Dernière modification : 14/03/2008 

- Élections législatives - Iran


Elections iraniennes, quel enjeu ?
Les Iraniens élisent vendredi leur Parlement, une institution qui n'a rien de symbolique. Malgré la faiblesse des réformateurs, le scrutin pourrait réserver des surprises. Regardez les explications de Michel Taubmann. (Récit: N. Cuvillier)

Près de 44 millions d'électeurs iraniens votent vendredi pour élire les 290 députés de leur Parlement, en attendant l'élection présidentielle de 2009. Après le filtrage des candidatures par les idéologues de la République islamique, on pourrait croire que le scrutin est joué d'avance. Mais il n'en est rien.

"Il n'y a jamais rien à attendre des élections en Iran… pourtant, il y a toujours des surprises", résume pour FRANCE 24 Bernard Hourcade, directeur de recherche à l'unité Mondes iranien et indien du CNRS.

Selon lui, il existe "un verrouillage des candidatures, mais pas dans le détail". Sur les 7 600 candidatures reçues, le Conseil des gardiens, chargé du respect de la Constitution et de l'islam, en a retenu 4 500. "Ils ont éliminé les réformateurs les plus visibles, mais on ne connaît pas tous les candidats", précise Hourcade.


Pas de partis, mais des groupes concurrents

En l'absence de partis structurés, il faudra attendre de voir les parlementaires à l'œuvre pour que se dessine le nouveau paysage parlementaire iranien.

On distingue néanmoins trois groupes qui portent chacun un projet différent pour le pays. Les spécialistes de la République islamique récusent d'ailleurs la dichotomie "conservateurs contre réformateurs", qui ne rend plus compte, selon eux, de la complexité politique de l'Iran.

Pour Hourcade, les réformateurs de l'ex-président Khatami ne se sont pas encore vraiment réorganisés. En revanche, la mouvance conservatrice a éclaté.

Favoris des élections législatives, les partisans du président Ahmadinejad ont  "un passé très révolutionnaire et idéologique : ils ont fait la révolution de l'intérieur". Ils s'appuient sur les Bassiji, un réseau de volontaires dévoué à la promotion de la révolution islamique partout où cela est possible : "Dans l'agriculture, les universités, les entreprises…"

Un deuxième groupe rassemble d'anciens Gardiens de la révolution, âgés aujourd'hui d'une cinquantaine d'années. Ces vétérans des Gardiens – une force militaire qui compte aujourd'hui 120 000 hommes, selon Hourcade – ont combattu contre l'Irak, mais aussi au Liban. "Ils ont également soutenu la révolution, mais sont avant tout nationalistes", explique l'universitaire.

Hourcade identifie enfin un groupe d'anciens combattants plus ouverts sur les problèmes internationaux, même s'ils souhaitent conserver un régime islamique en Iran. "On y trouve le maire de Téhéran Mohamed Baqer Qalibaf, général à 23 ans et artisan de la victoire de 'Fath ol Mobine' contre l'Irak en 1982", ajoute-t-il. Ali Larijani, l'ancien négociateur iranien sur les questions nucléaires appartient à ce courant.

Qalibaf et Larijani ont été les rivaux de Mahmoud Ahmadinejad à l'élection présidentielle. "Ils savent qu'il gaspille l'argent du pétrole. Ils n'aiment pas les Américains mais savent qu'il faut faire avec eux : ils sont pour une approche plus rationnelle", indique Hourcade.

Le Parlement, une institution de poids

Quel que soit l'issue de ces élections, le président de la République, soumis à la seule autorité du Guide suprême de la révolution, Ali Khamenei, gardera la main sur la gestion de la manne pétrolière, la politique étrangère et le nucléaire.

Le Parlement n'en reste pas moins une institution-clé dans la politique iranienne. Il peut refuser la nomination de ministres, voire les destituer, et bloquer des projets de loi. Ses élus ont une liberté de parole inimaginable dans le reste du pays. Les chefs d'Etat étrangers prennent toujours soin de leur rendre visite lorsqu'ils se rendent à Téhéran.

Les parlementaires n'hésitent pas à user de leur influence. En 2005, le président Ahmadinejad a décrété des sanctions contre les importations de produits électroniques sud-coréens et chinois, ces pays n'ayant pas respecté leur promesse de soutenir l'Iran à l'ONU au sujet du nucléaire. "Les commerçants des bazars se sont retrouvés sanctionnés et sont allés voir leurs représentants au Parlement", rappelle pour FRANCE 24 Fariba Adelkhah, chercheuse au CERI-Sciences Po. "Quinze jours après, le président renonçait au blocage."

L'économie et le commerce extérieur restent des points cruciaux dans un pays où la consommation explose. "On importe de tout en Iran", constate Hourcade. "La bourgeoisie souffre des sanctions internationales, mais le commerce informel se développe via Dubaï, subventionnée par Ahmadinejad avec l'argent du pétrole." Avec un baril à 110 dollars, le président peut entretenir de larges pans de l'économie.

La participation reste la grande inconnue du scrutin de vendredi. Fariba Adelkhah observe que les Iraniens ne votent plus par obligation. Elle voit en revanche dans les élections un grand moment de sociabilité, surtout pour les Iraniens qui vivent en-dehors des grandes villes : "Le thé coule à flot, on met des tapis partout… C'est un moment de rencontre entre différentes générations, différents groupes. Les Iraniens vont aussi voter pour cela."
 

Commentaires (2)

Ahmadinejad homme de paille

Ahmadinejad ne sert donc qu'à épater la galerie...
c'est pas lui qui tient les rênes en Iran.
et vu qu'ils auront probablement la bombe atomique dans peu de temps, ça m'étonnerait pas qu'on se retrouve avec une ou deux explosions sur le coin de la tronche dans peu de temps.
vive les théocraties... (j'déconne)

quelle élection

Dans un pays où il n’y a pas de partie politique comment voulez vous qu’il y a une élection libre? il n’y même pas de liberté de choisir son candidat touts les candidats sont filtré par le conseil des gardiens , on vous donne le choix entre l’islamiste conservateur pro Ahmadinejad et conservateur pro Laridjani, les réformateurs sont pratiquement écarté de la compétition, de toutes façon les 3 formations ont la même doctrine et peu de chose les différentie. ce régime se moque du monde en disant qu’il y a des élections libre et que l’Iran est une république islamique avec un présidant choisie par le peuple, mais en vérité il y a un roi ou calife qu’on appel le guide suprême qui peut arrêter ou changer une décision du parlement ou son président à tout moment ; et un vizir ou premier ministre qu’on appel le présidant . quelle élection ? quel parlement ? quel président? quel ministre ? tout est tenu par le guide suprême ,lui même choisie par quelques clergés choisie par le guide suprême dont Ali Khamenei autrement il se choisie lui même. Dans cette histoire le peuple iranien est prise en otage des mollahs qui verrouille tout dans le pays afin de garder le pouvoir.

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