Depuis le début de l’invasion américaine en 2003, les chrétiens d’Irak, à l’image des autres communautés du pays, sont victimes de violences en tous ordres. Sur le terrain, cela se traduit par des assassinats, des enlèvements, des attentats contre leurs églises et leurs commerces. Seuls autorisés à vendre de l’alcool dans le pays, certains ont reçu l’ordre de fermer leurs commerces sous peine de voir leurs négoces détruits voire d’être assassinés.
"Mon voisin, qui possédait une licence d’alcool, a été kidnappé. Ses ravisseurs l’ont tué sur-le-champ, mais ont dissimulé le corps en réclamant une rançon de plusieurs milliers de dollars à sa famille. Ils ont finalement livré le corps sans vie", confie Karim H., réfugié à Beyrouth. "Sa famille, qui s’était endettée pour payer la rançon, a finalement quitté le pays", explique-t-il. Les agresseurs sont difficilement identifiables tant le nombre de groupes armés - affiliés à Al-Qaeda ou "mercenaires" - a augmenté dans le pays.
Si les chiffres de l’exil sont hautement politiques et donc sujets à caution, on peut estimer à au moins plusieurs dizaines de milliers le nombre de chrétiens qui ont fui le pays depuis 2003. Le Liban est devenu avec la Syrie, la Jordanie, la Suède et les Pays-Bas l’une des principales terres d’accueil pour cette communauté. Zora a quitté Bagdad pour Beyrouth en catastrophe. Traductrice pour un bureau d’études américain, elle avait reçu des menaces de mort. "On a écrit sur les murs de ma maison : ‘Infidèle, on t’aura’ ", raconte-t-elle sous couvert d’anonymat, sa famille étant toujours à Bagdad. Contrairement à la Syrie et à la Jordanie, où les réfugiés sont tolérés, ici au Liban, ils sont illégaux. "J’ai préféré braver les interdits pour venir parce que c’est le seul pays arabe où les chrétiens ont encore du pouvoir", confie la jeune femme, à bout de nerfs.
Contraints à la discrétion dans leur vie quotidienne en Irak, les chrétiens se plaignent de pressions subies pour les forcer à se convertir à l’islam, pour les femmes à porter le voile ou encore à abandonner le jeans dans certains quartiers mixtes. "Des individus armés nous ont affirmé que, si nous voulions demeurer dans notre quartier, il fallait se convertir", affirme Sami K., également réfugié à Beyrouth avec sa famille. "Ils ont également menacé de s’en prendre à ma femme, enseignante à l’université, qui sortait sans se couvrir les cheveux", ajoute le père d’une famille de trois filles. Arrêté dès son arrivée au Liban, il a été emprisonné plusieurs mois. "J’ai préféré emmener ma femme et mes filles même si je savais que je risquais d’être arrêté", précise-t-il.
Halim, lui, a quitté le pays après que sa femme, enceinte de sept mois, agressée par des hommes armés et cagoulés, a fait une fausse couche. "Ils se sont introduits chez moi et l’ont agressée. Elle a perdu l’enfant et n’a plus jamais été la même depuis", déplore-t-il.
Le Kurdistan irakien, terre d’accueil ?
Samira Youssouf, elle, s’est réfugiée à Paris. Une destination particulière pour cette chrétienne irakienne. "Les plus pauvres et les plus âgés restent cependant dans le pays", déclare-t-elle. "La plupart se sont réfugiés dans le Nord, à Mossoul, Kirkouk, Erbil et dans d’autres provinces du Kurdistan irakien, plus sûrs que Bassorah ou Bagdad". Ces régions restent cependant dangereuses : "L’enlèvement puis l’assassinat de l’archevêque de Mossoul alors qu’il sortait d’une église dans le quartier oriental de la ville le prouve", explique Samira. "Même dans ces régions-là, il est impossible de vivre normalement", ajoute-t-elle citant l’exemple d’un proche qui a été dans l’obligation de se marier discrètement. "Les gens étaient confinés dans une salle fermée. La fête a duré environ deux heures puis ils ont dû rentrer chez eux pour des raisons de sécurité. Il n’était que 14 heures", précise-t-elle.
Alors qu’ils constituaient 20% de la population dans les années 30, les chrétiens d’Irak étaient évalués à 3 % (environ 800 000 personnes) en 1998. "Aujourd’hui, nous n’avons pas de chiffre précis, mais nous supposons que ce chiffre est retombé à 1 %", déplore Mgr Michel Kassarji, évêque chaldéen du Liban. Les chaldéens, qui constituent la plus grande partie des chrétiens d’Irak, est considérée comme étant l’une des plus anciennes communautés chrétiennes dans le monde.
Aider les chrétiens… mais discrètement
Quelle solution donc pour ces chrétiens ? "Il est grand temps que l’Occident en général, et l’Europe en particulier, réagisse de toute urgence afin de protéger les chrétiens d’Irak", martèle l’archevêque. "Si la guerre se poursuit, il n’y a pas de doute, le pays se videra de ses chrétiens. Des mesures énergétiques doivent être prises afin d’assurer leur avenir", ajoute-t-il. "Il faudrait rappeler que les chrétiens n’ont pas d’armes. Ils n’ont pas non plus de milices affiliées. Ils ne jouissent d’aucune protection", déplore Mgr Kassarji.
Et pour ceux qui n’ont d’autres choix que le départ, "il faudrait les aider dans la discrétion. Déclarer publiquement que l’obtention de leurs visas sera facilitée pour les chrétiens les met en danger", assure Samira Youssouf. Ainsi, "suite aux récents évènements, notamment l’assassinat de l’archevêque de Mossoul en cette période de carême, les fêtes de Pâques seront célébrées dans la tristesse et la discrétion", conclut -elle.














Commentaires
Merci
Merci de vous etre souvenu de ces chretiens d Irak au moment ou le monde entier semble les avoir oublie. Les temoignages que je lis dans votre article sont durs et je sais qu il y en a des centaines voire des milliers d autres.
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