Fed : jusqu’au taux zéro ?
Mercredi 19 mars 2008
Septembre 2007, la Réserve fédérale américaine affiche un robuste taux directeur de 5,25 %. Six mois s’écoulent, elle le porte à 2,25 %. Mais peut-elle aller encore plus loin ?
Fed : jusqu’au taux zéro ?
Par Nicolas LuisetMercredi 19 mars 2008
Septembre 2007. La Réserve fédérale américaine (Fed) affiche un robuste taux directeur de 5,25 %. Six mois s’écoulent. La crise des "subprimes" ne sera pas éphèmère. Le monde de la finance doit admettre qu’il se trouve bel et bien face à une crise majeure, dont l’ampleur est aujourd’hui encore méconnue. Au contraire du prudent Alan Greenspan, que l’on surnomme "Monsieur quart de points" dans les couloirs de la Fed, Ben Bernanke se révèle un partisan des mesures fortes. Contrairement à son illustre prédécesseur, Bernanke ne fait pas dans la demie-mesure, et chacune de ses interventions viennent illustrer cette conviction. Il n’est pas un adepte des baisses par pallier successif, non, lui préfère venir asséner de grands coups, autant d’électrochocs. De septembre à mars 2008, il est celui qui a fait fondre les taux, portés de 5,25 % à 2,25 %.
Une question brûle les lèvres. Quelle limite s’est il fixé ? La Réserve fédérale américaine peut-elle aller encore plus loin ? Oui, clament déjà certains analystes. A peine cette nouvelle baisse a-t-elle été consentie, que déjà certains appellent de leurs vœux un taux à 1% pour 2009. Ce ne serait pas la première fois que la Fed s’aventure sur ce terrain. Techniquement, d’ailleurs, rien ne l’interdit. Pendant cinq ans, de 2001 à 2006, le Japon a pratiqué le taux zéro. Le loyer de l’argent était gratuit. A l’époque, l’objectif était déjà d’inonder le marché de liquidités et de soutenir le secteur bancaire. A un détail près : le Japon était en proie à la déflation et s’accommodait volontiers de cette politique pour relancer la croissance. Les investisseurs y étaient si attachés que le jour où les taux ont été rehaussés de 0, 25 points, le Nikkei n’a pas apprécié en clôturant en net repli. Aujourd’hui encore, le Japon reste d’ailleurs fidèle à cette ligne, sa banque centrale conserve même les taux les plus bas au monde : 0, 5 %
Mais à l’heure où l’inflation galope dans le monde, la Fed ne peut pas éternellement ignorer la hausse de prix que sa politique monétaire contribue à alimenter, en affaiblissant le dollar. Si la Banque centrale européenne peut paraître rigoriste avec un taux de 4 % inchangé depuis la crise, et en restant sourde aux demandes pressantes de certains politiques, que dire du Brésil avec ses 11 %, que dire des 15 % en Turquie, de l’Afrique du Sud qui maintient un taux directeur à 11 %.
La Fed assume de naviguer à contre-courant dans le but avoué de sauver les Etats-Unis d’une récession en marche. Elle joue les urgentistes au chevet d’un malade de plus en plus mal en point. Elle va user de toutes ses cartes pour soutenir la croissance, mais pour combien de temps ?

