementaux, qui avaient soutenu Abdullah pendant la campagne, ont changé de ton dimanche, demandant au Barisan d'assurer un meilleur accès à l'emploi et à l'éducation.

 

Les Chinois et les Indiens constituent le tiers environ des 26 millions d'habitants du pays et beaucoup se disent victimes de discriminations au profit des Malais.

 

Les Malais, qui sont tous musulmans et soutiennent traditionnellement le Barisan contre vents et marées, ont quant à eux exprimé leur mécontentement contre les hausses des prix en assurant un score record à l'opposition islamiste.

 

"Demain, nous allons commencer à bâtir un avenir meilleur", a déclaré Anwar Ibrahim, figure de l'opposition et dirigeant de fait du Parti Keadilan, devenu le premier parti d'opposition au Parlement avec 31 sièges.

 

Anwar, malais et ancien vice-premier ministre, est considéré comme le seul homme politique susceptible d'unir l'opposition idéologiquement divisée en une force politique cohérente et crédible.

 

Il a cependant été déclaré inéligible en raison d'une condamnation pour des faits selon lui montés de toutes pièces. Mais son épouse, qui occupe son siège depuis sa condamnation à six ans de prison, en 1998, a annoncé son intention de démissionner pour lui permettre de le briguer à l'expiration de sa période d'inégibilité.

 

A 03h20 GMT, les résultats de la commission électorale créditaient le Barisan de 137 des 222 sièges du Parlement contre 82 à l'opposition et trois sièges n'étaient pas encore attribués.

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