France - Italie
Berlusconi s'invite dans la reprise d'Alitalia
Vendredi 21 mars 2008
Pour sauver Alitalia, Silvio Berlusconi lance l'idée d'une association entre ses enfants et la compagnie italienne Air One, alors que l'offre de cette dernière a été rejetée par le gouvernement Prodi au profit d'Air France.
Vendredi 21 mars 2008
Par AFPLa compagnie Alitalia s'apprête à vivre une semaine à haut risque, alors que les syndicats se réunissent mardi pour examiner l'offre de rachat d'Air France-KLM et que Silvio Berlusconi a clairement dénoncé cette offre, lui préférant une solution italienne.
Le leader de l'opposition, favori du scrutin pour les élections législatives des 13-14 avril, a déclaré vendredi qu'il dirait "un non sec" à l'offre de rachat d'Alitalia par Air France-KLM s'il devient Premier ministre après les élections.
Cette prise de position, en pleine campagne électorale, complique un dossier déjà explosif.
Le groupe franco-néerlandais a en effet lié son projet de rachat à l'accord du prochain gouvernement qui sera issu du scrutin.
Son plan est également conditionné à un accord avec les syndicats italiens avant le 31 mars. Ces derniers, qui ont déjà repoussé le projet de reprise d'Air France-KLM prévoyant 2.100 suppressions d'emplois, doivent rencontrer les directions des deux compagnies mardi.
Jouant la carte de l'italianité, Silvio Berlusconi a confirmé vendredi sa volonté d'une contre-offensive italienne, qu'il avait relancée mercredi soir, face à l'offre franco-néerlandaise.
Le leader de la droite avait notamment indiqué mercredi l'intérêt de la banque Intesa Sanpaolo, disposée selon lui à soutenir une éventuelle reprise d'Alitalia par un groupe d'industriels italiens, dont la compagnie aérienne Air One.
Désavoué par Corrado Passera, le patron du deuxième groupe bancaire transalpin, qui a affirmé jeudi qu'il n'avait aucune offre italienne à l'étude, Silvio Berlusconi ne s'est pas laissé décourager.
"J'ai fait appel à l'orgueil des entrepreneurs italiens, qui considèrent comme moi, qu'ils ne peuvent être colonisés", a-t-il insisté vendredi, en lançant son nouveau slogan: "Alitalia, redresse-toi".
Dans la foulée, le ministre des Transports Alessandro Bianchi a rappelé qu'il existait déjà une alternative italienne. L'offre, présentée en décembre dernier par la compagnie Air One et Intesa Sanpaolo, a été refusée par le gouvernement de gauche de Romano Prodi au profit d'Air France-KLM.
"Rien n'interdit aujourd'hui de leur demander de faire une offre contraignante", a-t-il lancé.
"Cette solution italienne de dernière minute me paraît trop tardive, mais rien n'est impossible", déclare Marco Ponti, professeur à l'université polytechnique de Milan. "Il se pourrait qu'un sauvetage soit mis en place par un nouveau gouvernement, ce dernier donnant des aides indirectes à des industriels qui s'engageraient à redresser Alitalia", analyse-t-il.
"Ce type de jeu triangulaire a déjà été mis en pratique, et pas seulement en Italie. Le problème, c'est qu'Alitalia ne vaut rien commercialement. C'est une structure en crise, qui perd de l'argent dès qu'un avion décolle", assène-t-il.
"Même si l'offre d'Air France peut paraître indigeste pour l'orgueil italien, il faut reconnaître que les marges de négociation sont réduites à zéro, car la compagnie a accumulé plus de 1,7 milliard d'euros de dette et perd des centaines de millions d'euros par an, avec l'une des flottes les plus vieilles d'Europe", renchérit l'économiste Andrea Boitani, l'un des rédacteurs du site Lavoce.info.
Face à ces nouvelles tergiversations, Air France-KLM demande à Alitalia d'accélérer sa décision.
"Ce que nous proposons à Alitalia, c'est un avenir à moyen terme positif" et "ce que nous demandons à Alitalia, c'est de faire les redressements nécessaires pour pouvoir lui garantir cet avenir", a déclaré le directeur commercial France du groupe franco-néerlandais, Christian Boireau.
"Nous savons ce que nous pouvons faire et il faut que ce plan soit accepté ou refusé mais c'est maintenant que ça se passe, ce n'est pas dans deux mois ou dans un mois", a-t-il conclu.
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