États-Unis - Irak
La guerre d'Irak coûte cher aux Américains
Mercredi 19 mars 2008
Le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz estime que la guerre en Irak pourrait coûter in fine plus de 3 000 milliards de dollars, une somme qui comprend les soins pour les vétérans. (Récit : S. Bähr).
Mercredi 19 mars 2008
Par ReutersWASHINGTON - Que représentent 100 milliards de dollars, la facture annuelle de la guerre en Irak, pour une économie américaine qui pèse 14.000 milliards de dollars? Pas grand-chose pour l'instant, mais la note s'alourdit, et le fait de financer à crédit risque de poser des problèmes à long terme.
L'argent n'était pas en soi un problème il y a cinq ans, lors du déclenchement par le président George W. Bush de l'invasion de l'Irak. Toute l'attention était alors focalisée par les accusations de Washington, qui se sont révélées mensongères, de la détention par le régime de Saddam Hussein d'armes de destruction massive.
Mais 500 milliards de dollars plus tard, les experts s'inquiètent désormais de l'impact de ce coût sur la première économie mondiale, déjà ébranlée par la crise financière.
"Les conséquences économiques à court terme de la guerre sont gérables et modestes. Mais les conséquences à long terme seront importantes", prédit Mark Zandi, chef économiste chez Moody's Economy.com.
Le noeud du problème, soulignent les économistes, est que chaque mois de combat ajoute plus de dix milliards de dollars à la dette américaine, qui dépasse désormais 19.000 milliards.
"Le supplément de dette publique est indéniablement une mauvaise chose pour notre performance économique à long terme", estime Doug Elmendorf, un ancien économiste de la Réserve fédérale.
D'autres dépenses - de santé pour les plus pauvres ou d'assurance-maladie pour les personnes âgées - s'ajoutent encore aux créances gouvernementales. "La règle veut que lorsqu'on est dans un trou, on cesse de creuser", souligne Elmendorf.
DE 50 A 500 MILLIARDS
Les défenseurs de l'opération en Irak font valoir qu'il aurait été bien plus dommageable pour l'économie américaine que le pays ne soit pas sécurisé après les attentats du 11-Septembre.
"Si l'on pense que cette guerre est importante pour notre sécurité nationale, alors on peut estimer qu'en fin de compte, elle est importante aussi pour notre succès économique", admet Elmendorf qui ajoute cependant: "Si c'était le cas, il aurait mieux valu payer directement" plutôt que d'emprunter.
Il faudra bien qu'à un certain stade, le gouvernement rembourse ses dettes ou, s'il ne le fait pas, verse des intérêts de plus en plus élevés.
Au début de l'année 2003, les artisans de l'opération d'invasion de l'Irak écartaient le risque de problèmes économiques dus à la guerre.
Le 29 janvier 2003, moins de deux mois avant le déclenchement des hostilités, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld affirmait que les services budgétaires de la Maison blanche évaluaient le coût du conflit à moins de 50 milliards de dollars, dont une portion serait financée par "d'autres pays".
Le vice-président Dick Cheney ajoutait que les revenus tirés du pétrole permettraient de couvrir certains coûts.
Cinq ans plus tard, la guerre soutient plutôt certaines économies régionales.
Robert Reischauer, directeur de l'Urban Institute et ancien directeur de l'Office budgétaire du Congrès (CBO), souligne ainsi que les dépenses militaires de Washington ne profitent pas à l'économie américaine mais stimulent d'autres économies, dont celles de l'Irak, du Koweït et de l'Arabie saoudite.
Les revenus du pétrole irakien n'ont rien permis de compenser et le contribuable américain participe à un effort de financement de 500 milliards de dollars, au lieu des 50 avancés par Rumsfeld.
FLAMBEE DU BRUT
Alors qu'approche l'élection présidentielle du 4 novembre, les démocrates ont commencé à faire les comptes du conflit.
"On ne peut pas séparer l'économie d'une longue et sanglante guerre civile en Irak", a déclaré à des journalistes le leader de la majorité démocrate au Sénat Harry Reid. Les responsables du parti entendent leurs administrés dire: "Nous n'avons plus d'argent. Nous empruntons tout l'argent pour l'Irak", a-t-il ajouté.
Les dépenses du gouvernement fédéral pour la défense hors guerre en Irak, pour l'éducation, les transports ou la sécurité intérieure ont certes grimpé mais en sept ans de présidence Bush, leur financement représente une proportion plus faible dans le budget et l'économie globale.
L'économiste Joseph Stiglitz, qui estime que la guerre en Irak pourrait coûter in fine plus de 3.000 milliards de dollars, juge en outre que le conflit entretient la flambée des prix du pétrole. Au début de mars 2003, juste avant l'invasion, le baril de brut léger américain s'affichait à un prix de 37,21 dollars. Il a dépassé cette semaine les 110 dollars.
Selon le prix Nobel d'économie, la guerre représente 5 à 10 dollars de surcoût sur le baril de pétrole.
On a longtemps défendu l'idée que les guerres étaient bonnes pour l'économie, en s'appuyant sur l'énorme expansion de la production industrielle et la création de millions d'emplois pendant la Seconde Guerre mondiale. C'était peut-être le cas dans les années 1940, ce ne l'est plus en 2003 dans une économie proche du plein emploi, fait valoir Stiglitz.
"L'Amérique est un pays riche. La question n'est pas de savoir si nous pouvons nous offrir de gaspiller 3.000 ou 5.000 milliards de dollars. Nous le pouvons. Mais cela minera notre puissance."
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