Elle refuse d’attendre la mort. Chantal Sébire, 52 ans, souffre depuis huit ans d’une maladie rare et incurable qui défigure son visage et lui fait subir d’intenses douleurs. Elle veut aujourd’hui, avec l’aide d’un médecin, mettre un terme à ses souffrances. Assistée par l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), Chantal Sébire a ainsi déposé mercredi 12 mars, devant le tribunal de grande instance de Dijon, une requête exceptionnelle d’euthanasie, qui a été rejetée le lundi suivant. Cette demande visait à autoriser son médecin à lui prescrire un traitement lui permettant de "terminer sa vie dans le respect de sa dignité", et plus précisément à se procurer une solution létale auprès d’une pharmacie et à la remettre à sa patiente "de telle sorte qu’elle puisse l’absorber sous sa surveillance".
"La loi ne permet pas de donner une sécurité juridique au médecin qui l’aiderait à mourir", explique Me Gilles Antonowicz, l’avocat de Chantal Sébire, invité, le 13 mars, du débat de FRANCE 24. Selon lui, la seule solution médicale qui est actuellement proposée à sa cliente est de la plonger dans un coma artificiel. "Je serais donc allongée et alitée, et j’attendrais ainsi la mort, confie Chantal Sébire dans un entretien au journal Le Monde. (…) Je ne veux pas que la société m’oblige à passer par cette étape, c’est une question de dignité".
Le juge a finalement suivi le ministère public, qui avait requis l'irrecevabilité de la requête "en l'état actuel de la loi". Le cas de Chantal Sébire a cependant ravivé le débat sur la légalisation de l’euthanasie en France. Le Premier ministre François Fillon et la ministre de la Justice Rachida Dati ont tous deux exprimé leur hostilité à légiférer sur le sujet. Le président Nicolas Sarkozy, à qui Chantal Sébire avait envoyé une lettre, lui a de son côté proposé un nouvel avis médical pour "s’assurer que toutes les ressources de la médecine sont épuisées", tout en excluant une modification de la loi.
Sur le plateau de FRANCE 24, le docteur Bernard Devalois, responsable de l’unité des soins palliatifs de l’hôpital de Puteaux (Hauts-de-Seine), a regretté la médiatisation de cette affaire, soulignant que "derrière l’expression 'on relance le débat sur l’euthanasie’, il existe des situations très différentes, comme l’acharnement thérapeutique, les comas végétatifs, les phases agoniques ou, comme c’est le cas pour Chantal Sébire, le suicide assisté". Cet ardent défenseur des soins palliatifs estime que "la société ne peut pas demander aux médecins d’intervenir pour tuer les gens".
C’est à une autre affaire très médiatique que l’on doit, en France, la dernière évolution législative en la matière. En 2003, la mère de Vincent Humbert exauce le vœu de son fils Vincent, tétraplégique, muet et aveugle après un accident de la route, qui demandait le droit de mourir. Deux ans plus tard, en 2005, la loi sur la fin de vie, dite loi "Leonetti", est votée. Elle n’octroie pas aux médecins le droit de pratiquer une euthanasie active mais elle leur permet, sous certaines conditions, d’administrer des traitements anti-douleur permettant de soulager la souffrance avec pour "effet secondaire d'abréger la vie" d'un malade en "phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable".
L’euthanasie légalisée en Belgique et aux Pays-Bas et Luxembourg
Pour les défenseurs d’un droit de mourir dans la dignité, la France accuse un retard certain par rapport à plusieurs de ses voisins européens. Les Pays-Bas sont les premiers à avoir légalisé - tout en l’encadrant strictement - l’euthanasie en 2001, suivis par la Belgique en 2002 et, très récemment, le Luxembourg. La Suisse, quant à elle, interdit l’euthanasie active mais autorise l’assistance au suicide. En septembre dernier, l’actrice française Maïa Simon, a raconté dans une interview posthume à la radio RTL son choix d’aller mourir en Suisse pour échapper à une loi française qu’elle qualifiait d’"hypocrite".
Sur son site internet, l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) rapporte les résultats d’une étude publiée, en 2003, dans la revue médicale britannique The Lancet. Cette enquête révèle, qu’aux Pays-Bas, le vote de la loi n’a guère eu d’incidence sur le nombre d’euthanasies, 3780 ayant été pratiquées en 2001 (sur 34.700 demandes), contre 3100 en 1990 (sur 25.100 demandes). Interrogée en duplex depuis Bruxelles lors du débat de FRANCE 24, Jacqueline Herremans, la présidente de l’ADMD en Belgique, déclare que "les situations clandestines d’euthanasie ont pratiquement disparu". Elle ajoute, et se félicite, que même avec le vote de la loi, "l’euthanasie reste un débat de société en Belgique".














