20 mars 2008 - 23H00
- Corée du Sud - Ouzbékistan

Les Coréens vont chercher leurs femmes à l'étranger
La Corée du Sud était autrefois un pays replié sur lui-même. Aujourd'hui, les jeunes hommes coréens se tournent vers l'étranger pour aller chercher leurs femmes.

La Corée n’a jamais eu la réputation d’accueillir chaleureusement les étrangers, à tel point qu’un écrivain anglais du XIXe siècle avait qualifié le pays de "Royaume ermite". Le fait de se marier avec un non coréen, même s’il est asiatique, a toujours été perçu comme une honte pour la famille. Les enfants issus de ces unions ont souvent été ostracisés ou même abandonnés.

Une étude du New York Times révèle que 14 % des personnes mariées en Corée le sont avec un étranger. Ils n’étaient que 4 % en 2000. Parmi ces 14 %, nombreuses sont les jeunes femmes venues d’Europe de l’Est.

Maria Mashanova a grandi en Ouzbékistan. Cette jeune femme de 27 ans a des origines russes et bélarusses. Elle vit en Corée depuis cinq ans, après s’être mariée avec Coréen. Elle confie : "Les couples comme nous font souvent connaissance sur Internet." Mais elle et Lee Joon-ho, un chauffeur routier, se sont rencontrés lorsque la jeune femme s’en rendue en Corée, pour trouver du travail. Lee ajoute : "Je n’avais jamais pensé me marier avec une non-coréenne avant de rencontrer Maria."

Les membres de la famille de Maria Mashanova ont été très choqués lorsqu’ils ont appris ses projets. La jeune fille explique que les Coréens ont mauvaises réputations en Ouzbékistan : "Je pensais qu’ils ne pensaient qu’à l’argent et qu’ils n’étaient pas très fidèles."

La famille a finalement accepté Lee, même s’ils ne l’ont encore jamais rencontré. Ils l’appellent “Hyungbu”, beau-frère en Coréen. Lee envoie de l’argent à la famille de Maria Mashanova, et leur a fait parvenir des ordinateurs portables.

Le couple vit à Chung Chong Nam Do, une petite ville d’une province du sud de la Corée, où Maria Mashanova ne passe pas inaperçue : "Je suis la seule blanche du quartier. J’adore vivre en Corée mais les gens me font sentir que je ne suis pas d’ici. Ils me fixent comme si j’étais un petit singe."

Elle redoute le jour où ses deux enfants, de deux et quatre ans, vont devoir aller à l’école : "J’ai entendu dire que des gens ont eu des problèmes." Et même si le gouvernement offre des cours de Coréen gratuit pour les femmes comme elle, elle n’a pas pu en profiter, étant tombé enceinte dès son arrivée dans le pays.

Les situations comme celle de Mashanova sont un phénomène tellement répandu en Corée qu’une émission leur est consacrée à la télévision, "L’amour en Asie". Elle décrit la manière dont ces jeunes femmes vivent et les obstacles qu’elles peuvent rencontrer. Le programme est tellement populaire qu’il a fêté son centième épisode.

Mashanova connaît quinze autres femmes originaires d’Europe de l’Est qui se sont mariées à des Coréens. Galina Deberdeeva vient elle aussi d’Ouzbékistan, elle a rencontré son mari en Corée, où elle travaillait à mi-temps comme mannequin. Ce qui lui manque le plus, c’est la nourriture : "Le pain me manque. Je déteste les sashimis et je lave toujours le kimchi (choux épicé) avant de le manger."

Kim Hyun-mee est une sociologue coréenne qui s’occupe de ces étrangères qui sont mariées à des Coréens. Elle résume les problèmes que rencontre la plupart de ces jeunes femmes : "L’identité nationale coréenne repose sur le sang. Ces nouveaux mariages font bouger la société et poussent les gens à se demander ce que signifie qu'être coréen. Pour la première fois, être Coréen est un concept indéfini."

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