La branche d' "Al-Qaïda au Maghreb islamique" a revendiqué dans un enregistrement diffusé le 10 mars par la chaîne de télévision satellitaire Al-Jazeera, l’enlèvement d’un couple de touristes autrichiens le 22 février en Tunisie. Il s'agirait de Wolfgang Ebner et Andrea Kloiber, portés disparus depuis la mi-février dans le sud de la Tunisie. Si la revendication est confirmée, cet enlèvement conforterait la stratégie expansionniste du groupe terroriste islamiste dans la région.
Les autorités tunisiennes ont pour leur part démenti l'enlèvement sur leur territoire des deux Autrichiens, mais reconnaissent avoir vainement effectué des recherches pour les retrouver.
Quant aux autorités autrichiennes, elles ont annoncé mardi avoir reçu un nouveau message des ravisseurs présumés comportant les bonnes données inscrites sur les passeports du couple. Un porte-parole du ministère autrichien des Affaires étrangères précise que "dans leur message, ils menacent de conséquences en cas d’intervention militaire".
D’après le quotidien arabophone algérien "Annahar", "les deux touristes seraient en Algérie. Le groupe de kidnappeurs a franchi la frontière algérienne entre les départements de Tebessa (est) et Oued Souf (sud-est)". Le journal précise dans sa dernière édition électronique que le groupe et ses présumés otages auraient même pu rejoindre le Mali après avoir (déjà) traversé l'Algérie et la Libye.
Depuis son allégeance à Al-Qaïda en septembre 2006, l’ex- GSPC algérien (Groupe salafiste pour la prédication et le combat), devenu "Al-Qaïda au Maghreb islamique", projette d’étendre ses tentacules à toute la région.
Si cet enlèvement se confirmait, cela conforterait la stratégie expansionniste des terroristes et les craintes de certains experts. "Les faits aujourd’hui attestent ce projet initial d’ ‘Al-Qaïda au Maghreb islamique’ de s’étendre", déclare Anne Giudicelli, experte en terrorisme. Cela pourrait s’élargir jusqu’ à la Libye et engloberait ce qu’on appelle le ‘Grand Maghreb’", précise-t-elle.
Mesures de sécurité maximales
Pourtant la Tunisie avait renforcé les mesures de sécurité ces dernières années, notamment après l’attentat contre la synagogue de Ghriba à Djerba, en avril 2002. Plus vieille synagogue d’Afrique et lieu de pèlerinage juif, ce lieu de culte a été la cible d’un attentat revendiqué par Al-Qaïda à un moment où il était bondé de touristes, pour la plupart Allemands. Bilan : 19 morts.
"Le gouvernement (tunisien) a resserré l’étau autour des islamistes", explique Anne Guidicelli. Hama Hammami, directeur du journal tunisien d’opposition "Al Badil" - journal interdit -, parle, lui, de "vraies campagnes de ratissage".
Selon Gaëlle Arenson, rédactrice en chef de "Maghreb confidentiel", un autre évènement, qui s’est produit en 2006, a même poussé le gouvernement à "remanier ses services secrets et de police". Pendant plusieurs jours, les forces de sécurité tunisiennes affrontaient des combattants islamistes dans une spectaculaire course poursuite dans la banlieue de Tunis.
"Ces djihadistes avaient été formés et armés en Algérie", précise Gaëlle Arenson. Des propos plutôt tempérés par l’analyse de Ali Laïdi, journaliste à FRANCE 24 et expert en terrorisme. Il juge l’opération brouillonne : "Nous ne pouvons pas affirmer qu’il s’agit d’éléments aguerris d’Al-Qaïda vu la manière dont ils ont été appréhendés par les forces de sécurité tunisiennes". Laïdi ajoute que le groupe n’était pas suffisamment mature pour prétendre qu’il était organisé et affilié à Al-Qaïda.
Un avertissement à Ben Ali
Si l’enlèvement se confirme, ce serait la première action en Tunisie d’ "Al-Qaïda au Maghreb islamique". Cela voudrait dire par ailleurs que les mesures de sécurité renforcées en Tunisie ont montré des failles manifestes. Quoi qu’il en soit, Anne Guidicelli pense qu’il est "plus difficile d’opérer en Tunisie et de commettre des attentats de la même ampleur qu’en Algérie" surtout que le "régime de Ben Ali est verrouillé". "Al-Qaïda au Maghreb a dû réfléchir à un autre mode opératoire", explique-t-elle ; s’attaquer aux touristes est plus facile, et d’autant plus efficace que cela fragilise le régime tunisien". Et son économie.
D’après le dernier rapport du Fonds Monétaire International (FMI), le tourisme constitue un secteur stratégique en Tunisie. Il emploie plus du tiers de la population active. Chaque année, la Tunisie accueille plus de cinq millions de visiteurs. Avec cet enlèvement, Al-Qaïda enverrait un message clé au régime tunisien, à savoir qu’il ne peut assurer la sécurité des étrangers, conclut Anne Giudicelli.
















Commentaires
dommage
je ne pense jamais que les otages autrichiens seraient en tunisie. j'y était dans ce beau pays et je vous assure que la sécurité interne et de la frontière de ce pays est trés renforcé.......
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