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Morris Davis se bat pour la justice à Guantanamo

Dernière modification : 14/03/2008

L’ex-procureur général des tribunaux militaires de Guantanamo, Morris Davis, désavoue l’administration Bush dans sa gestion du centre. Retour sur le changement de cap d'un militaire à la carrière sans tache.

 

Le colonel Morris D. Davis a tout de l’élève parfait de l’administration Bush. Militaire et juriste, il a commencé sa carrière en 1983 comme lieutenant dans une base de l’armée de l’air, puis s’est peu à peu imposé comme procureur militaire dans différentes bases américaines.

 

Pourtant, en octobre 2007, alors procureur général des tribunaux militaires d’exception de Guantanamo, il claque la porte, jetant le discrédit sur une institution qu’il défendait jusqu’alors. Dans un entretien avec le Washington Post, il émet des « doutes sérieux sur le fait que les audiences (des procès du tribunal d’exception pour Guantanamo) soient complètes, équitables et ouvertes. ». Un peu plus tôt, il avait déclaré sur la National Public Radio aux Etats-Unis : « Les politiques au sein du ministère ne font franchement pas confiance à ceux qui portent l’uniforme (…). Cette influence politique sur la procédure est en train d’enlever la justice du système judiciaire militaire ».

 

Le colonel change de camp

 

Un premier coup de poignard dans le dos de l’administration Bush, déjà mise à mal par la déferlante de critiques concernant sa gestion des prisonniers de Guantanamo. Le second désaveu arrive début mars, quand il accepte de témoigner pour la défense des détenus, à l’occasion du procès de six d’entre eux en avril, dont l’ex-chauffeur d’Oussama Ben Laden, Salim Hamdan. « Je n’ai aucune sympathie pour M. Hamdan. Mais je pense qu’il a droit à un procès équitable libéré de toute influence politique », explique-t-il.

 

Pourtant, en juin 2007, quelques mois seulement avant sa démission, il avait publié un texte dans le New York Times,  « The Guantanamo I know », dans lequel il prenait la défense de Guantanamo. Il présentait le centre de détention comme un exemple de respect des droits de l’Homme. « Les détenus sont logés dans des locaux neufs, construits sur les modèles des prisons civiles d’Indiana et du Michigan. Ils reçoivent trois repas par jour, élaborés en fonction de leur culture. Chacun possède un exemplaire du Coran, les gardiens respectent un silence respectueux durant les cinq prières quotidiennes (…) ».

 

« Morris a voulu se tirer de ce guêpier »

 

Pourquoi un tel revirement ? La démission du colonel intervient juste après la nomination de William Haynes au poste de chef des services juridiques du Pentagone. Deux ans plus tôt, M. Haynes, alors juriste civil nommé par l’administration, avait déclaré à Morris Davis vouloir présenter comme preuve des aveux de prisonniers obtenus grâce au « waterboarding », une simulation de noyade, dénoncée comme un acte de torture par l’opposition et les ONG et pour lequel George Bush vient d’opposer un veto au Congrès. Devant la réticence du militaire, William Haynes aurait également dit : « Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir des acquittements à Guantanamo ».

 

Le colonel Davis évoque aussi des pressions concernant la tenue des procès, l’audition des témoins et ses réquisitions.

 

« A un moment donné, Morris Davis a voulu se tirer de ce guêpier », explique Philippe Gassot, correspondant à Washington pour FRANCE 24. « Tout le monde sait bien que tous les prisonniers de Guantanamo sont détenus de manière irrégulière, bafouant les lois les plus basiques de la guerre. La question importante, c’est de savoir pourquoi un militaire en fin de carrière démissionne à peine un an avant le départ de George Bush ? C’est simplement un désaveu, une façon de démontrer qu’il y a des choses qui ne vont pas, et qu’il s’en dédouane. »

 

Morris Davis est aujourd’hui affecté au service juridique de la base aérienne de Bolling à Washington. Dans un entretien au New York Times, il déclare : « J’espère bientôt prendre ma retraite. Et alors, je pourrai vraiment dire ce que je pense. »

Première publication : 13/03/2008

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