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Des Français en quête de job au Royaume-Uni

©

Dernière modification : 25/03/2008

En se rendant à Londres mercredi, le président français Nicolas Sarkozy suivra le chemin emprunté par de nombreux jeunes travailleurs qui traversent la Manche pour échapper au chômage.

Ils s'appellent Mohamed, Thibaud ou Vladimir. Pour fuir "la galère" en France, les petits boulots ou la discrimination, ils se sont embarqués autour de leurs vingt ans pour Londres, cet "eldorado" libéral vanté par le président Nicolas Sarkozy qui s'y rend mercredi.
  
"Ici, je peux écrire Mohamed sur mon badge, ça ne gêne personne": Mohamed Latbi, 23 ans, n'avait trouvé qu'un travail d'éboueur après un BTS "Force de ventes" décroché à Rennes. "Et encore avec du piston !".
  
Il débarque à Londres en octobre 2006. Au bout de trois semaines, il décroche un poste de réceptionniste dans un hôtel. "C'était dur, les gens parlaient vite. Mais si on leur montre qu'on est motivé...": Mohamed s'accroche et huit mois plus tard, on vient le chercher pour devenir "consultant emploi" au Centre d'échanges internationaux (CEI), un organisme français qui a parmi ses missions d'aider ceux qui débarquent à trouver "du job".
  
A ce poste, il voit défiler des centaines de jeunes compatriotes se lançant comme lui dans l'aventure anglaise. Ils sont 15.000 chaque année à venir travailler au Royaume-Uni. L'Albion, apparemment plus aussi perfide, abrite aujourd'hui au moins 250.000 "froggies", selon des chiffres officiels.
  
"Oui, c'est possible de trouver du boulot en 48 heures à Londres", assure Mohamed. "Mais il faut être prêt à faire n'importe quoi".
  
"N'importe quoi", c'est aussi ce qu'a accepté Vladimir Cordier en débarquant à Londres en septembre 1997. Quelques semaines auparavant, il suivait des cours de maîtrise d'économie à la faculté de Rouen quand un de ses profs a résumé les perspectives d'embauche: "Restez le plus longtemps possible à la fac", a-t-il lancé dans l'amphi.
  
"Je voulais éviter la galère que connaissaient mes amis": Vladimir débarque à Londres un dimanche. Le mardi, il trouve un boulot de pion au lycée français. Pas grand chose pour un bac +4, admet-il. Mais il ne se décourage pas. Il cumule les jobs sans grande ambition, et avoue avoir parfois été "sur le point de jeter l'éponge".
  
Onze ans plus tard, le pion est devenu le responsable pour l'Europe des programmes informatiques du voyagiste en ligne américain Expedia. A 32 ans. "En France, cela aurait été impossible: on ne jure que par les diplômes. En Angleterre, on est promu à la méritocratie".
  
"Ici, ça bouge très, très vite", acquiesce Thibaud Hérem. Après un BTS de graphisme passé à Quimper, Thibaud s'embarque pour Londres "parce que la France, c'est bouché". Il ne parlait "pas un mot d'anglais" et commence plongeur "de 07H30 à 20h30". Au début, il dort par terre dans la chambre d'un copain.
  
"Je bossais dur et ça m'a mis dans les petits papiers du patron": le voilà serveur, puis assistant manager et enfin gérant du café-restaurant où il a commencé. Parallèlement, il est designer pigiste. Il monte son site internet et les commandes commencent à arriver. Aujourd'hui, à 25 ans, il veut "faire le grand saut": il va quitter en juin le café où tout a commencé et fondé son propre studio de design.
  
C'est bien le système libéral à l'anglaise qui lui "a permis d'avoir un boulot du jour au lendemain", reconnaît-il. Mais son application à la France, il n'en veut pas. "On nous traite comme de la m... On peut me dire bye-bye avec un préavis d'une semaine". Pour Thibaud, le meilleur serait donc entre les deux "entre aucune sécurité et trop d'administration".
  
"Il faut libéraliser la France", répond Vladimir Cordier dans le livre qui raconte son expérience, "Enfin un boulot" (eVault First Publishing), et qu'il a fait parvenir à Nicolas Sarkozy.
  
Vladimir reconnaît les difficultés du libéralisme à l'anglaise, en particulier le manque de couverture sociale mais, dit-il: "Ici, on peut mourir en attendant un rein. En France, on peut mourir de désespoir".

Première publication : 25/03/2008

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