La France et l’Angleterre s’affrontent, mercredi soir au Stade de France, pour la deuxième fois seulement en huit ans dans un match de football amical sur la pelouse Saint-Denis. Le dernier remonte à l’année 2000 (1-1). Mais les observateurs, autant que les joueurs des deux camps, savent que cette rencontre n’a rien d’amicale que le nom. Sur le terrain, il va s’en dégager du soufre entre deux adversaires qui ne se sont jamais regardés qu’en chiens de faïences.
Lundi, au centre d’entraînement des Bleus, à Clairefontaine, Nicolas Anelka, un des nombreux Français évoluant dans le Championnat d’Angleterre, la trop exquise Premier League, affirmait : "Les matches France-Angleterre ne sont jamais amicaux". Pour le journaliste anglais de Canal + (France) Darren Tulett, les "Anglais ont, historiquement, du mal à concevoir ce qu’est un match amical". Vincent Duluc, journaliste au quotidien 'L’Equipe', tempère. Pour lui, ces rendez-vous amicaux "sont l’occasion pour les grandes nations de se retrouver et de se mesurer".
En l’occurrence, pour l’équipe de France, il s’agira du dernier virage avant le Championnat d’Europe des nations (7-29 juin 2008, en Suisse et en Autriche). Et une aubaine pour se racheter, se rassurer -face à de prestigieux rivaux- après sa défaite (0-1) lors de son dernier match amical face à l’Espagne à Malaga. Sans Thierry Henry ni Patrick Viera, il faudra tout de même donner des gages de confiance à un entraîneur -Raymond Domenech- qui pousse la concurrence à son paroxysme.
De Guillaume le Conquérant à l’Entente cordiale
Pour les Anglais, on a beau se prévaloir d’un patronyme aussi célèbre que Beckham ou Gerrard, l’objectif sera de prouver au nouvel entraîneur, l’Italien Fabio Capello, qu’il peut sans risquer placer sa confiance en vous. Capello arrive dans un vestiaire qui amuse davantage les lecteurs de magazines people que les amoureux du foot anglais.
Cette confrontation amicale s’inscrit en tout cas dans un long registre chargé d’affrontement, de rancœur, de jalousie, de défiance, de méfiance… Un registre façonné par l’Histoire et remis presque avec fascination et défi au goût du jour.
De l’histoire des France et Angleterre du Moyen-Age, les petits Anglais ont surtout retenu l’agression du Normand Guillaume le Conquérant, qui s’empara de la couronne d’Angleterre en 1066. "C’est la première victoire de la France à l’extérieur, s’amuse à rappeler Darren Tulett, et ça laisse des traces dans la tête". Les petits Français ? Ils célèbrent l’héroïsme de Jeanne d’Arc, cette Pucelle d’Orléans qui tînt tête aux Anglais dans le déclin final d’une guerre de Cents ans qui dura… 116 ans (1337-1453). Guerres commerciales, guerres navales, guerre territoriales… Français et Anglais se résignent enfin à l’entente avec l’accession au trône de France de Louis-Philippe en 1830. La reine Victoria s’accorda même deux séjours dans l’Hexagone, en 1843 et 1845. Mais il faut attendre 1904 pour que soit signée l’Entente cordiale entre les deux pays, mettant fin à un siècle d’antagonisme et de guerres.
"French flair" contre pragmatisme anglais
Jeudi, à l’Emirates Stadium, le nouveau stade des Gunners d’Arsenal, le Président Nicolas Sarkozy et le Premier ministre Gordon Brown n’évoqueront point ce passé. Il parleront de sport, de football, de réussite. La réussite ? Celle de l’entraîneur-manager français, Arsen Wenger dont le club londonien est revenu aux cimes de la Premier League depuis son arrivée en 1996. Celle aussi d’un joueur français devenu légendaire à Highbury, Thierry Henry, meilleur buteur de l’histoire des Gunners (226 buts). Pour l’anecdote, la nouvelle star de l’Emirates, après le départ d’Henry est… espagnole et elle s’appelle Fabregas.
Jaloux, les Anglais ? "Bien sûr qu’on est jaloux de ce ‘french flair’, de cette créativité française", reconnaît Darren Tulett, "on se rend compte que notre pragmatisme est dépassé." Depuis l’épopée du "king" Cantona à Manchester United, les Français ont été, et sont toujours, légion à franchir la Manche, et les Anglais en sont toujours friands ; que seraient les clubs anglais sans les soldats de la légion étrangère qui accourent de toute l’Europe ? Mais que seraient beaucoup de joueurs, notamment français, sans la Premier League ? Le cœur de l’Europe du football aujourd’hui bat du côté de l’Angleterre. La preuve ? Parmi les huit clubs présents en quarts de finale de la Ligue des champions, quatre sont anglais! Et aucun n’est français.
Mais, comme le rappelle Darren Tulett, dans ces quatre clubs (Manchester United, Chelsea, Liverpool et Arsenal), ils étaient seulement neuf joueurs anglais à figurer dans le onze titulaire lors des huitièmes de finale.
Le France-Angleterre de mercredi ? "Je ne crois pas que la rivalité entre les deux nations soit aussi exacerbée qu’auparavant", souligne Vincent Duluc, "depuis l’arrêt Bosman (une décision de la Cour de justice des communautés européennes qui a aboli le système des quotas dans les clubs européens à compter de la saison 1996/97, ce qui a encouragé l’explosion des transferts dans le continent) elle s’est atténuée."
Sacrée rivalité !
















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