Commentaires
le pape
le Vatican a mis plus de 600 ans pour reconnaître que Gallilée avait raison..Il n'est pas prêt d'accorder lla liberté à ses ouailles
Le droit de ne plus souffrir
C'est une honte de voir que la France laisse souffrir ses enfants ainsi. Cette pauvre femme a le droit de mourir dignement, et surtout de mettre un terme a ses souffrances. Qu'attend le gouvernement? Un taux de suicide en constante progression? Des enfants traumatisés parce qu'ils auront retrouvé le corps de leur mère aprés qu'elle ai mis fin a ses jours? Ne vaudrait il pas mieux qu'un patient qui a trop souffert en finisse avec la vie d'une manière douce, en ayant le temps de dire au revoir à ses proches? A en croire nos lois... non!
Cette femme n'a pas choisi d'être malade, laissez la décider de sa fin. Ne la forcez pas a partir de manière tragique... Pourquoi n'a-t-on pas le droit d'anticiper son sort dans la mesure ou d'atroces souffrances sont inévitables? Laissez la partir dans la dignité, que le soulagement opère pour elle et pour sa famille.. METTEZ VOUS A SA PLACE!!! C'est un cri du coeur car nul n'a le droit de décider du sort d'autrui, surtout dans un cas où comme ici, un malade demande la libération quand la guérison est impossible. Je regrette que le gouvernement français ne progresse pas dans cette voie là. Le pays des droits de l'homme? Mais quels sont les droits de Chantal Sébire? Et bien souffrir probablement, prendre son mal en patience, et surtout ne pas broncher si on en croit notre président de la république. Bravo la France.
contre l'euthanasie
Je suis impliqué depuis une dizaine d'années dans le combat contre la douleur et ai participé à l'ouverture d'un service de soins palliatifs.
Je voudrais d'abord dire que je regrette la médiatisation de l'affaire Sébire car ,si je respecte infiniment la souffrance de cette dame, elle est instrumentalisée par les défenseurs de l'euthanasie.
Il est difficile de penser que la dignité dans la mort se traduit par la demande de l'intervention d'un tiers pour faire ce qu'on pourrait faire soi-même.
La Loi Léonetti peut paraître ambigüe à certains qui la traduisent mal,comme j'ai pu le voir dans un récent article du monde disant que la sédation entraînait la mort, ce qui est faux. J'engage quiconque veut discuter utilement sur les problèmes de fin de vie à lire attentivement cette Loi, à peser les mots afin que des erreurs d'interprétation ne viennent plus polluer l'argumentation.
La sédation est proposée, non pas par un seul médecin mais par une équipe pluri disciplinaire (sans parler de l'accord du patient ou de la personne de confiance) et a pour but dans les cas de douleur non réduites par les médicaments, d'altérer la conscience quitte à abréger la vie, mais en aucun cas le faire dans le but d'abréger cette vie. La nuance est de taille car c'est une constante dans toutes les traditions, la vie est sacrée et le "tu ne tueras pas" est en filigrane même si on assiste aujourd'hui à une vague d'extrémisme qui veut nous faire croire du contraire.
Donc, si dans certains cas, la société peut combler un manque de la Loi Léonetti, ce ne peut-être qu'exceptionnel et une nouvelle Loi serait trop rigide , comme toute jurisprudence serait inopportune du fait de la particularité de chaque cas.
Ne nous laissons pas abuser par les défenseurs de "mourir dans la dignité" qui ont une réflexion très sommaire sur la notion de dignité et jouent sur notre sensibilité épidermique.
Heureusement que dans notre pays une certaine profondeur existe qui nous a ,par exemple, fait parvenir à l'abolition de la peine de mort.
L'Etat toujours si prompt à faire des lois...
Je suis choquer par l'attitude des politiques toutes tendances confondues qui n'ont pas profiter de leurs acces aux medias ces derniers temps pour prendre une position ferme sur ce sujet de société qu'est l'euthanasie.
L'assemblée nationale et le sénat passent pourtant leurs temps à pondre des lois dont certaines ne sont jamais appliquer. Ils avaient pourtant une rare occasion d'avoir un vrai débat ou la couleur politique n'avait pas d'importance
En Fance, si vous voulez que l'état vous aide à mourir, il vaut mieux choisir le sang contaminé, l'amiante ou la canicule. Je peux vous assurez que dans ces cas là jamais personne n'est puni ou alors de considérer la présidence de la croix rouge comme étant une punition...
Avec la célébration de la mort du dernier poilu, la france vient pourtant de nous rappeler quelle pouvait envoyer des millions d'hommes se faire tuer, là non plus il n'y a pas de puni sauf à considerer le titre de maréchal de France comme une punition...
Je souhaite à Chantal Sébire que ces souffrances ne durent pas trop longtemps.
Si son cas pouvait relancer le débat ce serait une petite consolation. Mais ne rêvons pas...
Et si les politiques pouvaient nous éviter dorénavant leurs numéros de compassion juste pour passer à la télé
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