22 mars 2008 - 18H31
- Chine - Dalaï-lama

Carnet de route dans l'ouest de la Chine
S. Le Belzic, H. Morton et A. Lee ont tenté de pénétrer, en exclusivité pour FRANCE 24, dans la province autonome du Tibet en passant par la province du Sichuan.
Le correspondant de FRANCE 24 à Pékin, Sébastien Le Belzic, s’est rendu dans les zones peuplées de Tibétains de l’ouest de le Chine. Ces régions font l’objet d’un contrôle strict de la part des autorités chinoises, qui tentent notamment d’y limiter l’accès aux journalistes. Lisez le carnet de route de Sébastien Le Belzic et posez lui vos question en cliquant sur le bouton « Réagir » au bas de cette page.

Sébastien Le Belzic vous répond :

Michel Gauret
Bonjour Monsieur, Passionné par le Tibet, j'y vais tous les ans revoir mes amis du Kham et de l'Amdo.
Quelle est la situatation dans ces régions dont personne ne parle? Kanze, Dergué, Jyékundo, Tongren....Bien amicalement, Michel Gauret

Sébastien Le Belzic
Ces régions comme l'intégralité de la province du Tibet est soumis à un black-out complet des autorités chinoises sur l'information. Aucun journaliste n'a pu se rendre sur place et la télévision chinoise CCTV ne montre que des images de Lhassa, la capitale. On espère bientôt une réouverture de la frontière qui devrait, on l'espère, permettre aux étrangers de visiter à nouveau le Tibet.

Gilles
Est ce que tous les monastéres sont bloqués par les militaires.ABA, beaucoup de monastéres Bön, geluppa, jonangtpa toutes les sectes ont manifestées? la vallée du gyarong est elle bloquée? A TONGREN la situation est elle débloquée, y a t'il eu des arrestations de moines, A LABRANG il y a aussi des moines infiltrés par la police chinoise et chacun se mefie de l'autre?Les telephones portables des tibétains ont ils été saisit par la police? les tibétains savent ils que le monde entier les soutient et a plus d'informations sur leur resistance qu'eux.A LUOHO et SEDA , y a t'il eu des morts?
Le tibet est il en état de siége , les tibétains ont encore envie de se battre pour leur independance.
A LITHANG , chaque année , au cours des festivités les tibetains manifestent fortement contre le pouvoir, est ce que cette fois ci les tibétains de cette région se sont rebéllés. DANS la region d'ABA a lithang y a t'il eu plus de 10 morts?
C'est trés bien d'informer le monde sur ce massacre et cette oppression , trés peu de journalistes vont au charbon et je regrette que le gouvernement français ne se manifeste pas plus, donc MERCI.

Sébastien Le Belzic
A Lhassa même et dans les quelques villes chinoises où il y a eu des soulèvements, comme Aba, les autorités chinoises sont particulièrement sévères et contrôlent de près les monastères et les quartiers tibétains. A ma connaissance les téléphones portables n'ont pas été saisi, mais ils sont très certainement sur écoute. Les monastères ne sont pas fermés mais la police n'est jamais très loin. Concernant le nombre de victimes, il est très difficile de vous répondre car les informations que nous avons de sources tibétaines et de sources chinoises sont contradictoires. Un mot concernant l'infiltration d'agents chinois chez les moines tibétains. Plusieurs personnes nous ont effectivement confirmé cette situation, ce qui fait régner effectivement une certaine tension dans les communautés.

Alan & Yuan
Bonjours je salut votre courage et votre détermination afin de nous aidé a faire mieux parvenir les informations.
Nous aimerions savoir s'il y a un bilant officiel des victimes, à ce jours que ce soit du cotés des manifestants que du coté des force de l'ordre et militaire? De plus nous voudrions savoir l'importance des mouvement dans les régions voisinant le Tibet? Quel est l'ambiance général en chine sur ce sujet? pour quoi ne pas réglé le problème diplomatiquement??

Sébastien Le Belzic
Le bilan officiel côté chinois est de 22 morts. De sources tibétaines en revanche on parle d'une centaine de victimes. Les soulèvements dans les provinces du Gansou et du Sichuan sont restés très limités, c'est à Aba semble-t-il que la situation a été la plus tendue.
Mais depuis, le calme semble être revenu. Il faut dire que le gouvernement chinois fait une démonstration de force avec le déploiement de milliers de soldats dans ces provinces et au Tibet. Dans les grandes villes chinoises comme Chengdu la police est également très présente, mais surtout dans les quartiers tibétains.

LE CARNET DE ROUTE DE SEBASTIEN LE BELZIC

Chengdu, capitale du Sichuan - 21 mars 2008

Dès l’aéroport, la tension est palpable. Files d’attente interminables aux comptoirs. Contrôle de sécurité particulièrement minutieux. Il y a même une file spéciale pour les passagers en direction de Lhassa. Parmi eux, beaucoup de Chinois qui rentrent chez eux pour la première fois depuis les émeutes. Ils emportent des cadeaux, beaucoup de colis. L’attente pèse sur les visages. Aucun étranger n’est dans la file.
 
La capitale du Sichuan a des airs tranquilles. La foire aux alcools vient de se terminer à Chengdu. Des centaines de vélos et de motos parcourent les artères de cette grande bourgade construite à une centaine de kilomètres des contreforts de l’Himalaya.
 
Premiers contacts avec la communauté tibétaine. En plein centre-ville, derrière les néons des restaurants, trois rues sont fermées à la circulation. La police est partout, gyrophares allumés, en tenue anti-émeute.
 
Un moine accepte de nous parler, mais pas ici. Il nous accompagne chez lui. Un modeste appartement où il vit avec sa sœur. On compte également plusieurs autres locataires, tous Tibétains. La plupart ne parlent pas un mot de mandarin.
 
Le moine nous montre les photos de la semaine dernière. Beaucoup de policiers et de militaires. Il s’inquiète de cette tension qui pèse sur sa communauté mais parle de fierté : "désormais le police a peur de nous." Un discours qui cadre mal avec son large sourire et le portrait de son maître spirituel accroché au mur.
 
Au deuxième jour, nous prenons la route de Lhassa. Il a fallu convaincre le chauffeur de nous emmener là-bas. C’est interdit. Il devrait nous dénoncer à la police, mais il accepte finalement de faire le trajet. Une centaine de kilomètres d’autoroute où nous traversons une zone industrielle gigantesque. Puis, la montagne.
 
Premier barrage. Nous passons. Les bus et les camions sont méticuleusement fouillés. La rumeur dit que les Tibétains veulent faire sauter le grand barrage hydraulique construit le long de la route. 200 kilos de TNT pour envahir la vallée.
 
Plus loin sur la route, entre les camions chargés de marchandises et les bus, une dizaine de camions militaires. Ils filent à toute allure vers la frontière tibétaine, roulant parfois à contre-sens.
 
Finalement, deux heures âpres de trajet dans la montagne, un ultime barrage aura raison de notre périple. Le contrôle d’identité dure de longues minutes. Un officier du ministère des Affaires étrangères est sur place. Ils contrôlent nos cartes de journalistes. On nous demande fermement de faire demi-tour et d’effacer nos cassettes. Ce que nous ne ferons pas.

Commentaires

tenues anti-émeutes

tenues fournies par la France

Bravo Sébastien !

Je ne connais le Tibet qu'à travers les romans d'Eliot Pattison, mais ils sont très instructifs et font bien comprendre ce qui se passe en ce moment...

Réagir à cet article


Sur le même sujet

Fermer